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Pénurie de main-d’œuvre dans les services aux personnes


Gérard Lopez, chargé de mission à la Fédération des Services, répond à nos questions.

« Je suis une richesse » affirment les fonctionnaires CFDT. C’est un slogan que pourraient reprendre les vieux. Ils coûtent cher et de plus en plus longtemps, mais ils contribuent sérieusement à l’économie.

Qu’est-ce que la silver économie ?

La silver économie est à l’économie ce que la gérontologie est à la médecine : un « marché à fort potentiel », estimé à plusieurs milliards d’euros annuels. De 130 à 150, c’est selon. Pour arriver à ce chiffre, les zélateurs de cette spécialité enjambent tous allégrement un moment clé de l’existence, la retraite. Ils amalgament les seniors « actifs », autonomes et indépendants, les « fragiles », avec quelques limitations ou baisses de capacités et les « dépendants », qui ont besoin d’aide pour accomplir les actes de la vie courante. On parle des biens et des besoins des plus de 60 ans (plus de 20 millions en France en 2030), en matière de santé, transports, communications, loisirs, habitat, etc., 54 % des personnes âgées voyagent régulièrement en France ou à l’étranger. 86 % déclarent pratiquer une activité physique. C’est pour ça que la pétanque et la lyonnaise s’appellent sport-boules ? 77 % aimeraient davantage de services dans l’alimentation. Ce domaine arriverait en tête de leurs souhaits, devant la santé ou les services d’aide à la personne, corroborant le constat que seules 8 % des personnes âgées en France sont dépendantes, avec un besoin d’aide ou de surveillance régulière.

Le service de l’aide à la personne

En chiffre, le secteur des services à la personne (SAP) c’est 1,4 million de salariés, plus de 35 000 organismes, et 2,7 millions de bénéficiaires dont une majorité de personnes âgées. Vingt-et-un métiers et une soixantaine de certifications couvrent le champ des services à la famille, des services à la personne dépendante ou âgée et des services de la vie quotidienne. Un contrat de filière « Services à la personne » a été signé le 23 février 2017 pour assurer le développement économique de ce secteur. Cet engagement commun entre l’État et les représentants des employeurs et des employés du secteur, dont la CFDT, a un triple objectif : simplifier et harmoniser les dispositifs de soutien, développer l’attractivité et l’emploi du secteur des SAP et mettre en place une stratégie de qualité.

Des métiers peu attractifs

Force est de constater, à mi-parcours de ce dispositif, que l’attractivité se dérobe. Selon une note de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) de décembre 2019, le nombre d’inscrits en formation d’aide-soignant baisse pour la deuxième année consécutive (- 6 % entre 2016 et 2018), tout comme celui des candidats au concours d’entrée qui diminue fortement depuis 2014 (- 42 %). Il n’y a pratiquement plus que des filles (90 %) issues de milieux modestes et qui ont galéré. La moyenne d’âge des reçues s’établit à 28 ans et 7 mois contre 25 ans et 5 mois pour l’ensemble des professions de santé.

L’apport des nouvelles technologies ?

Objets connectés, téléassistance, domotique voire robotique : les innovations technologiques enrichissent les prestations de services à la personne. Elles facilitent la coordination des interventions au domicile, ont vocation à assurer un suivi plus complet, à pouvoir alerter ou être alerté rapidement en cas de problème, à communiquer plus facilement avec les aidants familiaux. Elles sont de nature à enrichir le contenu des vingt-et-un métiers des services aux personnes pour les rendre attractifs au-delà de la motivation primordiale, être au service de la présence humaine et du lien social. Cet « enrichissement » est un enjeu syndical pour les trois fédérations CFDT concernées (Interco, Santé-Sociaux et Services) mais aussi pour la CFDT Retraités dont le champ fédéral est en « pénurie de main-d’œuvre ». Et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle !

Gérard Lopez, chargé de mission à la Fédération des Services.