Action internationale


Un CFDT président du Comité économique et social européen


Roger Briesch a été élu Président du Comité économique et social européen (CESE) à Bruxelles le 23 octobre 2002. Roger, ancien secrétaire confédéral CFDT, responsable du secteur international est aussi secrétaire général adjoint de l'Union confédérale CFDT des retraités. Entretien.

Question. Roger, à l’UCR, on te connais comme secrétaire général adjoint de l’UCR et responsable international. Aujourd’hui, tu viens d’être élu Président du Comité, expliques-nous en quelques mots ton parcours « professionnel » et syndical.

Roger Briesch. A 14 ans, j’ai occupé mon premier emploi dans le bâtiment. Ensuite, j’ai travaillé dans la sidérurgie. Rapidement, je m’engage syndicalement. En 1957, premier mandat, je suis élu délégué du personnel, en 1963 permanent du syndicat CFDT de la sidérurgie Lorraine puis secrétaire général en 1965.

En 1971 je deviens secrétaire national à la Fédération de la Métallurgie. En 1976, je suis secrétaire confédéral chargé de la coordination de la politique internationale et en 1988 je suis responsable du secteur.

En 1992, après le décès de François Staedelin, qui était Président du CESE, je rentre au Comité européen où j’assume la présidence des relations extérieures puis suis élu Président du Groupe travailleurs en 1996.

Quelles sont les raisons de ton investissement dans l’international, dans l’Europe en particulier ?

J’appartiens à un département, la Moselle, où mes grands-parents, mes parents, moi-même étions parfois français, parfois allemands, lors des différentes guerres. A l’école j’apprenais tantôt le français, tantôt l’allemand, selon qui était « maître » du terrain.
Cette période explique peut-être ma fibre européenne, mon attachement à la liberté, à la démocratie et à la paix.

Quel est le rôle du Comité Economique et Social Européen ?

Le CESE est l’institution Européenne représentative de la société civile, auprès du Conseil des Chefs d’Etats, du Parlement et de la Commission Européenne.
Le CESE, c’est un lieu de consultation de la société civile. Y siègent les représentants des travailleurs, des employeurs, des activités diverses (coopératives secteur économique non marchand, ONG diverses etc...), soit 222 membres.

Nous élaborons des avis sur tous les projets de directives ou politiques en cours, le temps de réponse et relativement court, en effet nous avons 2 à 3 mois pour émettre l’avis.

Nous avons également le droit d’initiative et depuis le sommet de Nice la possibilité de faire des avis exploratoires, c’est à dire intervenir en amont du processus décisionnel.

Pour moi, une activité particulièrement importante du CESE c’est son activité et son intervention sur le terrain, que ce soit dans la cadre de la politique euro-méditérranéenne, en Amérique Latine, en Asie et plus prés de nous les Balkans et bien sûr les pays candidats à l’adhésion par exemple, pour que soit assurés, développés, les droits fondamentaux auxquels ont droit les travailleurs et les citoyens. .

Le CESE comprend 222 membres, mais il doit y avoir beaucoup d’autres personnes ?

Les 222 membres représentent les travailleurs, les patrons, les personnes qualifiées des 15 pays de l’Europe. Ces membres sont aidés dans leurs travaux par environ 250 personnes. A ces 500 personnes, il faut ajouter tous les interprètes nécessaires pour les traductions en réunion et les traductions des nombreux, très nombreux documents.

Dans ton discours à l’occasion de ton élection à la présidence du CESE, tu as émis l’idée d’une Union Démocratique et Fédérale. Explique-nous cette position ?

La méthode communautaire qui se caractérise par un équilibre entre la diversité culturelle et l’unité politique et permet au modèle social européen de se développer, doit demeurer la base de la future architecture institutionnelle de l’Union.

L’expérience nous a en effet appris qu’à chaque fois que la méthode communautaire est mise en œuvre, des résultats satisfaisants sont obtenus, tandis que nous sommes régulièrement déçus par des résultats médiocres et inefficaces des efforts entrepris avec la méthode intergouvernementale.

En effet, l’Europe de l’Union n’est ni la somme des intérêts des Etats membres, ni leur plus petit dénominateur commun. Il ne peut donc pas être déterminé lors de négociations au cours desquelles chaque participant dispose d’un droit de véto.
Je plaide pour une union rassemblée apte à prendre des décision et à affirmer des positions, ce qui signifie l’extension du vote à la majorité qualifiée.

Je suis convaincu que seule une structure démocratique et fédérale permet en définitive de s’attaquer avec des chances de succès aux problèmes urgents, d’ordre politique et pratique, tout en donnant un sens à la citoyenneté de l’Union. Seule une architecture démocratique et fédérale, respectueuse des principes de dialogue, de participation et de solidarité peut traduire la nature intrinsèque de l’Union Européenne, à savoir un effort constant visant à atteindre l’unité dans la diversité.

Cette proposition sera t-telle défendue auprès de la convention ?

Oui, d’ailleurs je suis déjà intervenu en séance plénière de la convention dans ce sens. Toutefois le comité, même s’il a clairement exprimé des propositions allant dans ce sens dans sa contribution à la convention, hésite encore à appeler un chat un chat. De ce fait la référence « fédérale » est une expression plus personnelle, mais je la sais partagées par de nombreux membres du comité. Par ailleurs, il est essentiel que la Charte des droits fondamentaux soit incluse dans la nouvelle constitution.

Quelles sont les autres pistes de travail ?

Il s’agira de renforcer la présence du CESE dans le débat sur l’avenir de l’Europe sur toutes les questions importantes concernant surtout :
- la défense et le développement du modèle social européen ou encore du modèle européen de société.
- la participation de la société civile et de ses organisations au processus de formation de l’opinion politique, à la législation, à sa mise en œuvre et à diverses décisions, c’est-à-dire les règles de la gouvernance et du dialogue tant civil que social.

Il y a quelques grands principes sur lesquels reposera l’activité du CESE, comme la solidarité et la subsidiarité, la justice et la cohésion sociale, l’économie sociale de marché et les rôles respectifs de l’Etat et des acteurs sociaux et économiques. Il y a aussi, le modèle social européen à pérenniser et à améliorer.

Propos recueillis par Jacques Sense.