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Repenser la pauvreté au niveau mondial


Le nouveau livre d’Esther Duflo, prix Nobel 2019 conjointement avec Abhijit V. Banerjee et Michael Kremer, nous demande de repenser la pauvreté et sa résorption à l’échelle mondiale.

Essayer de comprendre comment les pauvres (13 % de la population) vivent leur vie avec moins d’un dollar par jour. Identifier de quelle façon mener la lutte contre la pauvreté à l’échelle mondiale. Ces professeurs d’économie ont cofondé des laboratoires d’action contre la pauvreté dans 40 pays (plus de 240 expérimentations) avec la même méthodologie.

Prendre le temps de consulter les pauvres et ne plus décider à leur place pour dire ce qui est bon pour eux. Comprendre comment ils prennent des décisions stratégiques car, à tout moment, la moindre erreur qui, pour nous n’a pas d’importance, peut-être fatale pour eux. Ils n’ont pas droit à l’erreur et les pauvres ont besoin de plus d’adresse, de volonté et d’implications que les autres.

Repenser la pauvreté et mettre en lumière la richesse du savoir économique que l’on peut tirer de la compréhension de la vie des pauvres. Comprendre ce que les pauvres sont capables d’accomplir et savoir à quels moments et pour quelles raisons ont-ils besoin d’un coup de pouce. Y a-t-il des moyens pour les pauvres d’améliorer leurs vies et qu’est-ce qui les empêche de les mettre en œuvre ?

Des constats basés sur des expérimentations autour de problématiques concrètes
Le problème des moustiquaires. Le paludisme étant une maladie contagieuse, comment faire pour que tous les enfants soient protégés ? Faut-il donner 10 dollars (prix de la moustiquaire) à une famille et lui laisser l’acheter au prix du marché ? Faut-il vendre des moustiquaires très bon marché et ruiner les marchands ? Faut-il lui offrir une moustiquaire ? Faut-il que ce soit le gouvernement ou une organisation non gouvernementale ?

Il faut d’abord répondre à trois questions. Si les gens doivent acheter une moustiquaire au prix du marché, ne préfèreront-ils pas s’en passer ? Si les moustiquaires leur sont distribuées gratuitement, les gens les utiliseront-ils ? S’ils les ont achetés à un prix réduit, seront-ils prêts à en acheter une autre au prix du Marché ? En comparant le comportement de groupes semblables on a pu répondre à ces trois questions du moins dans le contexte où l’expérimentation a été menée.

Cinq leçons clés sur la façon d’améliorer la vie des pauvres

1. Les informations essentielles manquent souvent aux pauvres et leurs croyances sont fausses. Ainsi, ils ne sont pas convaincus des bienfaits de la vaccination, ils pensent que ce que l’on apprend à l’école n’a pas grande valeur, ils ne savent pas utiliser les engrais, ils ne connaissent pas la transmission du VIH… Il faut savoir adapter les campagnes d’information.

2. Les pauvres assument la responsabilité de trop nombreux aspects de leur vie. Les pauvres n’ont pas d’eau courante, il faut qu’ils la purifient eux-mêmes. Ils n’ont pas assez d’argent pour acheter suffisamment de nutriments. On pourrait améliorer leur quotidien en baissant le prix de certaines matières premières (distributeurs de chlore, sel enrichi en fer, iode…)

3. Les pauvres n’ont pas accès à certains marchés, ils ne peuvent y accéder qu’à des prix défavorables (compte d’épargne, assurance santé, assurances anti-sécheresse…). Cela implique la distribution gratuite et réglementée de certains biens et services comme subventionner les cotisations d’assurance, distribuer des bons pour payer les frais de scolarité…

4. Nous devons, envers les pauvres, modifier la gouvernance ainsi que les politiques sociales et économiques, sans changer les structures existantes.

5. Il faut enclencher un cercle vertueux : la réussite engendre souvent la réussite.

Danielle Rived

Pour en savoir plus

Repenser la pauvreté, Esther Duflo et Abhijit V. Banerjee, Seuil.

Les pauvres manquent d’information sur la santé.