Action internationale


Plus que trois ans pour atteindre les objectifs du millénaire


À l'aube du 21e siècle, les 191 États membres de l'ONU s'engageaient à atteindre d'ici 2015 huit objectifs prioritaires susceptibles d'assurer dans tous les pays la promotion et la protection intégrale des droits civils, économiques , sociaux et culturels de chacun. On en est loin.

Bonne nouvelle : le monde est moins pauvre, mais beaucoup reste à faire.

Avec un seuil international à 1,25 dollar par jour et par habitant, le taux d’extrême pauvreté est passé de 43% en 1990 à 22% en 2008. Seules, l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne conservent des taux élevés. 1,3 milliard de personnes restent toujours en situation d’extrême pauvreté. Et si on relève le seuil à 2 dollars par jour, 2,4 milliards de personnes en 2008 contre 2,7 milliards en 1990 restent concernées.

La plupart d’entre elles vivent dans des régions où le niveau de vie a fortement augmenté. Celles qui ne disposent que de moins de 1,25 dollar par jour habitent des pays dotés d’une élite riche et d’une classe moyenne de plus en plus large. À elle seule, l’Inde en rassemble 35%.

La Chine, le Pakistan, le Vietnam, l’Indonésie, le Nigéria font aussi partie de cette catégorie. Dans ces pays, la pauvreté se concentre dans des zones reculées et peu développées, mais aussi en zones urbaines avec les bas salaires ouvriers et le chômage. En Inde, l’écart entre les 10% les mieux payés et les 10% le moins bien payés était de 1 à 6 en 1990. Il est aujourd’hui de 1 à 12.

Dans tous pays qui se sont enrichis, le recul de la misère relève donc moins de l’aide étrangère que des politiques nationales. Leur croissance a d’abord profité aux riches et les pauvres devront encore attendre pour que le premier objectif du millénaire soit définitivement atteint.

Fond dédié

Autre exemple : chaque année 350 000 femmes meurent au cours de leur grossesse. Une toute les deux minutes. C’est mieux qu’en 1990 (550 000) mais encore loin du seuil des 150 000 que la communauté internationale est censée franchir d’ici à trois ans. Sur ce front le progrès est resté désespérément lent. Pas seulement pour des raisons de moyens financiers, mais aussi à cause des représentations et des valeurs culturelles.

Plus encore, chaque année, 2,6 millions de bébés sont mort-nés et 3,5 millions de nouveaux nés décèdent dans les quatre premières années, faute de soin. La situation ne s’est guère améliorée en Afrique subsaharienne à cause les conflits, la prolifération du sida et les libertés bafouées des femmes.

Les remèdes à cette situation sont connus (meilleur suivi des grossesses, formation du personnel de santé…) Et rien ne pourra véritablement avancer tant que les droits élémentaires des femmes ne seront pas reconnus et respectés. L’accès libre à la contraception et l’amélioration de l’éducation des femmes sont la clé du problème. Idem en ce qui concerne leur accès au marché du travail et leur capacité à mener une activité rémunérée.

Face à la faiblesse des progrès, la communauté internationale semble vouloir se mobiliser autour d’un fonds mondial dédié à la santé maternelle, néonatale et infantile. Malheureusement à l’heure de la crise, l’argent se fait rare. Faudra-t-il attendre encore longtemps avant que de donner la vie ne soit pas signe de mort ?

Guy Gouyet

Source : Alternatives Internationales

Les huit objectifs du millénaire pour le développement :

- réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim dans le monde ;
- assurer une éducation primaire à tous ;
- promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ;
- réduire la mortalité des enfants ;
- améliorer la santé maternelle ;
- combattre le SIDA, le paludisme et autres maladies ;
- assurer un environnement durable ;
- mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

3,5 millions de nouveaux nés décèdent dans les quatre premières années, faute de soin. (Photo Jacques Rastoul)