Action internationale


Où en sont les huit « objectifs du millénaire pour le développement » ?


Les Chefs d'Etat du Nord ne sont en général pas avares de grandes déclarations et de promesses sur l'aide aux pays en voie de développement. Mais les réalités changent-elles pour autant ? Certes la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, a annoncé le recul – très modeste – de la faim dans le monde. En 2010, 925 millions d'humains souffrent de la faim contre 1023 millions en 2009 alors qu'en 2008 on en dénombrait… 850 millions. Un individu sur six continue à ne pas pouvoir - ou mal - se nourrir. Et sur les autres fronts de la santé, de l'éducation, de l'égalité hommes/femmes, du sida, du paludisme, de l'environnement, de la mortalité infantile ou en couche, le bilan n'est guère glorieux. En tout cas, très loin des promesses annoncées. La réunion qui s'est tenue en septembre 2010 à New York en a fait la preuve avec le bilan des « objectifs du millénaire ».

Lorsque la communauté internationale s’est engagée en 2000 dans le défi sans précédent que représentent les huit « objectifs du millénaire pour le développement » (OMD) pour 2015, un immense espoir est né dans le monde et chez tous les militants de l’humanitaire. Dix ans après, c’est le désenchantement. « La vie des pauvres ne s’est améliorée que très lentement et certains progrès, difficiles à réaliser, ont été affectés par les changements climatiques et les crises alimentaires et économiques » temporise le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), M. Ban Ki-moon, dans la préface du rapport sur les Objectifs du millénaire, publié le 23 juin dernier. Certes il y a eu quelques avancées. Mais pour l’essentiel tout reste encore à faire.

Écarts de productivité

Paysans andins et fermiers du Middle West ne jouent pas dans la même division

Altiplano andinMiddle West américain
Surface par actif et par an 0,5 hectare 100 hectares
Rendement de blé à l’hectare 1,1 tonne 5 tonnes
Production brute annuelle par actif 0,55 tonne 500 tonnes
Valeurs perdues annuellement 50 kg de semences 4/5 du produit brut (1)
(soit environ 400 tonnes)
Valeur ajoutée annuelle par actif 0,5 tonne 100 tonnes

(1) Estimation de la valeur des consommations intermédiaires (carburant, engrais…) et de la dépréciation des matériels (tracteurs…).

1. Réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim

Bien qu’en recul, la faim reste à un niveau inacceptable selon la FAO (organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Selon l’ONG Oxfam, la légère embellie constatée en 2010 doit plus à une conjoncture favorable qu’aux efforts de la communauté internationale. Avec la hausse des matières premières, il y a fort à craindre que le nombre des sous-alimentés reparte à la hausse.

Sachant qu’un Africain sur deux vit avec moins de 1,25 dollar par jour, on voit mal comment réduire la moitié de la faim dans le monde d’ici 2015. Sans réforme en profondeur des règles du commerce international et un investissement important dans l’agriculture des pays en développement, aucune avancée sérieuse ne pourra être envisagée.

2. Assurer l’éducation pour tous

L’école pour tous n’est pas pour demain même si l’on constate notamment en Asie du Sud et de l’Ouest ou au Bénin des avancées certaines. Mais si les OMD en fixant des objectifs chiffrés ont eu l’avantage de définir des buts, ils ont eu pour inconvénient d’inciter les décideurs à faire du quantitatif. Ainsi le taux de scolarisation dans le primaire dans les régions en développement est passé de 82 % en 1999 à 89 % en 2008.

Il y aurait de quoi se réjouir si cette hausse n’avait été réalisée au prix d’un recrutement massif de professeurs non qualifiés et sous payés se retrouvant devant des classes surchargées. Selon le rapport mondial de l’Unesco 2010, l’objectif d’assurer l’éducation pour tous est impossible à atteindre. Si les tendances actuelles se prolongent il restera 56 millions d’enfants exclus des classes en 2015.

3. Promouvoir l’égalité des genres et l’autonomie des femmes

Sur 113 pays qui n’ont pas établi la parité entre les filles et les garçons en termes de scolarisation primaire et secondaire avant la date butoir de 2005, 18 seulement sont sur la bonne voie pour atteindre cet objectif d’ici à 2015. Qu’il s’agisse de fréquenter l’école, d’accéder aux services de santé, de trouver un emploi ou d’atteindre la parité dans la représentation politique, les femmes ont encore du chemin à parcourir et l’ONU Femmes, créée en juillet 2010, a du pain sur la planche. Malgré quelques améliorations le sort des femmes reste peu enviable. Cette situation est d’autant plus grave qu’en grande partie toute perspective de développement dépend de leur promotion et de leur autonomie.

