Actu revendicative


La retraite, miroir grossissant des inégalités entre les hommes et les femmes


Les inégalités entre les hommes et les femmes font de la résistance. Elles continuent de marquer le quotidien des femmes, dans toutes les sphères de la société. Au moment de la retraite, les inégalités de pension creusent les écarts entre les hommes et les femmes. Avec l'âge, cela signifie, pour de nombreuses femmes, des conditions de vie précaires et un isolement lié à la dépendance.

Le rôle qui reste dévolu aux femmes au sein de la société, se traduit par plus de petits boulots, plus de temps partiels, plus de carrières interrompues en cas de présence d’enfants, plus de chômage, moins de postes à responsabilités et de plus faibles salaires. Au final, les femmes retraitées perçoivent une retraite de 42% inférieure à celle des hommes.

Les droits familiaux concourent, au sein des systèmes de retraite, à réduire ces inégalités. Ils ne permettent pas toujours une juste compensation : par exemple, la majoration de pension pour enfants, plus 10% pour 3 enfants et plus, bénéficie avant tout aux hommes, du fait de leur pension plus élevée.

Les femmes, majoritairement bénéficiaires des minimas de pensions

Les faibles droits acquis conduisent de nombreuses femmes à bénéficier des minima de pension. Elles sont, dans le régime général, deux fois plus nombreuses que les hommes à voir leur pension portée au minimum contributif : elles représentent 73% des bénéficiaires de ce droit.

Elles forment aussi la grande majorité des 600 000 bénéficiaires de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (57%). Les inégalités ne se limitent pas au niveau des pensions.

Les femmes liquident leur retraite, en moyenne, deux ans plus tard que les hommes, exception faite de la fonction publique civile. Quant à l’écart de durée d’assurance, il tend à s’annuler de nos jours, du fait de la participation accrue des femmes au marché du travail.

L’AVPF y contribue pour 11 à 12 trimestres validés, soit environ 14 % de la validation totale des générations les plus récentes. Pour la CFDT Retraités, ce dispositif s’avère imparfait, car il ne génère pas de droits pour la retraite complémentaire.

La grande précarité des femmes âgées, un facteur d’isolement

La CFDT Retraités souligne aussi, qu’avec l’âge, ces inégalités sont facteurs de plus grande précarité pour les femmes. Parmi les plus âgés, beaucoup plus de femmes retraitées que d’hommes disposent de faibles ressources, souvent la seule pension de réversion ou l’Aspa.

Les situations de pauvreté (1) augmentent avec l’âge de façon inégale entre les femmes et les hommes. Les femmes représentent 73,4% des personnes âgées pauvres de plus de 75 ans, leur taux de pauvreté (15,1%), nettement supérieur à celui des hommes de ces mêmes générations (8,8%) est aussi supérieur à la moyenne (10,6%). Et la pauvreté qui atteint près d’une jeune femme de 18-24 ans sur quatre soulève bien des inquiétudes pour le présent, et le futur.

Avec le grand âge, l’Observatoire national de la pauvreté relève aussi des difficultés à se loger dans un logement décent, à s’alimenter convenablement, un désinvestissement de leur santé et l’isolement lié à la dépendance. Cette grande vulnérabilité d’autant plus alarmante que leurs faibles ressources ne leur permettent pas la prise en charge financière d’un risque de perte d’autonomie.

Les femmes particulièrement concernées par le lien entre vieillissement et dépendance

Trois facteurs principaux expliquent la prépondérance des femmes au sein des personnes âgées dépendantes.

Primo, une augmentation de l’espérance de vie qui se poursuit, et bien que celle des femmes (84,5 ans en 2009) augmente moins vite que celle des hommes (77,8 ans), l’écart reste important.

Secundo, un pourcentage de femmes dans la population française qui augmente avec l’âge. Au 1er janvier 2010, les femmes représentaient 50,5 % de la population de 20 à 59 ans, 52,7% de la tranche des 60 à 74 ans, 65% des octogénaires, 77% des nonagénaires, 86% des centenaires et quasiment 100% des supercentenaires (personnes âgées de plus de 110 ans).
Tertio, une espérance de vie en bonne santé des femmes diminue avec l’âge. À âge égal, les hommes « se sentent en meilleure santé, déclarent moins de maladies, moins de limitations fonctionnelles et recourent moins aux soins que les femmes ». Fin 2007, 74% de bénéficiaires de l’APA, tous âges confondus, sont des femmes dont 56% de veuves.

Selon le Conseil économique social et environnemental, les pensions de retraite globale des femmes âgées de 65 à 69 ans resteraient inférieures d’un quart à celles des hommes, à l’horizon 2040. Si leurs dispositifs de solidarité méritent d’être réformés, les systèmes de retraite ne peuvent à eux seuls jouer aux redresseurs de torts.

Pour la CFDT Retraités, c’est en amont qu’il faut agir en priorité, pour réduire, dans les faits et pas seulement dans les lois, les inégalités au travail. Il s’agit aussi de créer, à tous les stades de la vie, les conditions d’une véritable mixité dans toutes les sphères de la société.

Pour la CFDT Retraités, c’est le passage obligé pour que la retraite reflète, à son tour, la véritable égalité de genre.

Ombretta Frache

Voir aussi : Irex n°17 journée internationale de la femme comprenant la déclaration n°7 du 6 mars titrée « La retraite, miroir grossissant des inégalités entre les hommes et les femmes ».

(1) Soit des revenus inférieurs à 60% du revenu médian.