Actu revendicative


Qualité de vie ou mort sociale


Quelle qualité de vie attend les personnes en situation de perte d'autonomie ? La préoccupation serait-elle illusoire ? Et la question incongrue ?

La CFDT Retraités l’a observé : la qualité de vie tirée de la consommation est bien perçue par les corps politique et économique. Au contraire, la qualité de vie citoyenne dérange beaucoup plus ces mêmes décideurs. Dès lors, évoquer la citoyenneté des personnes en perte progressive d’autonomie devient franchement problématique.
Mais beaucoup de retraités s’interrogent : vivre plus longtemps et bénéficier de soins pour cela, certes. Mais pour vivre quoi quand on n’a plus ni place, ni rôle dans la société ? La « mort sociale » ne doit pas précéder la mort biologique.

Bernard Hervy parle (1) d’une politique d’animation de la vie sociale en direction des personnes isolées, dépendantes ou non. Il la traduit en trente-trois propositions parmi lesquelles :
- affirmer la nécessité d’une approche multidimensionnelle de la personne âgée dépendante, dans ses trois dimensions physiologique, psychologique et sociale ;
- encourager les initiatives des retraités actifs, et ne pas freiner leur prise de responsabilités ;
- mettre au premier plan les projets individuels de vie pour les personnes fragiles et dépendantes, (…) les construire progressivement dès l’arrivée de la fragilité, les compléter régulièrement et fonder les choix de vie sur ces projets ;
- consacrer 10% du temps du personnel (des établissements) à l’accompagnement de la vie sociale des personnes dépendantes ;
- favoriser le passage d’un bénévolat de bonne volonté et d’engagement à un bénévolat de compétence et de contrat.

Bien vieillir chez soi

S’il n’est pas aménagé, le domicile peut constituer un cas de maltraitance passive. La Fondation Abbé Pierre le confirme dans son rapport 2009 : le mal logement revêt des aspects plus néfastes encore pour les personnes en perte d’autonomie.

En octobre 2007, le conseil économique et social régional de Bretagne, dans son document « Bien vieillir en Bretagne » prône un habitat inclusif, évolutif et durable tout au long de la vie :
- inclusif : son organisation générale concourt à l’inclusion citoyenne et sociale des retraités. Il favorise aussi « un vivre ensemble » à tout âge ;
- évolutif : l’aménagement extérieur prend en compte tout type et mode de déplacement. Et l’intérieur du logement doit à tout moment être adaptable et garantir la pleine accessibilité ;
- durable : à l’ère du développement durable, les critères de construction et de fonctionnement doivent totalement tenir compte des normes de cet engagement.

Cet habitat favorise alors le « bien vieillir » à domicile, même si ces pistes ne sont pas exclusives. Toute autre forme d’hébergement doit aussi répondre à ces options.

Des rapports de référence

Outre le rapport de Paulette Guinchard-Künstler « Vieillir en France » en 1999 – rapport exhaustif et fédérateur – le Conseil économique et social en a établi deux autres sous la conduite de Maurice Bonnet. L’un porte sur « Les personnes âgées dans la société » (2001) et l’autre titre « Pour une prise en charge collective, quel que soit leur âge, des personnes en situation de handicap » (2004).

Les orientations préconisées sont de bon sens :
- s’approprier la réalité, complexe au final, du vieillissement ;
- réserver la place des personnes âgées dans la société et promouvoir leur représentation,
- créer une prestation globale « handicap / dépendance » quel que soit l’âge,
- assurer un financement solidaire et pérenne.

(1) Rapport de la mission « Vie sociale des personnes âgées » de 2003.