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Trois notions de déserts médicaux se complètent


Nombreuses sont les enquêtes, études, rapports réalisés non seulement pour recenser les déserts médicaux, mais également pour les définir. Une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère des Solidarités et de la Santé), publiée en mai 2017, distingue trois notions : l’accès aux soins, la répartition territoriale des professionnels de santé et les déserts médicaux.

Sommaire du dossier
- Les déserts médicaux ne sont pas des mirages
- Trois notions de déserts médicaux se complètent
- Des initiatives sur le terrain
- CFDT Retraités : « Accéder à des soins de qualité pour tous et partout »
- Un énième plan de lutte gouvernemental contre les déserts médicaux
- « Le maintien de la liberté d’installation sans limite n’est plus soutenable. »

La notion d’accès aux soins se définit le plus souvent par la négative, c’est-à-dire par l’énumération des obstacles de toute nature réduisant les possibilités d’accès. Obstacles illégitimes, injustifiés à nos yeux, à comparer aux efforts que nous sommes prêts à accepter pour les surmonter. « Il s’agit de juger, d’évaluer, d’apprécier l’acceptable et l’inacceptable, à l’aune de valeurs sociales et politiques », concluent Noémie Vergier et Hélène Chaput, auteures de cette étude.

La répartition territoriale des professionnels de santé, plus que les restes à charge et les dépassements d’honoraires, semble l’obstacle majeur. La distance n’est pas toujours un obstacle, elle semble l’être moins que la dimension temporelle (délais d’attente), bien que cette dernière soit paradoxalement plus difficile à mesurer, car elle dépend bien sûr de la répartition locale des professionnels de médecine, mais aussi de la situation et des besoins de chaque patient.

Enfin, les déserts médicaux, dont paradoxalement il n’existe aucune définition scientifique, bien que cette notion soit la plus utilisée par chacun d’entre nous et aussi largement par les médias. D’après nos auteures, il faut considérer deux idées quand on emploie ce terme.

Premièrement, si des territoires sont des déserts médicaux, cela veut dire que d’autres ne le sont pas. Se pose alors la notion de « seuil ». Quand bascule-t-on de l’un à l’autre ?

Deuxièmement, lorsqu’on emploie ce vocabulaire, que désigne-t-il ? La densité de généralistes, celle des spécialistes, celle des pharmacies, des urgences, etc. En général, on peut penser que l’expression fait référence à plusieurs professions.

En réalité, il y a bien plusieurs types de déserts médicaux en fonction des professions retenues. Dans le langage commun, on peut imaginer que chacun ou chacune d’entre nous désigne par cette notion les déficiences en généralistes et en spécialistes.

Les régions sous-denses en nombre de consultations annuelles par habitant

L’étude a conçu le concept de « commune ou de région sous-denses », c’est-à-dire d’entités qui sont en dessous de la moyenne nationale en nombre de consultations annuelles par habitant. On recense que 8 % de la population réside dans une commune sous-dense en médecins généralistes. Concrètement, cela veut dire que dans ces communes, la population ne peut bénéficier de plus de 2,5 consultations par an et par habitant.

Les difficultés d’accès aux services concernent par ailleurs 6% de la population. Toujours selon ce rapport, « si l’on prend en compte les trois points d’entrée du système de santé, à savoir les médecins généralistes, les pharmacies et les services d’urgence, environ 0,5 % de la population cumule des difficultés d’accès aux trois ». Pour mesurer cette sous-densité, la Drees a mis sur pied le concept « d’accessibilité potentielle localisée » (APL) qui tient compte de la proximité et de la disponibilité des médecins.

Le premier professionnel que nous consultons étant le généraliste, il est important d’examiner la situation sur le territoire. En région Centre-Val de Loire (données de 2015), 423 304 personnes vivent dans une commune sous-dense au seuil de 2,5 consultations par an et par habitant, ce qui représente 16,5 % de la population de la région.

Ainsi 8 % de la population nationale vivant sous ce seuil réside en région Centre-Val de Loire. Seules la Guadeloupe (19,1 %), la Martinique (24,6 %), la Guyane (28,8 %) et la Corse ont une situation plus mauvaise. En revanche, à la meilleure situation sur le plan national, on trouve La Réunion (0,9 %) suivie par Provence-Côte d’Azur (3,3 %) et la Bretagne (5,1 %). Ce qui ne semble plus être le cas pour cette dernière deux ans plus tard. Mais si l’on prend comme référence l’accès aux urgences (trente minutes) ou à une pharmacie (moins de dix minutes en voiture) c’est la Bourgogne-Franche-Comté qui est la plus mal lotie en métropole.

Quelques éléments d’explication sur la répartition des médecins

Depuis 2010, le nombre de médecins généralistes libéraux diminue chaque année. Selon les estimations (Drees), cette situation devrait durer jusqu’en 2025. Parallèlement, le nombre de médecins généralistes salariés devrait poursuivre sa hausse dans les centres de santé, mais surtout dans les PMI (protection maternelle et infantile). Ce constat est vrai également pour les spécialistes.

La répartition des médecins généralistes libéraux pourrait se dégrader au niveau local dans les années à venir, du fait du développement de l’exercice de groupe et de l’augmentation du nombre de médecins remplaçants. En effet, ils conduisent à réduire le nombre de nouvelles implantations de cabinets. Ainsi, si deux médecins de deux communes voisines se regroupent dans un seul cabinet, le temps d’accès pour les habitants de la commune perdant son médecin augmentera. Ce regroupement est de plus en plus prisé par les jeunes médecins qui souhaitent travailler à plusieurs pour des raisons financières, mais pas uniquement. La pratique de la médecine libérale collective est aussi pour eux un gage d’assurance et d’efficacité.

En 2015, si 30 % des généralistes de 65 ans et plus exercent en groupes, ils sont 50% entre 40 et 45 ans et surtout quasiment 70% pour les moins de 35 ans. Par ailleurs, si la part des remplaçants augmente, en particulier pour les jeunes, elle n’augmente pas le nombre de points d’accès à ces soins. En revanche, elle contribue à réduire encore insuffisamment les périodes de fermeture des cabinets.

La féminisation de plus en plus grande des professions médicales et notamment des médecins libéraux, généralistes et spécialistes, contribue également à une diminution de l’offre. Les femmes médecins souhaiteraient travailler moins, consacrer plus de temps à leurs enfants, dans la mesure où elles cumulent encore trop souvent profession et plus ou moins grand partage des tâches domestiques et éducatives.
Pour Pierre-Louis Bras, 57 % des médecins de proximité souhaiteraient travailler moins. Il en veut pour preuve la diminution de 4,7 % des actes médicaux par généraliste. Seraient-ce les vraies raisons du ressenti que nous avons tous de ces déserts médicaux ?