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Selon le Secours catholique la pauvreté en France ne recule pas


Comme chaque année, le Secours catholique fait le bilan de la pauvreté en France. Pour 2015, que constate-t-il ? Une pauvreté qui stagne, mais qui compte de plus en plus de femmes seules avec enfants, de retraitées isolées avec des petites retraites et des personnes d’origine étrangère.

La pauvreté dans les villes diffère de la pauvreté des campagnes. En ville, les personnes sont sans emploi, sans argent et sans logement. Dans les zones rurales et péri-urbaines, les personnes ont des conditions de vie très modestes mais plus stables, avec des retraités qui ont un logement et de grandes difficultés à assumer les charges de leur foyer et à mener une vie sociale normale.

Près de 9 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants, vivent dans la pauvreté en France. Nous constatons une précarisation croissante des familles, des femmes monoparentales ou retraitées et des enfants, ainsi que des personnes d’origine étrangère, avec davantage de personnes sans ressources, en logement très précaire.
Dans les accueils du Secours catholique, les familles monoparentales sont en augmentation. Plus de 180 000 familles monoparentales ont été rencontrées. Ce nombre augmente depuis 2000 (+ 2,4 % depuis 2012). Le taux de pauvreté de ces ménages est très élevé.

Durcissement des lois pour les migrants et précarisation du travail

Contrairement à ce que l’on croit, l’augmentation de la pauvreté n’est pas due à l’accroissement du nombre de migrants présents sur le territoire (la population étrangère en France est restée stable), mais au fait que la situation de ces personnes est de plus en plus fragile, avec une difficulté croissante d’accès aux droits, provoquée par le durcissement des lois concernant l’accès à la carte de séjour, au logement, à la santé…

Beaucoup d’entre eux sont des travailleurs pauvres. La situation est encore plus catastrophique pour les personnes en situation irrégulière (18 %), car elles n’ont légalement pas de droits, ou très peu, et elles sont mises au ban de la société. Par exemple, elles vivent souvent dans des logements précaires (squats, chambres d’hôtels, bidonvilles), car elles n’ont pas accès à un dispositif d’hébergement déjà saturé.

Le vieillissement des personnes accueillies au Secours catholique reflète celui de la population française, mais aussi la précarisation du travail et le chômage de fin de carrière. La part des plus de 55 ans est donc plus élevée et augmente régulièrement dans les zones rurales et péri-urbaines, alors que cette tendance s’observe plutôt pour les moins de 35 ans dans les pôles urbains. L’indice de précarité était de 12,7% en 2000 pour les 15-24 ans et de 8,4% pour les 65 ans et plus ; il est en 2015 de 8,4 % pour les 15-24 ans et de 4,2 % pour les 65 ans et plus.

Divergences urbaines et rurales

Les situations de pauvreté divergent également en fonction du territoire. L’Insee constate dans des territoires une très forte pauvreté d’agriculteurs âgés avec des pensions de retraite faibles et où l’activité des femmes n’a pas toujours été déclarée. L’extrême pauvreté concerne plus souvent des personnes seules, hommes ou femmes.

L’extrême pauvreté urbaine touche plus souvent les inactifs étudiants, les étrangers sans statut légal et donc sans droit au travail, ou des personnes à la rue marginalisées. Comparativement, l’extrême pauvreté rurale touche principalement des retraités, des personnes au foyer ou en incapacité de travailler.

On ne peut plus se contenter en France de petites mesures qui ne font que stabiliser la pauvreté. Notre système de protection sociale les aide à survivre, mais plus à vivre. D’autant plus qu’un nombre important de personnes ne demandent pas leurs droits : 35 % de non-recours pour le RSA socle, 68 % pour l’ancien RSA activité, devenu prime d’activité, et 29 % pour la couverture maladie universelle. Il est nécessaire que les pouvoirs publics (État, collectivités territoriales, organismes de protection sociale) renforcent sur l’ensemble du territoire soutiens, accompagnements et financements.

Danielle Rived

L’extrême pauvreté touche aussi les ruraux