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Réanimation et soins critiques : un modèle à repenser !


Dans son rapport annuel de l’année 2020, la Cour des comptes s’est penchée sur la problématique des capacités hospitalières en matière de réanimation au cœur de la pandémie de la Covid.

La Cour reprend les chiffres donnés par la Drees (voir article précédent). Fin 2019, la France comptait 19 580 lits de soins critiques adultes et enfants : 5 433 en réanimation, 8 192 en surveillance continue et 5 955 en soins intensifs (4,3 % de l’activité hospitalière mais 20 % des journées en hospitalisation).

Entre le 18 mars et le 26 mars 2020, le nombre d’entrées quotidiennes a progressé de 65,3 % en huit jours (3 200 patients en plus). Le 8 avril 2020, le nombre maximal a été atteint : 7 027 patients. La durée moyenne de séjour en réanimation pour un patient Covid a été de 12 jours contre 6,6 jours habituellement.

En juin 2020, une étude de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) montrait que le taux d’équipement en lits de soins critiques était moitié moins important en France qu’en Allemagne : 16,3 pour 100 000 habitants, contre 33,9.

L’écart du nombre de lits de réanimation entre la France et l’Allemagne n’est pas aussi important

La Cour a cherché à comprendre cette différence. La France a retenu – comme la plupart des pays de l’OCDE – une organisation des soins critiques à trois niveaux (réanimation, soins intensifs et surveillance continue). L’Allemagne a une autre organisation. Elle dispose de lits de soins critiques dans tous ses hôpitaux.

La Cour considère qu’on ne peut assimiler les lits de réanimation de petits hôpitaux allemands (sans présence médicale permanente) à des lits de surveillance continue en France. D’autre part, les données retenues pour l’Allemagne incluent l’ensemble des lits de soins critiques, y compris ceux destinés aux enfants. Du coup, les données corrigées par la Cour réduisent très sensiblement l’écart entre les deux pays.

La France disposait en 2017 de 28,8 lits de soins critiques pour 100 000 habitants contre 33,8 pour l’Allemagne. Et si l’on prend la population de plus de 60 ans (2/3 des patients en soins critiques), les ratios sont respectivement de 115,9 et 124,3.

Les propositions de la Cour des comptes

La Cour avance cinq propositions :

  • 1. évaluer les conséquences des déprogrammations chirurgicales et des transferts de patients ;
  • 2. déterminer au niveau national un modèle d’organisation et de coordination des soins critiques en mesure d’inclure les structures publiques et privées ;
  • 3. évaluer l’impact du vieillissement de la population sur les besoins d’hospitalisation en soins critiques à long terme et augmenter l’offre en conséquence, conserver la logique de plateaux techniques de grande taille, corriger les inégalités territoriales, renforcer les effectifs des personnels médicaux ;
  • 4. réviser le plan de formation initiale des infirmier(e)s et reconnaître les compétences acquises par une qualification reconnue d’infirmier(e)s en réanimation ;
  • 5. déterminer un nouveau modèle de financement des soins critiques.

Source : Rapport public annuel 2021 de la Cour des comptes - Tome I.

Jean-Pierre Druelle et François Jabœuf