UNION CONFÉDÉRALE CFDT DES RETRAITÉS

Actu revendicative


OGM : je t’aime, moi non plus


Les biotechnologies sont de nouvelles technologies obtenant de nouvelles molécules ou de nouveaux organismes après manipulation génétique. Les Organismes génétiquement modifiés (OGM) sont classés dans les biotechnologies vertes et se développent rapidement, en particulier dans les Amériques (USA, Argentine, Brésil). Les OGM suscitent à la fois des craintes et des espérances. Par conséquent, le principe de précaution s'impose.

Cultivées depuis une dizaine d’années, les plantes OGM provoquent un débat sociétal de grande ampleur tant au plan économique, sanitaire, social, scientifique ou éthique. On peut résumer ce débat par la célèbre expression de Serge Gainsbourg : je t’aime moi non plus !

Mais d’abord qu’appelle-t-on OGM ? Un OGM (Organisme génétiquement modifié) est un organisme (animal, végétal, bactérie) dont on a modifié son patrimoine génétique par une technique innovante pour lui donner une propriété nouvelle.

Lancé aux Etats-Unis, il s’étend à presque tous les continents à l’exception notoire de l’Afrique (sauf Afrique du Sud). On peut relever dans le tableau ci-contre l’importance des surfaces cultivées par pays et les catégories de plantes avec OGM. Des essais s’effectuent pour le tabac, les tomates, certains fruits, pommes de terre, etc.

En 2009 la totalité des surfaces exploitées en OGM est estimée à 134 millions d’hectares avec un accroissement de 7 % en 1 an (voir tableau 1).

Tableau 1. Quelles sont les cultures d’OGM par pays ?

Rang Pays Superficie (en millions d’hectares) Plantes OGM
1 USA 57,7 Soja, maïs, coton, colza, courge, papaye, luzerne
2 Argentine 19,1 Soja, maïs, coton
3 Brésil 15,0 Soja, coton
4 Canada 7,0 Colza, maïs, soja
5 Inde 6,2 Coton
6 Chine 3,8 Coton, tomate, peuplier, pétunia, papaye, poivron doux
7 Paraguay 2,6 Soja
8 Afrique du Sud 1,8 Maïs, soja, coton
9 Uruguay 0,5 Soja, maïs
10 Philippines 0,3 Maïs
11 Australie 0,1 Coton
12 Espagne 0,1 Maïs
13 Mexique 0,1 Coton, soja
14 Colombie <0,1 Coton, œillet
15 Chili <0,1 Maïs, soja, colza
16 France <0,1 Maïs
17 Honduras <0,1 Maïs
18 République Tchèque <0,1 Maïs
19 Portugal <0,1 Maïs
20 Allemagne <0,1 Maïs
21 Slovaquie <0,1 Maïs
22 Roumanie <0,1 Maïs
23 Pologne <0,1 Maïs

On retrouve ainsi des OGM dans notre alimentation de façon directe (maïs, fruits, conserves, sauces, biscuits, huile de friture, etc.) ou indirecte. Ainsi, 30 à 40% des éleveurs utiliseraient des produits OGM dans leurs élevages (poulets, lapins, bovins). Et il n’y a aucune transparence pour le consommateur.
Quels sont les risques ? La culture d’OGM peut provoquer des risques à trois niveaux :
 de façon directe sur l’environnement ;
 de façon indirecte sur la santé ;
 concernant l’économie (brevet du vivant).
Mais la preuve n’est pas toujours faite par manque d’expériences et de recul.
Quels sont les dangers environnementaux des OGM ? Les semences OGM contaminent les champs non-OGM, accentuent la monoculture et favorisent la dépendance aux produits chimiques et la réduction de la biodiversité.

Quels effets sur la santé et l’alimentation ?

L’ingestion de produits contenant des OGM, ou issus des OGM, crée une incertitude sur la présence d’une substance indésirable pouvant présenter un danger pour l’être humain ou animal.
Dans l’alimentation, les OGM se présentent généralement sous trois formes :
 les produits frais : fruits, légumes ;
 les produits transformés : farine, sucre… ;
 les viandes.

