Notre activité


Un devoir de vigilance pour le travail décent


Sous la pression du mouvement syndical international et des ONG, l’Organisation internationale du Travail et son bras séculier le Bureau international du Travail (BIT) ont dès la catastrophe du Rana Plaza pris des initiatives que l’on retrouvera sur son site. La dernière en date est l’adoption par la Conférence internationale du Travail de juin 2016 d’une résolution sur le travail décent.

En 2013, lorsque le Rana Plaza s’effondre, ce n’est malheureusement pas une première. L’année précédente, d’autres « usines » ont brûlé au Bangladesh et au Pakistan faisant au total plus de 1 500 victimes. La Communauté internationale se révolte et nous découvrons que ces lieux de productions travaillent notamment pour des grands groupes français qui s’y approvisionnent à très bas coûts, mais à quel prix !

Au-delà des mesures plus ou moins rapidement mises en œuvre, dont la création d’un fonds d’indemnisation des victimes et de leurs familles, il convenait de s’interroger sur cette catastrophe pour en tirer des enseignements. Comment analyser ce type de production et comment faire en sorte qu’il soit plus sûr, plus décent pour tous ceux qui y travaillent pour une misérable rétribution ?

L’Organisation internationale du Travail, dont c’est le rôle, se devait de s’y pencher, sa composition tripartite lui permettant d’engager une réflexion difficile avec tous les acteurs concernés. La Conférence internationale du Travail de juin 2016 a procédé à une discussion générale débouchant sur l’adoption d’une « Résolution concernant le travail décent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ».

Celle-ci, comme toutes les résolutions adoptées par la Conférence, est transmise au Conseil d’administration pour suite à donner. Elle peut en rester là s’il n’y a pas un certain consensus entre ses membres ; mais le plus souvent, elle débouche sur une proposition de Convention et / ou de Recommandation qui sera soumise à la discussion d’une autre Conférence pour adoption.

Par consensus et néanmoins efficaces

En l’occurrence cette année, la Conférence, après avoir bien caractérisé ce phénomène, a fait de longues préconisations concernant le rôle et les actions à mettre en œuvre par les États, les entreprises et les partenaires sociaux. Comme dans tous les textes de l’OIT, elle s’interroge également sur ses souhaitables propres actions et sur la façon d’appliquer ses textes – Conventions et Recommandations – à ce type de production. Rien de bien original si ce n’est qu’elle s’interroge en conclusion sur l’adéquation de ses normes du travail avec « l’objectif (souhaité par ailleurs) de la réalisation du travail décent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ».

Cette interrogation peu fréquente, amène la Conférence à demander au Conseil d’administration de convoquer une réunion tripartite ou une réunion d’experts pour « évaluer les défaillances », « identifier les défis majeurs de gouvernance » pour réaliser le travail décent, examiner tous les moyens existants ou à créer, y inclus de nouvelles normes pour faire progresser le travail décent sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. La balle est maintenant dans le camp du Conseil d’administration qui devrait s’en saisir rapidement.

Toute cette procédure peut paraître longue et bureaucratique comparée à l’enjeu et au sort des femmes et hommes concernés. Elle est pourtant nécessaire pour arriver à des décisions par consensus, et surtout efficaces.

Jean-Pierre Delhoménie

Éthique sur l’étiquette et la CFDT : entre avancées et impatiences !

Dans un communiqué commun du 15 juin dernier, la Confédération et le collectif « Éthique sur l’étiquette » se sont félicités de la décision prise d’installer un comité d’experts en vue de « la généralisation du travail décent au sein des chaînes de production ». Elles ont regretté que cette conclusion ne soit pas plus ambitieuse du fait de l’opposition des employeurs et ne prévoit pas des régulations contraignantes comme le reconnaissent aujourd’hui l’ONU et plusieurs pays européens.