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Textile : la surexploitation continue


Avril 2013. Une nouvelle en provenance du Bangladesh secoue la planète. Un bâtiment abritant une entreprise de textile s’effondre, faisant en quelques secondes plus d’un millier de morts. En un instant, le monde entier découvre le drame d’une surexploitation largement cachée jusque-là.

Conditions de travail moyenâgeuses, salaires misérables, intimidations apparaissent comme le lot quotidien de milliers de travailleurs de plusieurs pays asiatiques spécialisés dans la production massive de textile pour les pays occidentaux.

Sous le choc de l’émotion devant l’énorme scandale de Dacca, les grandes enseignes concernées s’engagent à revoir leurs stratégies, promettent des efforts financiers et même de fixer des règles visant à améliorer le sort des salariés.

Mais voilà, malgré quelques avancées salariales, mais qui se révèlent totalement insuffisantes, divers événements viennent rappeler fin 2013 et début 2014 que cette triste réalité demeure vivace. Pour exemple, une récente émission d’Arte nous apprend que les ouvriers ensevelis sous les décombres du Plazza Rena ne sont pas déclarés décédés, mais disparus, pour échapper au versement d’indemnités.

Le Bangladesh toujours

Au Bangladesh, les ouvriers du textile ont enfin un « Smic » ! 50 euros par mois, contre 29 en moyenne en 2013. Une petite avancée. Par contre, les problèmes de sécurité au travail restent entiers, malgré un accord signé par les employeurs et les syndicats locaux. Ces derniers sont cependant insuffisamment puissants pour en contrôler la mise en œuvre.

Le salaire minimum actuel est de 68 dollars, soit 50 euros, alors que les syndicats réclament 103 dollars et que le salaire minimum vital calculé selon un indicateur est estimé à 260 euros. D’où une montée de la colère dans laquelle le collectif « Éthique sur l’étiquette » auquel participe la CFDT voit de multiples raisons. La hausse enregistrée est notoirement insuffisante pour assurer un salaire vital. De plus, elle ne concerne que le salaire minimum et n’a donc pas d’incidence pour les ouvriers qualifiés. Il convient d’ajouter à cela que certains employeurs ont profité de cet acquis pour supprimer des primes liées au transport ou aux repas. Tout cela, sachant que le pays connaît un contexte d’inflation à deux chiffres qui fragilise encore plus la situation. Conséquence : une manifestation de plusieurs milliers de salariés de la profession le 17 novembre dernier. Avec comme seule réponse une répression policière particulièrement brutale qui a fait deux morts et une trentaine de blessés.

Au Cambodge aussi

Au Cambodge, les travailleurs du textile vivent une réalité quasi identique. L’industrie du vêtement représente près de 95 % des exportations du pays (80 % au Bangladesh) et est donc là aussi l’objet d’un enjeu économique majeur. Le salaire minimum dans le secteur est d’environ 60 euros et devrait être porté à 95 euros. La revendication actuelle est de 117 euros, alors que le salaire vital est estimé à 285 euros. Pour appuyer leurs revendications, les travailleurs ont donc choisi de manifester et l’année 2014 a fort mal commencé. Les 2 et 3 janvier, une manifestation a été violemment réprimée faisant 4 morts, une quarantaine de blessés et entraînant 23 arrestations.

La surexploitation des salariés va malheureusement de pair avec des pratiques de violations des droits syndicaux. C’est bien sûr le cas du Bangladesh et du Cambodge, qui figurent en bonne place parmi les pays recensés par la Confédération syndicale internationale en ce domaine. Cela explique les difficultés rencontrées sur place par le syndicalisme pour sortir d’une situation désastreuse. Malgré menaces, intimidations, agressions physiques, voire emprisonnements et parfois meurtres, syndicalistes et salariés de ces pays ne baissent pas les bras. Un courage qui appelle un soutien international renforcé, pour leur permettre de travailler enfin dans la dignité.

Jean-Paul Rueff

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