Deux menaces doivent être prises au sérieux.

D’abord celle des allergies. Chaque OGM contient une protéine qui n’existait pas dans la variété d’origine. Y a-t-il interaction ?

Ensuite la toxicité. A travers des tests contradictoires concernant le rein, le foie et le taux de graisse dans le sang, la question reste posée.
Encore une fois il faut laisser et permettre à la recherche de faire son travail même si des intérêts économiques sont en jeu.
Comme le nucléaire, les OGM peuvent apporter le meilleur comme le pire : tout dépend de ce qu’on en fait.

Quels sont les arguments pour ou contre les OGM ?

Pour les OGM

  • Les OGM sont l’une des plus grandes avancées de l’homme.
  • Ils permettraient une réduction de la pollution en évitant l’utilisation de pesticides et d’engrais.
  • Les OGM rendraient les coûts de production moindre en augmentant le rendement.
  • Ce serait une solution pour réduire la faim dans le monde.
  • Les OGM faciliteraient la culture dans des terrains défavorisés (peu fertiles, sécheresse, etc.).
  • Les OGM peuvent rendre service en matière médicale.

Contre les OGM

  • L’homme joue souvent à l’apprenti sorcier.
  • Les risques sanitaires pour l’homme sont mal connus.
  • Les OGM produisent leurs propres molécules de défense (insecticides, fongicides, bactéricides) d’où résistance à ces prédateurs.
  • Risque de dissémination vers d’autres cultures.
  • Manque de transparence (pas d’étiquetage pour les produits alimentaires).
  • Les lobbys OGM manipulent les consciences et les politiques.
  • Risque de dépendance à terme de l’agriculture mondiale vis-à-vis des États-Unis qui détiennent les brevets OGM.

Quelle réglementation selon les pays ?

Aux États-Unis et au Brésil la culture des OGM est source de profits conséquents et il n’y a pas de législation contraignante.
En Europe la réglementation est contrastée. Il y a actuellement 27 plantes génétiquement modifiées autorisées sur le marché européen (légumes, maïs, colza, coton, soja, betterave). Mais un Etat de l’Union peut en interdire l’usage sur son territoire. C’est le cas de l’Autriche, de la Hongrie et de la France.

En France, la loi du 25 juin 2008 sur les OGM a été votée après de nombreuses résistances. Les principales dispositions à noter sont :
 création d’un Haut Conseil des Biotechnologies (consultatif) ;
 définition des conditions techniques afin d’éviter les disséminations ;
 principe de responsabilité du producteur d’OGM autorisé vis-à-vis d’autrui ;
 création d’un Comité de surveillance biologique du territoire ;
 instauration de peines pénales et de sanctions financières.

A ce jour seul le haut conseil vient d’être créé par décret en juin 2010.
Au plan mondial aucun accord n’a pu être trouvé à cause du refus des États Unis de s’impliquer en la matière.

Quelles sont les dates clés ?

