Action internationale


Pourquoi un bilan mitigé ?


Selon Action mondiale contre la pauvreté « les objectifs du millénaire pour le développement sont la seule référence consensuelle qui existe entre les Etats ». Aux deux tiers du parcours, bien du chemin reste à parcourir.

Pour le bureau international du travail « il n’est pas possible de venir à bout de la pauvreté si l’économie ne génère pas de possibilités d’investir, d’entreprendre, de créer des emplois et des moyens d’existence durables ». L’accès à un travail décent et productif doit devenir une composante centrale de la politique macroéconomique. Cette condition contribuerait à la réalisation de plusieurs objectifs millénaires du développement (OMD). Selon le secrétaire général de l’Organisation internationale du travail « un emploi adéquat des parents permettrait notamment de réduire le travail des enfants dont les pires formes ne permettent pas un accès à l’éducation et alimentent le cycle de la pauvreté ».

Autre exigence : accroître l’aide publique au développement. La liste des engagements non honorés s’allonge. La crise et la rigueur pourraient voir les engagements des États revus à la baisse. De nouvelles voies doivent être explorées à l’instar de la taxe sur les billets d’avion qui a rapporté 2 milliards d’euros depuis son instauration en 2006. Il existe d’autres possibilités. La taxe sur les transactions financières prônée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel lors du dernier G20 fait partie des projets à l’étude. Le G20 réuni en novembre dernier devait le lancer.

Troisième condition : donner la priorité à l’agriculture. Selon Serge Michailof, professeur à Sciences Po « c’est d’abord en soutenant l’agriculture qu’on résoudra le gros du problème de la pauvreté ». Les trois quarts des pauvres de la planète vivent en milieu rural et dépendent directement des activités agricoles pour le revenu. Paradoxalement les petits producteurs représentent 80% des personnes sous-alimentées et la part de l’aide publique mondiale au développement destinée à ce secteur a chuté de 17% à 3,8% entre 1980 et 2005. Parallèlement il fait intervenir sur la libération des marchés agricoles. Que peut faire le petit producteur du Mali ou du Sénégal face aux gros producteurs de céréales ou de volailles européens ou américains qui bénéficient par ailleurs de subventions ?

Plus efficace

Et comment passer sous silence cet autre scandale de la fuite massive des capitaux. Les paradis fiscaux font des ravages. De grandes entreprises et des individus fortunés échappent aux impôts en y cachant leur argent. Les pays du Sud voient ainsi s’envoler près de 800 milliards d’euros par an, dont 125 milliards d’euros de recettes fiscales potentielles, soit 6 à 8 fois ce qu’ils reçoivent en aide internationale.

Enfin, la participation des personnes vivant dans la pauvreté est elle-même une des conditions de la réussite du développement. Les plus pauvres sont les premiers acteurs de la lutte contre la pauvreté. Ils veulent être associés et participer. C’est sans doute moins valorisant pour les donateurs et autres intervenants du Nord mais c’est autrement plus efficace.

En Inde comme ailleurs, les plus pauvres veulent être associés et participer. (Photo Electriciens sans frontières)
Cet article fait partie d’une série dont voici le sommaire :
- Où en sont les huit « objectifs du millénaire pour le développement » ?
- Pertes ou gaspillage : le grand gâchis
- Main basse sur les terres
- Pourquoi un bilan mitigé ?
- Questions à Nathalie Péré Marzano, déléguée générale du CRID : « Les solutions existent ! »
- Pour en savoir plus sur les Objectifs du millénaire