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Alors, nantis les retraités ?


« Je demande aux retraités les plus aisés un effort », a déclaré le président de la République pour faire avaler l’augmentation de la CSG sans compensation pour les aînés.

Sommaire du dossier
- Les revenus des retraités largement inférieurs aux actifs en emploi
- Alors, nantis les retraités ?
- Témoignages de solidarités intergénérationnelles
- Garantir à tous un niveau de vie décent
- La pauvreté chez les seniors vue par le Secours populaire
- Frédéric Sève (CFDT) : « Retraités et actifs doivent avoir une évolution solidaire de leur niveau de vie. »

Quelques jours plus tard, son ministre de l’Économie et des Finances relaie ces propos en précisant que c’est « pour les plus jeunes générations et pour récompenser le travail » ! Ils voudraient opposer les générations entre elles, ils ne s’y prendraient pas autrement. Alors, nantis les retraités ?

Le « niveau de vie » des retraités est mesuré par l’Insee : ses moyennes statistiques cachent souvent des réalités moins favorables aux retraités. C’est en ajoutant le patrimoine que l’Insee considère que le niveau de vie moyen des retraités a rejoint celui des actifs : patrimoine brut, soit la valeur de l’épargne et des biens immobiliers détenus à laquelle on soustrait les emprunts en cours. Le patrimoine médian s’élève à 113 900 € en 2015. Mais les 10 % les plus riches ont un patrimoine 139 fois plus élevé que les 10 % les moins riches et détiennent 47 % de ce patrimoine. Entre le patrimoine de 3 800 € des 10 % de retraités anciens salariés les plus pauvres et les 1 072 000 € des 10 % de retraités les plus riches anciens cadres ou professions libérales, il y a fossé que la moyenne masque. C’est pourquoi, il faut être très prudent avec la mesure du niveau de vie, différente de la mesure du revenu disponible.

La pension totale moyenne (y compris majorations et réversions éventuelles) de l’ensemble des retraités représente 52 % du revenu d’activité brut moyen de l’ensemble des personnes en emploi en 2015, nous indique le dernier rapport du COR. Ce rapport est de 63,1 % sur les montants nets des prélèvements sociaux (cotisations sociales, CSG, Casa, CRDS), car les prélèvements sont plus élevés sur les revenus d’activité que sur les pensions de retraite. Ce rapport net des prélèvements sociaux prend une valeur encore plus élevée, soit 66,1 % en 2015, lorsqu’on se limite aux retraités résidant en France. L’élément à retenir est que les pensions des retraités représentent 66 % des revenus des actifs en emploi.

De fortes disparités de niveaux de pension

La moyenne du niveau de vie calculé par l’Insee cache deux réalités. Primo, les niveaux de vie des retraités sont légèrement inférieurs à ceux des personnes actives (c’est-à-dire les personnes en emploi ou au chômage), à l’exception des 10 % les plus pauvres et des 10 % les plus riches. Secundo, comparé à l’ensemble de la population qui inclut, outre les retraités et les actifs, les personnes inactives (étudiants, handicapés ou invalides, parents isolés inactifs…) dont le niveau de vie est relativement faible, le niveau de vie des retraités se situe un peu au-dessus. Les niveaux de pension montrent de fortes disparités dans leur distribution, liées à la carrière professionnelle et aux efforts contributifs.

Les écarts sont notamment le reflet de différences de salaires ou revenus d’activité résultant, en partie au moins, de différences de structure de qualification. En particulier, la proportion de cadres et de personnes qualifiées est plus importante parmi les professions libérales et au sein de la fonction publique. La pension moyenne brute s’élève à 1 380 € par mois. Environ un quart perçoit plus de 2 000 € par mois et environ 10 % plus de 2 700 € par mois.

Un pouvoir d’achat qui s’érode

En matière de pouvoir d’achat, celui-ci n’est pas réellement préservé pour les retraités. Compte tenu de la règle de revalorisation des pensions sur les prix, un retraité devrait en principe conserver le même pouvoir d’achat tout au long de sa retraite. Mais cela n’a pas toujours été le cas au cours des deux dernières décennies. D’autres régimes que le régime général ont parfois appliqué des règles moins favorables : indexation sur l’indice du point de la fonction publique et prise en compte des revalorisations catégorielles pour les fonctionnaires jusqu’en 2003, règles issues des accords entre partenaires sociaux dans les régimes complémentaires AgircArrco…

La montée en puissance dans les années 1990 des taux des prélèvements sociaux (notamment CSG) sur les pensions de retraite, et plus récemment une série de mesures fiscales visant les retraités ont impacté le revenu net disponible de nombreux retraités. Des modifications de modalité de revalorisation (report de calendrier…) conduisent à une perte, certes de moindre ampleur en raison de la faiblesse de l’inflation dans la même période, mais durable de pouvoir d’achat. Au total, une partie des retraités les plus âgés ont vu leur pouvoir d’achat net se dégrader. Celui des générations plus récentes ont connu une relative stabilité.

Un niveau de vie en perte de vitesse

Dans le même temps, les retraités subissent une baisse relative du montant de la pension moyenne par rapport aux revenus d’activité moyens. Cette baisse s’explique notamment par l’indexation des pensions sur l’évolution des prix et non plus sur les salaires, ces derniers augmentant plus vite que l’inflation. Entre 2003 et 2010, les pensions progressaient de 11,6 %, l’ensemble des salaires progressaient eux de 17,1% et le Smic de 23,2%.

Resté assez stable depuis vingt ans, le niveau de vie relatif devrait être inférieur à partir du milieu des années 2020. Selon le COR, à législation inchangée, il diminuera jusqu’en 2060. Le niveau de vie des salariés progresse en moyenne de 1 % par an alors que celui des retraités stagne. Au bout de vingt ans, l’écart de niveau de vie entre les salariés et les retraités atteint 22 %. La tendance serait aussi liée à une baisse au fil des générations des taux de remplacement (différence entre les anciens revenus et la pension) appliqué aux futurs retraités.

Le logement, un poste important

Enfin, bien que plus souvent propriétaires de leur logement, les retraités ont des dépenses de logement qui pèsent plus lourd dans leur budget . Car si la plupart des retraités sont propriétaires et n’ont ni loyers ni remboursements d’emprunts à payer, ils supportent plus de charges, notamment en matière de chauffage, car leurs logements sont généralement devenus trop grands et moins bien isolés. Parmi les locataires, le logement pèse plus lourd sur le budget des retraités que sur celui des non-retraités. À statut d’occupation identique (propriétaire non-accédant, locataire du secteur libre ou locataire du secteur social), leur taux d’effort (qui mesure la dépense de logement par rapport au revenu) est plus élevé de trois à quatre points, car un ménage retraité supporte des dépenses comparables à un ménage non retraité alors que son revenu est plus faible.

Ni nantis ni égoïstes, « les retraités participent largement au redressement des comptes publics depuis 2013, observe Dominique Fabre, secrétaire générale de la CFDT Retraités. Ils ont subi la fiscalisation de la majoration de pension pour enfants, la suppression de la demi-part fiscale pour les veuves… La hausse de la CSG est incohérente et injuste. Nous avons toujours défendu la solidarité entre salariés et retraités, mais nous sommes également attachés à l’équité entre salariés et retraités  ».

Définition du niveau de vie

Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d’un même ménage. Les unités de consommation sont généralement calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.

Les retraités ont des dépenses de logement qui pèsent plus lourd dans leur budget.