Actu revendicative


Perte d’autonomie : nous ne lâcherons pas !


De promesses en promesses, les dirigeants politiques ont remis régulièrement, à plus tard, toute réforme sur la prise en charge de la perte d'autonomie. Lors de la dernière élection présidentielle, Nicolas Sarkozy s'était engagé au cours de son quinquennat à promulguer une loi sur la dépendance.

Quelques années plus tard où en sommes-nous ? Quelles avancées ont permis le rapport du CESE (Conseil économique, social et environnemental), les différents groupes de travail mis en place par le ministère de la Cohésion sociale, les débats interrégionaux et interdépartementaux ?

La CFDT Retraités peut dire que « La montagne a accouché d’une souris ! ». Elle peut le dire car comme toute la CFDT, elle s’est largement impliquée dans le débat et y a largement contribué. Elle a multiplié les interventions auprès des groupes parlementaires nationaux. L’UCR (union confédérale des retraités) CFDT continue et continuera (en lien avec toute la CFDT) à revendiquer le droit de vieillir décemment et respectueusement.

C’est un enjeu de société car l’allongement de la durée de la vie progresse, le nombre de retraités augmente et inéluctablement le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie s’intensifiera.

Mais attention, il ne faut pas se laisser enfermer dans des positions écrites d’avance. Non, le nombre de personnes âgées dépendantes n’est pas égal au nombre de personnes retraitées ! Non, le coût de la dépendance n’est pas aussi élevé que certains le laissent entendre ! Non, il ne faut pas confondre prise en charge de la dépendance et les soins apportés aux personnes âgées.

Quel que soit l’âge, nous avons le droit universel de recevoir des soins en dehors de la perte d’autonomie !

« La loi n’est pas abandonnée mais reportée » a déclaré madame la ministre Roselyne Bachelot. Eh bien, soit ! C’est donc par notre action cohérente que nous serons écoutés et entendus. Les prochaines échéances électorales doivent être un marchepied pour nos revendications en direction de retraités et personnes âgées.

C’est dans cet objectif que l’UCR CFDT va réaliser « Un guide de la perte d’autonomie des personnes âgées ». Quel que soit notre mandat, notre position doit être relayée par chacun d’entre nous.

Quelques constats à partager

La prévention reste un facteur important pour lutter contre la perte d’autonomie. Elle doit commencer dès le plus jeune âge et se poursuivre tout au long de la vie. Ce doit être un axe de politique nationale de santé.

Le maintien le plus longtemps possible de la personne à son domicile. C’est un souhait récurrent des personnes âgées. Cela implique une meilleure prise en charge financière et la mise en place d’un réseau de soins coordonné.

Une plus grande offre d’accueil en établissement. Le plus souvent mal vécue par la personne âgée et sa famille, cette étape apparaît comme l’ultime recours. Cependant, cette solution permet aussi de rompre l’isolement de la personne devant l’éloignement et l’éclatement des familles. Ces établissements, encore trop peu nombreux, manquent souvent d’une dimension humaine.

Sans oublier, le taux d’encadrement nettement insuffisant par rapport au nombre de personnes accueillies. La qualification et la reconnaissance des personnels est un facteur important du développement des métiers attachés aux services à la personne âgée. C’est une source importante d’emplois pour les années futures.

Un coût de l’hébergement trop élevé : Le prix de journée reste encore très élevé. Les tarifs doivent être mieux encadrés par les pouvoirs publics afin que le reste à charge pour les personnes et leur famille ne soient pas aussi variables d’une région à une autre ou d’un secteur à l’autre (privé lucratif, non lucratif, public).Le reste à charge peut aller de 1 500 à 3 000 euros par personne et par mois !

Un financement pour la perte d’autonomie des personnes âgées existe au travers de l’APA mais cette compensation reste insuffisante et inégalitaire. La solidarité nationale doit être un facteur important de la prise en charge financière et doit aboutir à un engagement de l’État sur un droit universel de compensation financière.

Quelles revendications ? Quelles propositions ?

La prise en charge tout au long de la vie, sans aucune rupture, en fonction des périodes de la vie, implique que « le risque vieillesse » ne doit pas être supporté par un seul organisme « en charge de la vieillesse ». Tous les citoyens sont concernés et le risque doit être confié à une structure inter-régime.

Des solutions financières sont envisageables : le taux de CSG pourrait passer de 6,6% (taux des retraités imposables) à 7,5% (taux des salariés). La Contribution de solidarité pour l’autonomie (CSA) pourrait évoluer par l’extension de cette contribution à l’ensemble des revenus des actifs (salariés et non-salariés), aux pensions de retraite et par une imposition sur toutes les formes de transmission du patrimoine (héritage ou donation).

Autre mesure, travailler à une meilleure répartition de la prise en charge financière de la perte d’autonomie des personnes âgées entre les conseils généraux (70% de l’APA) et la CNSA (30%).

Même si ce point est plus complexe du fait de la diversité des types d’établissements, le coût de l’hébergement et le reste à charge des résidents doivent être diminués.

La CFDT Retraités revendique l’harmonisation des règles fiscales des établissements d’hébergement et l’assujettissement des établissements à la TVA avec l’abandon de la taxe sur les salaires. Elle préconise le transfert de certaines charges du budget hébergement vers le budget dépendance (frais d’animation...). Elle plaide pour la socialisation d’une partie du tarif d’hébergement grâce à une contribution supplémentaire versée par la CNSA.

Renforcer les services à la personne

Répondre aux besoins des personnes âgées, améliorer la qualification des intervenants, garantir une qualité de services sont incontournables. Mais tout cela alourdit le reste à charge financier des personnes aidées.

Pour la CFDT Retraités, une première mesure consisterait à transformer la réduction d’impôt en crédit d’impôt pour les services d’aide à la personne titulaire de l’APA. Il faut en effet distinguer le service d’aide à domicile apporté pour un confort de vie et celui apporté à une personne en perte d’autonomie. Une telle mesure permettrait d’atténuer les frais supportés par les personnes restant à domicile.

Et comment ne pas souligner la place et le rôle clef des aidants que nous sommes parfois et que seront peut être nos enfants demain (voir page20).
La CFDT Retraités n’en restera pas là sur ce dossier. Elle est convaincue de son importance au sein de notre société pour aujourd’hui et pour demain.

Plusieurs générations d’une même famille s’y trouvent confrontées. Des solutions doivent émergées rapidement afin que la perte d’autonomie d’une personne âgée au sein de la famille ne se transforme en douleur pour ses proches. C’est aussi cela vieillir décemment et respectueusement.

Dominique Fabre

On peut vieillir sans perdre son autonomie !