Actu revendicative


Nouvel âge pour le bénévolat


« Changez les choses. Devenez bénévole ! » En 2011, l'année européenne du bénévolat avait donné le ton pour démontrer toute la palette de ce que pouvait réaliser le bénévolat. Mais aussi ses évolutions. En nombre et en qualité. Le plaisir a remplacé le devoir. Et les oppositions d'antan entre bénévoles et salariés sont devenues synergies.

Le bénévolat dans notre pays est-il en déclin dans une société devenue trop individualiste ou au contraire connait-il un essor dans un contexte de crise qui impose une solidarité croissante ? Une enquête de l’institut BVA et de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) des ministères des Affaires sociales et de la Santé est sans ambiguïté : le bénévolat progresse.

Premier constat fort, près d’un tiers (32%) de la population sondée (personnes de 18 ans et plus) déclare avoir participé à des opérations bénévoles, que ce soit en bénévolat régulier (estimé à 40% des bénévoles déclarés) ou occasionnel. Concernant l’évolution du nombre de bénévoles, se référant à un précédent travail mené par l’Insee en 2002 sur la vie associative, l’enquête annonce clairement une progression du bénévolat qui n’était que de 28% huit ans auparavant. Soit quatre points de plus.

Autre constat : une multiplicité de facteurs joue de façon importante sur l’engagement. Parmi ceux-ci, on note des éléments déterminants comme l’âge (le pic d’engagement se situant entre 35 et 74 ans), le niveau de diplôme (16% de bénévoles sans diplôme contre 44% avec bac+2), le niveau de revenu du ménage (19% de moins de 1 000 euros mensuels contre 42% au-delà de 2 400) ou encore l’empreinte de la tradition familiale (dans 49% des cas un des parents au moins a été bénévole contre 28%).

On est visiblement plus facilement bénévole en zone rurale (36%) et dans les villes de moins de 20 000 habitants (37%) que dans celles plus importantes (29%). Les thématiques les plus choisies sont respectivement le sport (23%), la défense des droits et des causes (16%), la culture, les loisirs (15% pour chacune), l’action sociale et caritative (10%).

Roms, demandeurs d’asile... Pierre gère un service de domiciliation de 1 700 adresses.

Pente ascendante

Parallèlement à ce travail statistique, l’université Paris Descartes a conduit un rapport de recherche « intérêts d’être bénévole ». Menée à partir de parcours de vies et d’expériences associatives dans des domaines très variés (entraide, social, sportif, culturel…) l’étude conclut à « un nouvel âge du bénévolat ». Ainsi pour les auteurs de la recherche « la nature du bénévolat semble avoir changé en l’espace d’une génération ». On serait donc passé « d’une motivation du devoir, voire de la mission, sous couvert d’altruisme, à de la réalisation de soi où la notion de plaisir devient déterminante ».

Autre point important, l’engagement bénévole paraît avoir acquis au fil du temps des fonctions plus nombreuses « confortant l’intérêt, ou plutôt les divers intérêts d’être bénévole ». Au final les études engagées montrent une pente ascendante du bénévolat. En cette période de crise la solidarité paraît donc prendre le dessus sur le repli sur soi, en espérant que cette tendance se confirme.

Jean-Paul Rueff

Bénévoles/salariés : la guerre est finie

La conclusion de l’étude de l’Université René Descartes fait état d’un changement dans le rapport salarié/bénévole. Loin d’une opposition comme on l’a connue dans les années 70 où le bénévolat pouvait être considéré comme de « la main d’œuvre bon marché » qui venait occuper des postes de salariés dans les associations, on mesure aujourd’hui plutôt les synergies que peuvent apporter les liens entre professionnels et bénévoles, ces derniers produisant des compétences spécifiques notamment transversales.