1986 Le ministre de l’Agriculture, François Guillaume, crée la commission du génie biomoléculaire (CGB) puis celle du génie génétique, chargée d’évaluer les OGM.
1990 Bruxelles adopte deux directives sur l’utilisation en milieu confiné et la culture en plein champ.
1996 Premières semences de grande culture OGM aux Etats-Unis. Début des campagnes de Greenpeace.
Janvier 1997 Un règlement européen, Novel Foods, fixe les règles d’autorisation et d’étiquetage des nouveaux aliments. Les importations de soja et de maïs américains peuvent commencer.
Février 1997 Le gouvernement Juppé stoppe au dernier moment l’importation d’une semence de maïs BT résistant à la pyrale puis, en novembre, autorise un premier maïs OGM.
Juin 1998 Après la mise en place d’un comité de biovigilance chargé de surveiller les procédures de contrôle de la dissémination volontaire, un panel d’une quinzaine de citoyens, réunis par l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, se prononce pour une autorisation au cas par cas des OGM. En août, le gouvernement se prononce pour un moratoire de deux ans pour le colza et la betterave.
Mai 1999 L’Europe suspend l’autorisation du maïs BT de Pioneer suite à un article de la revue médicale « Nature » et adopte un moratoire sur les OGM.
Octobre 2002 Directive européenne sur la dissémination.
Janvier 2003 L’Assemblée nationale ratifie le protocole de Carthagène sur la biosécurité des aliments. Celui-ci permet à un Etat d’interdire les OGM sur son territoire en vertu du principe de précaution.
Avril 2003 Le ministère de l’Agriculture, met en place une procédure beaucoup plus stricte pour les essais. Un mois plus tard, les Etats-Unis déposent une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à propos du moratoire européen.
Mai 2004 Bruxelles autorise la commercialisation du maïs BT11 de Syngenta.
Mars 2006 Le Sénat adopte un premier texte de loi sur la culture des OGM, transposant en droit français les directives européennes relatives à l’utilisation confinée et la culture en plein champ. Mais le texte ne passe pas devant les députés.
Décembre 2006 La Commission saisit la Cour de justice européenne afin de condamner la France qui n’a pas transcrit les fameuses directives.
Juillet 2007 Début du Grenelle au sein duquel est constitué un inter-groupe OGM.
Décembre 2007 Le gouvernement suspend la culture du MON 810.
Juin 2008 Loi relative aux OGM.
Mars 2010 La Commission européenne autorise le commerce de plusieurs OGM (pommes de terre Amflora et des variétés de maïs MON 863).

Comment se situent les OGM dans les biotechnologies ?

La biotechnologie est une technologie produisant par manipulation génétique des molécules biologiques ou des organismes transgéniques.

Les biotechnologies peuvent être subdivisées en cinq classes :
 les biotechnologies blanches : consistent en l’emploi de systèmes biologiques (bactéries) pour la fabrication, la transformation ou la destruction de molécules à des fins industrielles ;
 les biotechnologies jaunes : concernent l’environnement (biodépollution, etc.) ;
 les biotechnologies rouges : concernent la santé humaine et animale, la production de médicaments ;
 les biotechnologies bleues ont trait à l’univers marin ;
 les biotechnologies vertes concernent la valorisation des produits agricoles, l’agroalimentaire (dont les OGM).

Edmond Pestel

Pour la CFDT, des craintes et des espérances

En conclusion, la CFDT estime qu’actuellement il y a des craintes et des espérances.

Les craintes concernent les enjeux en matière de santé publique, d’alimentation, de préservation de la biodiversité, de la mainmise des producteurs d’OGM à travers une information opaque ou manipulée, l’absence de débat démocratique.

Tout n’est pas noir. Les cultures OGM bien maîtrisées peuvent être une formidable réponse face à l’insuffisance alimentaire dans le monde tout comme en matière de santé.

Pour cela il faut se donner les moyens pour mesurer les risques. Des expériences dans le temps doivent s’effectuer, validées par des organismes indépendants des pouvoirs politiques et économiques. Aussi la CFDT condamne-t-elle la destruction sauvage des champs de culture OGM expérimentaux et encadrés, la destruction de pieds de vigne transgéniques en aout 2010.

On peut être pessimiste sur ce sujet sensible lorsque l’on observe les pressions des Etats-Unis, de la Commission européenne et de la baisse des crédits alloués à la recherche en France.

Devant tant d’incertitudes, la CFDT approuve la décision gouvernementale française d’appliquer le principe de précaution qui vise à évaluer, au cas par cas, les autorisations de cultures des OGM.
EP

Petit lexique

 AFSSA : Agence française de sécurité sanitaire des aliments
 AMFLORA : Pomme de terre transgénique
 ANR : Agence nationale de la recherche
 EFSA : Autorité européenne de sécurité des aliments
 INRA : Institut national de la recherche agronomique
 OMS : Organisation mondiale de la santé
 SAU : Surface agricole utile

Quelques références

 2000 : La Revue de la CFDT n°27 (janvier).
 2008 : Le Monde selon Monsanto (Marie-Monique Robin).
 2008 : OGM : les clés pour comprendre (magazine Développement durable n°6).
 2009 : Grenelle de l’environnement.
 2009 : Rapport du CESE : « Semences et recherche des voies du progrès » par Joseph Giroud.