Action internationale


Refonder le couple franco-allemand


Pour fonctionner, le couple franco-allemand, fondé sur les deux poids lourds de l'UE, ne doit être ni (trop) déséquilibré ni exclusif. Dans une Europe élargie à 27 (et bientôt à 28 avec l'entrée de la Croatie en 2013) dans laquelle l'histoire et la géographie se sont rejointes, « l'intérêt général européen » doit prévaloir.

Pour refonder la relation franco-allemande, le cadre existe. C’est celui du traité dit de « l’Elysée » de janvier 1963 conclu entre le chancelier Adenauer et le président de la République française Charles de Gaulle dont on célèbrera en 2013 le cinquantenaire.

Depuis cette date de nombreuses institutions communes ont été créées (dont il faudrait vérifier si, au-delà des effets d’annonce, elles sont toutes utiles). Citons parmi celles-ci : la création de l’Office franco-allemand de la jeunesse (OFAJ) en juillet 1963 ; la rencontre depuis 1963 des ministres français et allemands deux fois par an afin de coordonner les politiques nationales sur les questions économiques et sociales ; la création - en 1982 - d’une Commission franco-allemande sur la sécurité et la défense puis d’une brigade composée de soldats des deux pays ; la création en 1988 d’un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS) puis, la même année, la création d’un « Conseil économique et financier franco-allemand » afin (déjà !) d’harmoniser davantage les politiques économiques et fiscales des deux pays ; la création - en 1989 - d’un Conseil franco-allemand de l’environnement (CFAE).

Intérêt général

En février 2010, une relance des relations franco-allemandes a été décidée par les dirigeants des deux pays. L’accent a été mis sur un certain nombre d’axes communs de travail dans un document intitulé : « l’agenda franco-allemand 2020 ». Les mesures avancées sont assez disparates et mélangent des mesures générales avec des mesures spécifiques.

Elles visent aussi bien la coordination des politiques économiques, les stratégies de sortie de crise que la création d’un office franco-allemand des énergies renouvelables, la création d’une norme unique européenne en matière de véhicules électriques, l’amplification de la coopération ferroviaire, des dispositifs pratiques en matière d’enseignement (doublement des cursus bilingues dans l’enseignement supérieur, l’apprentissage de la langue du partenaire, la création de 200 écoles maternelles bilingues …) mais aussi la création de 10 ambassades communes à l’horizon 2020.

Tout ceci n’est pas inutile mais il s’agit aujourd’hui de redéfinir un partenariat stratégique dont chacun des deux pays a besoin pour tracer son avenir dans le cadre de l’Union européenne. Contrairement à l’approche intergouvernementale qui a prévalu ces derniers temps, il convient de davantage privilégier une approche communautaire. Le point d’entrée unique pour ce renouveau indispensable d’un partenariat stratégique franco-allemand doit d’abord être celui de l’intérêt général européen.

Jean-Pierre Moussy

Les évènements qui ont modifié la donne

Plusieurs évènements conduisent à revoir les bases du couple franco-allemand : la réunification allemande (novembre 1989 / octobre 1990) ; les élargissements successifs de l’UE à l’Est de l’Europe (2004 puis 2007) ; l’affirmation d’une plus grande autonomie de l’Allemagne sur le plan international (la reconnaissance unilatérale de la Slovénie et de la Croatie en 1991) ; l’abstention de l’Allemagne en 2011 lors de la résolution de l’ONU autorisant une intervention militaire en Lybie afin de protéger les civils des violences du régime du colonel Kadhafi ) ; les exigences accrues de l’Allemagne pour imposer son modèle dans les pays de la zone euro en crise (« règle d’or » et nouveau traité) conduisent à l’ardente obligation de revoir en profondeur le couple franco-allemand.

Le 8 juillet à Reims, Angela Merkel et François Hollande célébraient l’anniversaire de la réconciliation franco-allemande.