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Perdre son parent sans perdre son engagement


Lorsqu’on s’est consacré pendant des années à la bientraitance des personnes âgées vulnérables à domicile ou en établissement, comment vivre après la perte d’un proche ? Poursuivre son engagement, transmettre son expérience ou vivre autre chose ?

La perte d’un parent, même quand on y est préparé, est toujours une épreuve et une souffrance. Mais perdre son parent ne signifie pas obligatoirement la perte de son engagement envers les personnes du grand âge. C’est même parfois salutaire pour mieux vivre son deuil. De plus, cet engagement peut concerner notre propre devenir et celui des futures générations.

Être un aidant familial, au domicile de son parent ou en établissement, est effectivement un engagement. Cela nécessite d’y consacrer un temps important de sa vie personnelle, que l’on soit retraité ou en activité professionnelle, et beaucoup d’énergie.

Cet engagement amène nombre d’aidants à s’intéresser aux relations avec les accompagnants professionnels, aux situations des autres personnes âgées en perte d’autonomie, au fonctionnement du médico-social… Certains aidants s’investissent au sein d’un conseil de la vie sociale (CVS), d’un centre local d’information et de coordination (CLIC), d’un comité départemental des retraités et personnes âgées (Coderpa), d’un centre communal d’action sociale (CCAS) ou d’une association de bénévoles.

Expérience, savoir-faire et transmission

Le plus souvent, ces personnes ont déjà une culture militante syndicale et associative. Se consacrer, pendant dix à quinze ans, parfois plus, à la cause des proches âgés, voire très âgés, permet aussi d’acquérir une solide expérience. Cette connaissance, ces savoir-faire gagnent à être poursuivis et au moins transmis. Gilbert Billon de la CFDT, après le décès de son épouse, a continué à animer pendant des années l’association des familles de malades à l’hôpital gériatrique de Limeil-Brévannes, forte de 40 adhérents. « D’autres membres dans la même situation que moi ont continué. C’était une condition de survie de l’association et le moyen de mettre dans le coup des usagers non militants. Mon savoir-faire syndical m’a alors été très utile », précise-t-il.

En revanche, les élus ou présidents de CVS vivent mal qu’au décès d’un de leurs parents certains directeurs leur demandent de mettre fin à leur mandat, alors qu’ils ont été élus par et pour l’ensemble des usagers et non pour leur proche. En cas de décès de son parent, il n’y a aucune disposition légale à ne pas mener son mandat à terme. D’autant que la durée de vie des résidents en établissement se réduit. Pourquoi se priver de compétences aussi précieuses pour le bien-être et la bientraitance des personnes vulnérables ?

Se consacrer à la cause des âgées, voire des très âgés permet d’acquérir une solide expérience.

Une démarche positive

Avec un groupe d’élus de la Maison de retraite intercommunale de Fontenay-sous-Bois de la Fondation Favier dans le Val-de-Marne, Arielle Corbani s’est battue pour que le président du CVS puisse rester en fonction jusqu’aux prochaines élections après le décès de son proche. Elle-même, devenue présidente, a poursuivi cette fonction malgré une situation identique. Mieux, l’ancien président est devenu un « expert » au sein des quatre établissements du groupe public. Cet état de fait a provoqué la rédaction d’un règlement intérieur du CVS, qui était inexistant jusque-là, dans lequel cette nouvelle disposition a été intégrée. « Cette évolution nous permet d’intervenir sur le terrain et de conseiller les familles, explique Arielle. Et surtout, d’assurer la transmission aux nouveaux membres ou candidats. Cet appui est essentiel compte tenu des difficultés à trouver des candidats et le manque d’expérience ».

Bien sûr, les élus qui ne souhaitent pas poursuivre leur mandat sont à respecter. Nombre d’entre eux sont épuisés et saisissent l’occasion pour vivre autre chose ou autrement.

Jacques Rastoul

(1) http://eluscvs91.over-blog.com