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Trop d’enfants obligés de travailler


Selon une estimation de l’Organisation internationale du travail (OIT basée à Genève), le nombre des enfants au travail dans le monde baisse. Une apparente bonne nouvelle qui ne peut cependant occulter une triste réalité, une incroyable surexploitation des enfants dans une large partie du globe.

Ils sont aujourd’hui 168 millions d’enfants de moins de 15 ans à travailler sur la planète, la moitié, soit 85 millions assignés à des tâches considérées comme dangereuses. Ce chiffre portant sur l’année 2012 apparaît en régression d’un tiers depuis 2000, où l’on en dénombrait alors 246 millions. Durant cette période, le travail des filles a baissé de façon plus spectaculaire (- 40 %) que celui des garçons (- 25 %).

Un repérage établi par zone géographique montre que c’est en Asie-Pacifique que se concentre le plus grand nombre d’enfants exploités (78 millions). S’ensuivent l’Afrique sub-saharienne (59 millions), l’Amérique latine et les Caraïbes (13 millions) et le Moyen-Orient-Afrique du Nord (9 millions). Dans certains pays, ce sont plus de la moitié des enfants qui sont touchés par cette pratique.

Par grands secteurs d’activité, c’est dans l’agriculture que la main-d’œuvre enfantine est la plus utilisée (92 millions), devant les services (54 millions) et l’industrie (12 millions) comme les mines ou l’industrie chimique.

Des millions d’enfants sont notamment employés comme travailleurs domestiques et font quotidiennement l’objet de pratiques abusives. Le travail des enfants va d’ailleurs bien au-delà des métiers traditionnels. On en retrouve ainsi soumis à une exploitation sexuelle à des fins commerciales, embrigadés dans des trafics divers ou de la mendicité de rue, ou encore enrôlés dans des forces armées ou des milices.

Carton rouge

Si l’on peut se réjouir de voir chuter le nombre d’enfants contraints à travailler, il n’y a pas de quoi pavoiser pour autant, quand 11 % de la population enfantine mondiale est affectée à des tâches inhumaines, effectuées en outre dans des conditions d’hygiène et de sécurité insupportables, et subit, de plus, des mauvais traitements.

Cette situation a amené l’OIT, à l’occasion de la Journée mondiale des enfants du 12 juin 2014 et de la récente Coupe du monde de football au Brésil, à lancer une campagne « Carton rouge contre le travail des enfants » pour attirer l’attention sur ce sujet. Cette initiative est en fait un prolongement de cette même action lancée en 2002 lors de la Coupe d’Afrique des nations visant à dénoncer le travail forcé des enfants dans la fabrication des ballons de football. Une façon de défendre le droit des enfants à être aussi des enfants, et donc à pouvoir jouer.

Pour sortir ces enfants de leur enfer quotidien, des textes et dispositifs internationaux sont adoptés, parfois suivis d’effets, mais se heurtant trop souvent à des immobilismes d’États peu soucieux de défense des droits. La Journée mondiale de cette année misait beaucoup sur le volet protection sociale, appelant à « des systèmes de sécurité sociale nationaux qui aident à lutter contre le travail des enfants ». Même si l’on peut constater des avancées, la route est encore longue pour aboutir, de l’aveu même de l’OIT dont le directeur général constate : « Nous avançons dans la bonne direction, mais les progrès sont encore trop lents. »

Jean-Paul Rueff

Un esclavage des temps modernes

Des experts de l’ONU ont dénoncé « l’esclavage des temps modernes », à l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, célébrée le 2 décembre. « Des millions de personnes dans le monde, dont des enfants, sont assujetties à un esclavage des temps modernes », et la volonté politique « fait cruellement défaut pour les sortir de cette situation, ont-ils indiqué.

168 millions d’enfants travaillent, mettant en danger leur santé, notamment dans des mines et des carrières. Des millions d’enfants dans le monde voient leur enfance volée, parce qu’ils sont victimes de travail forcé et d’exploitation sexuelle. »
L’esclavage des temps modernes inclut notamment l’esclavage traditionnel, le travail forcé, l’exploitation, la servitude domestique, les mariages forcés des enfants, l’esclavage sexuel et le servage.

168 millions de filles et de garçons voient leur enfance volée et leur avenir compromis.