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« Raconter la vie »


C’est une initiative heureuse qu’a prise, en janvier 2014, Pierre Rosanvallon : « Raconter la vie » de celles et ceux dont les voix ne sont pas habituellement écoutées et dont les aspirations quotidiennes ne sont pas prises en compte.

« Raconter la vie » veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui, aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective.

Pierre Rosanvallon explique la démarche dans Le Parlement des invisibles (Le Seuil, janvier 2014) : « Le pays ne se sent pas écouté, représenté… Des vies non racontées sont, de fait, des vies diminuées… Cette invisibilité alimente le désenchantement vis-à-vis de la politique. »

Il précise :« Face à la mal-représentation par les partis, il faut construire une représentation narrative pour que l’idéal démocratique reprenne vie et forme. » « Raconter la vie » vise également à « encourager l’intérêt pour autrui, à produire une connaissance qui rapproche les membres entre eux ».

Enrichissement démocratique

Pierre Rosanvallon place sa démarche dans une filiation historique, en faisant référence à des travaux antérieurs menés dans un sens voisin avec, à partir de 1839, la publication de 400 petites brochures dans la série « Les Français peints par eux-mêmes », les publications de Balzac et, plus récemment, celles de Michel Foucault et Pierre Bourdieu.

Concrètement, « Raconter la vie » se décline en deux supports : une collection de livres (constitués de petits formats de 80 pages maxi ; à bas prix : 5 € 90 sous forme papier et 2 € 90 sous forme de Ebook, édités aux Éditions du Seuil) qui présentent des récits, des expériences, des témoignages. Une soixantaine de titres sont déjà parus.

On peut aussi consulter un site internet (www.raconterlavie.fr) interactif qui comprend des interviews des auteurs, des extraits des livres, des commentaires des internautes lecteurs.

La démarche de « Raconter la vie » est à la fois modeste et ambitieuse, positive, humainement enrichissante. Elle mérite d’être saluée, connue et reconnue. Elle constitue un enrichissement démocratique incontestable.

Jean-Pierre Moussy et Jacques Rastoul



Invisibles

Les vieux travailleurs immigrés en foyer logement entrent sur les planches. Non plus celles du bâtiment, mais du théâtre. Nasser Djemaï, le metteur en scène, est parvenu à nous faire vivre la vie de ces hommes usés et oubliés. Arrachés à leur terre natale, à leur famille, à leur épouse et à leurs enfants, cette génération a dû baisser la tête pour construire notre pays. Ces chibanis (« cheveux blancs » en arabe) relatent la vie de ces vieux célibataires sans famille, sans patrie, bien souvent isolés, malades et aussi pauvres que lorsqu’ils sont arrivés.
À travers cinq personnages, nous découvrons la vie quotidienne de ces retraités algériens, du foyer au café, qui continuent à envoyer de l’argent à la famille. Sans espoir de regagner définitivement leur pays natal, ils sont condamnés à demeurer en foyer d’accueil.
L’humour et la dérision sont présents. Les rires aussi, surtout chez les jeunes d’origine maghrébine, les seuls capables de comprendre leurs engueulades en arabe.
Jacques Rastoul
Invisibles, de Nasser Djemaï, www.nasserdjemai.com