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Que vaut l’assurance dépendance ?


Question : à entendre les médias, nous devrions souscrire une assurance dépendance. Qu’en pensez-vous ?

Une assurance individuelle facultative s’avère toujours moins intéressante qu’une assurance universelle obligatoire. Notre action syndicale de retraités répond à l’intérêt général. Par ailleurs, seul un octogénaire sur dix vit une perte d’autonomie importante.

Les contrats d’assurance dépendance proposés posent tous problème et ne répondent pas aux besoins réels. Les assureurs ont refusé la proposition de la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie) d’adopter une grille unique de la dépendance. Elle aurait permis de comparer les contrats entre eux.

« Les sept plaies de l’assurance dépendance »

Le mensuel Que Choisir a déjà donné des informations sur ces contrats. Mais le magazine 60 millions de consommateurs (édité par l’Institut national de la consommation) publie une étude dans son numéro de novembre dernier. Elle s’appuie sur l’analyse de contrats et sur des témoignages. Le titre de l’étude est clair. « Les sept plaies de l’assurance dépendance » sont les suivantes :

1. Le questionnaire médical est piégeur. À la souscription, on remplit un questionnaire : il permet d’éliminer les personnes à risque et d’être utilisé plus tard pour refuser le versement de la rente.

2. Les tarifs peuvent augmenter sans limite. À la souscription, le tarif varie selon l’âge, le niveau de rente attendu et l’état de santé. L’assurance dépendance doit nous aider en cas de séjour dans une maison de retraite (Ehpad) dont le coût d’hébergement est supérieur à nos revenus (2 300 € en moyenne). Le montant mensuel de cotisations pour obtenir 1 500 € par mois est très élevé.

3. Chaque assureur a sa propre définition. Les assureurs se basent sur les cinq actes essentiels de la vie courante (se déplacer, se nourrir, se laver, s’habiller, se lever), mais chaque contrat a ses propres exigences pour la dépendance totale comme pour la dépendance partielle. Les définitions s’avèrent parfois très restrictives. La grille publique d’évaluation de l’autonomie (les Gir) pour l’APA n’est pas reconnue.

4. Seul l’assureur juge la situation, ou presque. C’est toujours le médecin de l’assureur qui évalue le degré de dépendance. Il ne tient pas compte de l’avis de celui qui attribue l’APA ou du médecin traitant.

5. Des formalités incompatibles avec l’état de la personne. Le plus choquant, indiquent les auteurs, ce sont les fastidieuses formalités imposées aux personnes malades. « Rassembler tous les documents et subir des examens complémentaires est coûteux, pénible, mais également très long, ce qui fait gagner du temps pour repousser l’indemnisation. » Si, en plus, la personne concernée vit seule et perd la mémoire…

6. Des délais qui retardent la prise en charge. Si la dépendance est enfin reconnue, il faut encore attendre, car la majorité des contrats prévoient une carence de 90 jours. Ajoutons le délai à la souscription : jusqu’à trois ans pour les maladies psychiques et neuro-dégénératives (Alzheimer…).

7. Des clauses illégales. En cas de désaccord avec le médecin de l’assureur, on peut faire appel à un autre médecin. S’il y a désaccord entre les deux, il est fait appel à un troisième. On peut toujours saisir la justice, à tout moment, quoi que dise le contrat.

Le magazine apporte une conclusion sans équivoque : « L’assurance dépendance ne constitue pas une solution de financement crédible. » « Seule l’assurance-vie, avec option dépendance, pourrait être adaptée. » Mais tous « n’ont pas les moyens d’obtenir le capital qui permettra de dégager une rente couvrant l’ensemble des frais ».

Pour la CFDT Retraités, la solution reste collective, universelle et obligatoire, financée par un prélèvement proportionnel aux revenus.

Dominique Fabre et Claude Wagner