Notre activité


Situation sociale et économique en Iran depuis la révolution islamique


Un peuple opprimé, avide de liberté, mais déchiré. Tentons de comprendre les raisons de ces révoltes et des manifestations actuelles.

Un taux de croissance de 13 % dû à la flambée du pétrole, des ressources colossales qui s’accumulent (en un an, elles passent de 4,4 milliards à près de 20 milliards). Et pourtant, cette croissance sera la perte du Chah. Jusqu’en 1976, il a beaucoup modernisé son pays à la mode occidentale, donné aux couches moyennes une aisance de vie inégalée au Moyen-Orient. Mais le peuple n’y trouve pas son compte et la crise pétrolière intensifie les disparités. Les États, notamment les États-Unis et la France qui le soutenaient, se détournent de lui.

Pendant ce temps, un opposant, l’ayatollah Ruhollah Khomeyni, chef du clergé chiite, expulsé en Turquie par le Chah en 1964, trouve refuge en Irak, puis en France à Neauphle-le-Château, accueilli par Giscard d’Estaing. C’est là que l’ayatollah Khomeyni affûte ses armes.

En septembre 1978, la foule est dans les rues de Téhéran pour manifester contre le régime du Chah. L’armée tire sur la foule et tue des centaines de personnes, presque tous étudiants. Lâché de toutes parts, le chah s’exile avec les siens en Égypte où il mourra.

Le régime de Khomeyni

Le 1er février 1979, accompagné de tous ses fidèles (dont plusieurs seront ensuite pendus), l’ayatollah Khomeyni revient dans son pays accueilli par plus de 4 millions de personnes. Un tribunal révolutionnaire est créé, pas d’avocat pour les accusés, quatre généraux du Chah sont exécutés suivi de milliers d’autres.

Le 1er avril, un référendum voté à main levée et approuvé par 98 % des Iraniens instaure la République islamique avec un président, un gouvernement, un parlement, mais chapeauté par une primauté religieuse. La réalité du pouvoir appartiendra au « guide suprême » Khomeyni épaulé par les Gardiens de la révolution et la Garde prétorienne.

Les droits de l’homme sont jetés aux orties : port obligatoire du voile pour les femmes, interdiction des journaux et des partis d’opposition, mise au pas des artistes et des intellectuels… C’est la fuite des cerveaux, plus de 300 000 choisissent l’exil.
L’Iran détient à ce jour le triste record des exécutions capitales. Aujourd’hui, sous l’autorité du guide suprême Khamenei (désigné à vie) et du président Rohani réélu récemment, dont on dit que c’est un modéré pragmatique, 567 pendaisons ont eu lieu durant l’année 2016.

En décembre 2017 et en janvier 2018, le peuple iranien manifeste, plus d’un millier de personnes sont arrêtées, plusieurs dizaines sont tuées (21 selon le bilan officiel) et des centaines sont blessées. Puis des contre-manifestations viennent en soutien au régime.

Politique d’austérité et corruption

Que faut-il comprendre ? Plusieurs facteurs interviennent. Il semblerait qu’une rupture soit en train de naître entre Khamenei, le guide suprême, actuellement malade, et le président Rohani.

Cette année, des mesures d’austérité sont mises en œuvre en accord avec le FMI. Augmentations des tarifs d’électricité, de gaz, de pétrole ; le chômage s’accroît, 30 à 40 % des chômeurs ont moins de 25 ans et chaque année 800 000 jeunes diplômés s’inscrivent sur le marché du travail.

S’ajoute l’opulence dans laquelle baignent les élites cléricales. Des fortunes auraient été versées pour soutenir Bachar el-Assad, des millions pour le Hezbollah libanais, les milices chiites irakiennes et la mouvance radicale palestinienne. Hassan Rohani aurait décidé de lever le secret de ces dotations colossales versées aux amis extérieurs et en interne aux gardiens de la révolution.

Avec les positions de Trump, les faucons iraniens reprennent des couleurs et, par voie de conséquence, Rohani est pris en tenaille. Le pouvoir vacille, mais ne rompt pas, les libertés attendront…

Geo Goubier

Port du voile obligatoire depuis le révolution islamique de 1979.