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Pris entre les enfants, les petits-enfants et les vieux parents


À la fois présents et distants, complices et confidents, proches ou éloignés, les grands-parents ont changé de physionomie et de statut.

Sommaire du dossier

- Les grands-parents, un rouage essentiel à la solidarité familiale
- Pris entre les enfants, les petits-enfants et les vieux parents
- Paroles de petits-enfants...
- Petits conseils aux grands-parents
- Un équilibre intergénérationnel à trouver
- Martine Segalen : « Le désir de la descendance »

Dynamiques, curieux, ouverts, voyageurs, engagés, désormais les jeunes grands-parents valorisent leurs relations avec les petits-enfants à tout âge.

Cette génération, « pivot » ou « sandwich », prise entre les enfants, petits-enfants et vieux parents, s’en sort tant bien que mal. Les grands-parents assurent les liens entre trois à quatre générations. On est grand-parent en moyenne à 55 ans, mais on peut aussi l’être à 45 ou à 80 ans, plus tôt et plus tard dans d’autres pays.

« Vu l’allongement de la vie et leur meilleure santé, hier oubliés de la société, ils sont revenus en force depuis quelques années. C’est un bouleversement sociétal qui était peu étudié », souligne Martine Segalen, spécialiste de la grand-parentalité. Les grands-parents d’aujourd’hui sont plus jeunes et actifs, avec en général plusieurs décennies à vivre. Il leur faut penser à leur propre vie comme salarié ou retraité, mais aussi à celle de leurs enfants, petits-enfants et souvent à celle de leurs parents. C’est aux grands-parents de choisir le rôle qu’ils veulent prendre.

Ayant une meilleure situation économique qu’autrefois, les grands-parents soutiennent plus largement leurs enfants et petits-enfants sur le plan matériel, moral et affectif. Mais l’impact sur leur niveau de vie peut s’en ressentir surtout lorsque s’ajoute l’obligation de financer ses propres parents en maison de retraite ou à domicile.

L’art d’être grand-parent

Quant au rapport avec leurs petits-enfants, à la différence des parents qui ont des obligations vis-à-vis de leur enfant, les grands-parents sont libres de leur attitude et de leur engagement. Cela peut dépendre de leur âge, de la qualité des relations avec les enfants, du nombre d’enfants et de petits-enfants, de leur situation sociale et de celle de leurs enfants, de leurs revenus. Leur logement, la distance géographique avec leurs descendants, mais aussi la composition de la famille (classique ou recomposée), le niveau de vie comptent également. Il y a donc une variété de situations et de comportements. Pas d’improvisation, l’art d’être grand-parent s’invente, c’est un choix, un lien à créer, une chance pour sa descendance.

Plus patients et disponibles, les grands-parents sont souvent un point de repère. Ils apportent un soutien pour les plus jeunes dans un monde qui bouge, un ancrage dans les racines familiales. La plupart d’entre eux sont très attachés à leurs petits-enfants et se préoccupent de leur avenir. Ils ont des relations constantes faites de confiance, de complicité avec le souci de transmettre des valeurs familiales et réaliser avec eux ce qu’ils n’ont pas pu faire avec leurs enfants ; certains, plus éloignés et distants, s’intéressent aux petits-enfants au moment de Noël et des anniversaires ; d’autres, encore, sont des grands-parents de substitution, omniprésents, notamment en cas de séparation des parents, de famille monoparentale ou de veuvage. Précisons aussi, selon des travaux sur la famille, que les grands-parents mariés ont plus tendance à maintenir un contact fréquent avec les petits enfants que les grands-parents divorcés.

Des grands-parents parfois « chicouf »

Après avoir éduqué leurs enfants, les grands-parents ont peu de répit pour entrer en grand-parentalité. La garde des petits-enfants ponctuelle ou régulière, choisie ou pas, intervient surtout pour les jeunes retraités. Nombreux sont ceux qu’on retrouve à la sortie de l’école, dans les loisirs, en vacances ou dans les magasins avec leurs nouveaux bambins.

Si les grands-parents ont des droits, ceux d’avoir une relation avec leurs petits-enfants, ils ont surtout des devoirs informels prégnants. Ils doivent à la fois être présents, disponibles et trouver la bonne distance, éviter de se substituer aux parents. Comme le disait Françoise Dolto : « Les parents demandent aux grands-parents d’être toujours là quand on a besoin d’eux, mais aussi de ne pas être là quand on n’a pas besoin d’eux. »

Certes, le désir et le plaisir de garder ses petits-enfants, pour rester jeunes, avoir une nouvelle vie, existent, mais les contraintes de la charge aussi, d’autant qu’il faut assurer l’accueil des enfants en même temps. Ces grands-parents parfois « chicouf » (chic : ils arrivent ; ouf : ils repartent) veulent préserver leur santé et leur équilibre de vie de couple.

Quant aux relations avec les petits-enfants, il faut s’adapter, accepter des rapports plus égalitaires et moins autoritaires, préserver l’autonomie de l’enfant et de l’adulte. Si les grands adultes apprennent et transmettent sans reproduire, leurs petits-enfants, eux aussi, aident leurs grands-parents à comprendre les évolutions de la société, surtout avec les ados, ils les initient au numérique et aux nouvelles technologies. L’entraide est faite de réciprocité.

Dans cet engagement, l’affectif et l’amour sont présents. La grand-mère doit accepter de ne plus être mère tout en étant investie d’abord au plan ludique, puis dans un rôle éducatif respectueux de celui des parents ; le grand-père, plus investi qu’autrefois, porteur des valeurs familiales, est souvent complice avec son petit-fils choyé. L’image du grand âge et de la vieillesse en est alors bénéfique.

Des petits enfants comblés et très accompagnés

En effet, le petit enfant est bien plus comblé et accompagné qu’auparavant. Compte tenu de l’allongement de la vie, il aura la chance d’avoir ses deux parents et ses quatre grands-parents, jusqu’à huit beaux et grands-parents dans le cas de couples séparés. Les cadeaux peuvent pleuvoir.

Il est aussi plus gâté et plus libre qu’hier. Il peut même parfois choisir le nom de son grand-parent. Pépé et mémé ne sont plus de mise, papi et mamie le plus souvent, quand ce n’est pas le prénom de la mamie qui est choisi, comme une copine. La génération grand-parentale de 1968 est passée par là.

Enfin, les arrière-grands-parents peuvent être dans le coup : « Ils sont au début un recours pour les petits-enfants, et plus tard, ils attendent à leur tour un secours », souligne Claudine Attias-Donfut, chercheur de la famille.

La grand-parentalité est un phénomène en pleine évolution qui ne peut qu’intéresser la CFDT, qui plus est la CFDT Retraités. Puisse ce dossier y contribuer.

Plaisir des vacances et des loisirs partagés.