UNION CONFÉDÉRALE CFDT DES RETRAITÉS

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Quel avenir pour les retraites à l’heure de la réforme de 2019 ?


Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT, répond à nos questions.

Alors que la CFDT est très attachée à un départ en retraite à 62 ans, on sent se profiler un recul du départ en retraite. Y aura-t-il une possibilité de choix ? Comment la CFDT entend-elle la défendre ?

Il faut distinguer deux choses : l’âge minimal de départ (62 ans) et la durée d’activité nécessaire pour avoir le taux plein. Du fait des réformes antérieures, cette dernière augmente au fur et à mesure des générations et devrait atteindre 172 trimestres (43 ans) pour les générations nées à partir de 1973. L’âge minimal de départ est fixé à 62 ans depuis la réforme de 2010 (hors catégories actives, carrières longues et pénibilité), mais il n’est pas question d’y toucher.

Le président de la République, la ministre de la Santé et le haut-commissaire à la réforme des retraites se sont engagés à ne pas le toucher. Pour la CFDT, une « mesure d’âge » (une augmentation de l’âge minimal) est la plus injuste mesure qui soit parce qu’elle pénalise ceux qui ont commencé à travailler tôt, ceux qui ont un métier pénible ou dangereux, ceux qui terminent leur carrière sans emploi.

Départ anticipé pour carrière longue, invalidité ou pénibilité sont à mettre à l’actif de la CFDT. Comment ces acquis pourront-ils être préservés ?

En les approfondissant et en les développant. Le dispositif pénibilité est insuffisant. D’abord parce qu’il a été vidé en partie de son contenu par le gouvernement en 2017. Le volet prévention, qui reste pour la CFDT essentiel au dispositif, a été particulièrement malmené. Mais il faut aussi souligner que les agents de la fonction publique et des entreprises publiques n’ont pas accès au dispositif pénibilité.

Certaines catégories (dites « actives ») disposent d’une ouverture des droits plus précoce, mais qui perd de son intérêt avec l’allongement des durées de cotisations nécessaires pour avoir le taux plein. Un dispositif pénibilité réellement préventif, avec un bon niveau de protection et de compensation, et accessible à tous les travailleurs quel que soit leur statut ou leur entreprise, voilà qui est pour la CFDT une des conditions de réussite d’une réforme des retraites.

La réforme des retraites prévoit une nouvelle indexation des pensions. Pourrais-tu nous éclairer sur ce sujet lié au maintien du pouvoir d’achat des retraités actuels et futurs ?

Le haut-commissaire a proposé que, dans le futur système, les pensions soient revalorisées au rythme des salaires, diminué d’un certain coefficient. La CFDT se reconnaît dans ce schéma qui prend le salaire comme référence, mais elle exige qu’on se donne une borne minimale pour l’évolution des pensions : l’inflation. Ainsi on garantirait aux retraités le maintien du pouvoir d’achat et une certaine participation aux fruits de la croissance.

Par ailleurs, certains membres de la majorité évoquent la possibilité pour l’année prochaine d’avoir un mode de revalorisation des pensions du régime général différencié selon le niveau de la pension. Ce n’est pour l’instant qu’une idée dont on ne voit pas bien la faisabilité juridique.

La pension de réversion fait l’objet de questions récurrentes sur le site de la CFDT Retraités. Quelle est la position de la CFDT sur le devenir de cette pension ?

Il faut la faire évoluer en lui redonnant un objectif conforme aux besoins actuels. Il ne s’agit plus d’assurer une pension de droit dérivé, comme dans les années 1950 quand les femmes étaient moins actives et les couples beaucoup plus stables. La CFDT préconise un dispositif qui protège le niveau de vie du retraité ou de la retraitée qui perd son conjoint ou sa conjointe, en lui garantissant, par exemple, 66% du revenu antérieur du couple.

Cela devrait se traduire par une hausse des petites réversions, mais aussi une baisse des plus hautes, ce qui nous paraît beaucoup plus juste. Bien évidemment, un tel dispositif ne devrait entrer en vigueur que progressivement.

Propos recueillis par Nicole Chauveau

Frédéric Sève, secrétaire national CFDT, en charge du dossier Retraites.
UCR CFDT