Dans les pays en développement où l’agriculture domine, l’accès à la terre est une des clés de « l’autonomie » des femmes. Ces dernières ont beau constituer la majorité des fermiers, elles sont rarement propriétaires des terres. A Madagascar, alors que 83% des femmes travaillent dans l’agriculture, elles ne possèdent que 15% des petites propriétés.

4. Réduire la mortalité des moins de 5 ans

En 1990 le taux de mortalité au niveau mondial atteignait 89 décès pour 1000 naissances. Il est passé à 60 en 2009. Les organismes des Nations unies attribuent cette avancée notamment aux progrès en matière d’éducation maternelle.

Beaucoup de régions sont parvenues à une réduction d’au moins 50% de cette mortalité (Afrique du Nord, Asie de l’Est…). Mais l’Afrique subsaharienne demeure la région qui connaît les taux les plus lourds. Un enfant sur huit meurt avant son cinquième anniversaire, soit le double de la moyenne des pays en développement.

5. Réduire des trois-quarts le taux de mortalité maternelle

Mille femmes meurent chaque jour dans le monde des causes liées à la grossesse. Des progrès sont réalisés puisque le nombre de femmes décédées des complications de leur grossesse a diminué de 34% de 1990 à 2008. Cependant, nous serons loin de la cible fixée par les OMD. Pour l’atteindre, il faudrait une diminution de 5,5% par an alors que nous n’en sommes qu’à 2,3% par an depuis 1990. Cet objectif est celui sur lequel le retard est le plus important.

6. Combattre le sida, le paludisme et d’autres maladies

Le front de lutte contre le sida a nettement progressé. Le nombre de personnes mourant du VIH ou nouvellement infectées est en diminution et celui des malades ayant accès aux médicaments en augmentation.

L’objectif d’assurer en 2010 l’accès universel au traitement n’est pas atteint : sur les 15 millions de personnes séropositives dans les pays à faibles ou moyens revenus, près de 10 millions n’en reçoivent toujours pas. L’Afrique subsaharienne reste la région la plus touchée avec, en 2008, 72% de nouvelles infections par le VIH.

Concernant le paludisme, l’objectif en 2000 prévoyait d’inverser la tendance d’ici 2015. Mission quasiment accomplie : dans plus d’un tiers des pays africains touchés par cette maladie le nombre de cas a été réduit de plus de 50% entre 2000 et 2008.
Pour la tuberculose le bilan est plus sombre : 1,8 million de personnes en sont mortes en 2008.

7. Assurer un environnement durable

Cette cible a été mal appréhendée. Aucun accord n’a pu être trouvé pour organiser la lutte contre le changement climatique qui menace pourtant en priorité les pays les plus pauvres. Sur le front de la biodiversité, le bilan est particulièrement sombre.

Par contre, des progrès ont été réalisés pour l’accès à l’eau potable même si l’Afrique subsaharienne et les populations rurales restent défavorisées. Concernant l’assainissement, l’Onu admet que l’objectif de diviser par deux la population n’ayant pas accès à un assainissement minimal ne sera pas atteint.

8. Mettre en place un partenariat mondial pour le développement

Cet objectif supposait que les aides publiques au développement soient en croissance et les dettes des États défavorisés en baisse. Pour l’aide publique au développement, le compte n’y est pas. Les chiffres de 2009 sont sans appel : le taux d’aide plafonne à 0,3%, loin des 0,7% promis. L’aide a certes crû entre 2004 et 2010 mais cette progression ne représente que 27 milliards de dollars, loin des 48 milliards d’aide additionnelle promise pour 2010 lors du G8 de 2005. Une somme qui restait en deçà des 185 milliards de dollars jugés nécessaires pour atteindre les ODM (soit 0,54% du PIB des pays riches).

Pour la dette, on avance dans le bon sens. La communauté financière internationale poursuit sa politique d’annulation de celle des pays pauvres.

Repiquage du riz sur les hauts plateaux malgaches. (Photo Electriciens sans frontières)
Cet article fait partie d’une série dont voici le sommaire :
- Où en sont les huit « objectifs du millénaire pour le développement » ?
- Pertes ou gaspillage : le grand gâchis
- Main basse sur les terres
- Pourquoi un bilan mitigé ?
- Questions à Nathalie Péré Marzano, déléguée générale du CRID : « Les solutions existent ! »
- Pour en savoir plus sur les Objectifs du millénaire