Stats et études


Tous entomophages !


Manger est un plaisir : plaisir des sens et plaisir social. Mais que mangeons-nous et qui peut réellement y prendre part ?

La France est passée de 3 200 kilocalories par habitant et par jour au début des années 1960, à près de 3 550 aujourd’hui. Nous devons cette « performance » à la diffusion de produits de plus en plus transformés, moins chers et dont la consommation demande moins de temps de préparation. Elle concerne près de 80 % de nos dépenses alimentaires.

Malheureusement, cette abondance a un coût en termes de santé. Les processus industriels utilisent des additifs à foison. Les graisses et les sucres qui sont les matières premières les moins chères sont les plus employés. Conséquences immédiates : hausse du diabète, augmentation du surpoids chez les enfants. Les classes populaires sont les plus touchées. Pour beaucoup d’entre elles, l’accès au fameux « 5 fruits et légumes par jour » reste un rêve.

Dans le même temps, près d’un milliard d’individus souffrent de la faim et voudraient bien approcher de la table d’abondance occidentale. Déjà la chasse aux terres arables fait rage et les petits agriculteurs se font allègrement expulser de leurs terres. Les multinationales y feront pousser les ingrédients susceptibles de remplir les réservoirs de nos véhicules.

Les cigales d’Aristote

Demain, c’est-à-dire en 2050, nous serons, selon les projections de l’ONU, environ 9 milliards de terriens. Serons-nous en capacité de tous les nourrir ? Certainement pas ! Premier responsable : notre goût sans limite pour la viande qui tend à faire nombre d’émules. Ainsi la Chine et l’Inde connaissent une forte hausse de la consommation de viande et de laitage au détriment des produits de l’agriculture traditionnelle. L’élevage nécessite un important investissement céréalier.

D’autres formes de consommation doivent donc être envisagées, comme par exemple l’alimentation végétarienne et l’entomophagie. La première tend à se propager lentement mais sûrement (en France, 3 % de la population en 2012, contre 2 % en 2000). Les problèmes de traçabilité que nous avons connus récemment ne peuvent que favoriser les adeptes du végétarien.

Autre moyen connu depuis des millénaires : l’entomophagie. Il y a 2 700 ans, Assurbanipal, roi d’Assyrie, se régalait avec des bâtons de sauterelles. Plus près de nous, Aristote célébrait la saveur exquise des larves de cigales. Aujourd’hui, deux milliards d’individus se nourrissent déjà de plus de 1 900 espèces d’insectes comestibles que compte notre planète. Scarabées divers, guêpes, fourmis, grillons… tous abondent en vitamines et requièrent douze fois moins de nourriture que les vaches et quatre fois moins que les moutons pour la même quantité de protéines. Reste à s’y faire !

Guy Gouyet