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Roger Toutain : avec lui on sait ce qu’on doit faire !


Du Calvados à Paris, de la confection de la chaussure à l'administration centrale, il n'y a qu'un pas ! Ou plus exactement une vie, forgée par trois piliers : la Joc, la formation et la CFDT. Et des années consacrées à la pédagogie de l'action collective. Tous publics confondus.

Roger Toutain en est persuadé : « L’action syndicale ouvre les gens à d’autres responsabilités. » Et sa façon de faire est toujours la même : « Donner des outils plutôt que faire à la place. Renseigner sur les droits, valider les démarches à engager, les corriger parfois. Tout en étant près des gens pour améliorer leur vie, leur salaire, leur emploi, les conditions de travail et leurs conditions de vie. »

Le petit Roger est un enfant de la campagne formé à l’école de la Jeunesse ouvrière chrétienne. A 14 ans il quitte l’école pour le travail dans une entreprise de chaussures. Quatre ans plus tard il sera licencié pour s’être présenté aux élections du personnel. Il est embauché chez Philips où il fabrique des électrophones à la chaîne. De cette période, il garde le souvenir d’une jeunesse « qui se retrouvait, participait, se rassemblait, se formait à l’action collective ».

Durant son service militaire, il se forme au secrétariat, monte en grade, passe son permis. Un CAP d’aide comptable obtenu par des cours par correspondance viendra clore cette période de 27 mois.

A son retour du service militaire, il est employé dans une entreprise textile de Normandie. Une participation au CE, un engagement dans l’action interprofessionnelle où « tout le monde se connaît autour de sujets essentiels » seront le marchepied de son premier poste de permanent syndical au sein de la fédération « habillement cuir textile » en 1964.

Roger lointain ?

Roger privilégie l’action avec les sections et la vie des gens. On lui reproche d’être « basique ». Qu’à cela ne tienne. Il vivra avec enthousiasme 1968 dans les usines occupées. Il y va, non pas comme aujourd’hui pour négocier les indemnités de licenciement, mais pour faire redémarrer les ateliers quand c’est possible. Élu au Bureau national, il a vu venir la délocalisation de la fabrication du textile, de la chaussure comme de la confection.« Malgré nos positions et nos luttes, nous avons été impuissants pour l’empêcher. »

Nouvelle étape en 1977. Roger s’interroge sur les conditions de travail. Il suit deux années d’études au Centre national des arts et métiers, obtient un diplôme supérieur de technicien d’ergonomie. Mais l’heure n’est pas aux conditions de travail. « Je me suis trompé » reconnaît-il. Il repart donc en formation à l’Ecole des inspecteurs du travail à Lyon et entame une nouvelle carrière. Comprendre les salariés et, sans acharnement sur les entreprises, être rigoureux pour conseiller les patrons est sa méthode. Son secret : comprendre, voir l’essentiel. Promu directeur du travail, Roger terminera sa carrière professionnelle dans l’administration centrale à la délégation à l’emploi.

Fin 1996, c’est l’heure de la retraite. « Je suis allé aussitôt aux retraités de Paris ». Élu au conseil en 1997, il sera secrétaire général de l’Union territoriale des retraités de Paris jusqu’en 2010.

Notre homme garde bien des certitudes et quelques regrets : le manque d’engagement des syndicats dans l’interprofessionnel, le manque de mémoire des organisations envers les générations précédentes, les conditions de transfert d’un syndicat à l’autre au sein de la CFDT et qui « devrait être automatique pour ceux qui changent d’entreprise comme pour ceux qui arrivent en fin de carrière pour la retraite ».

Dans le 20e arrondissement, Roger est aussi engagé dans la défense du logement. Récemment une locataire s’est vue imposer une augmentation de 74% de son loyer. Roger l’a conseillée, a organisé l’action collective. Le bailleur a dû céder pour se mettre en conformité avec la loi. Roger Toutain : Roger Lointain ? C’est tout le contraire ! Depuis 77 ans.

Daniel Druesne

Pour Roger, il est plus important de donner des outils que de faire à la place.