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Reporter l’âge de la retraite de 63 à 65 ans est une économie en trompe l’œil


À la recherche d’économie, certains politiques prônent le report de l’âge de la retraite. Le Conseil d’orientation des retraites (COR), dans sa séance du 10 octobre 2016, détruit ce leurre, étude à l’appui. L’impact financier de cette mesure serait atténué par des transferts coûteux sur d’autres dispositifs : invalidité, minima sociaux et assurance chômage.

L’âge effectif de départ à la retraite constitue l’un des trois leviers de l’équilibre financier du système de retraite, avec le niveau des ressources et celui des pensions. Le COR étudie les effets sur l’activité et l’emploi des seniors mais aussi les effets, sur les autres catégories de la population. Ainsi, les 55-64 ans ont vu leur taux d’emploi fortement augmenter au cours des 20 dernières années, surtout pour les femmes, mais leur taux de chômage a aussi progressé depuis 2010 pour atteindre les mêmes proportions que les autres tranches d’âge.

Davantage d’emploi des seniors implique-t-il davantage de chômage des jeunes ?

Ce ne sont pas les mêmes postes et les évolutions des taux de chômage des jeunes et des seniors évoluent dans le même sens, essentiellement en lien avec la conjoncture économique.

Quel est l’effet du relèvement de l’âge d’ouverture des droits de 60 à 62 ans sur l’emploi des seniors ?

Le relèvement de l’âge légal d’ouverture des droits a conduit les personnes déjà sur le marché du travail à s’y maintenir plus longtemps, alors que celles qui en étaient écartées n’y sont pas revenues pour la plupart, accroissant les écarts de situation. Enfin, le relèvement de l’âge d’ouverture des droits a conduit à augmenter le nombre de personnes en maladie, invalidité ou inactivité.

Pour la CFDT, le report de l’âge accroît les écarts de situation entre les salariés seniors. Il est particulièrement injuste à l’égard de ceux qui ont commencé tôt leur carrière.

Quel surcoût financier pour les autres dispositifs, du relèvement de 60 à 62 ans de l’âge d’ouverture des droits à la retraite ?

- Pour les pensions d’invalidité ? Ce surcoût représente 10 % du gain réalisé sur les dépenses de retraite par le report de l’âge d’ouverture des droits de 60 à 62 ans.

- Pour les minima sociaux ? En 2017-2020, en termes de dépenses supplémentaires de revenu de solidarité active (RSA), d’allocation de solidarité spécifique (ASS) et d’allocation d’adultes handicapés (AAH), on estime le surcoût à 4 % du gain réalisé par les dépenses de retraite par le report de l’âge d’ouverture des droits de 60 à 62 ans.

- Pour l’indemnisation chômage ? Le nombre d’allocataires d’indemnisation chômage âgés de 60 et 61 ans a plus que doublé entre 2008 et 2015 (de 10 000 en 2008 à 30 000 en 2015). Par ailleurs, avant 2010, le pic des ouvertures de droit à indemnisation chômage se situait à l’âge de 57 ans, soit l’âge à partir duquel après 3 années d’indemnisation, une personne pouvait liquider sa retraite. Le report de l’âge d’ouverture de 60 à 62 ans s’est accompagné d’un décalage de ce pic vers 59 ans.

La CFDT a toujours su s’engager pour des mesures équitables qui prennent en compte l’allongement de la durée de vie en bonne santé mais aussi la situation des salariés qui ont des carrières longues ou des métiers pénibles. Elle réitère son opposition à des mesures de décalage de l’âge injustes et aux effets négatifs pour l’emploi dans un contexte de chômage déjà très dégradé. La CFDT reste particulièrement attachée au dispositif pénibilité et à celui des départs anticipés pour carrière longue.

Danielle Rived

Reporter l’âge de la retraite provoque le contraire de ce que l’on cherche.