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Un mal-être démocratique (dossier)


Les Français plus que les autres se méfient de leurs concitoyens, de leurs représentants politiques, des syndicats, des corps intermédiaires (justice, associations…). Pourquoi cette méfiance ? Avec la complexité de la société, l’arrivée du numérique, le changement territorial, la nouvelle législation européenne, les citoyens ou usagers sont perdus. Ils ont le sentiment de ne pas être pris en compte.

La plupart des médias choisissent la simplicité et certains la caricature des faits pour faire le buzz. L’urgence prime ! Et les responsables politiques, syndicaux sont décriés. La démocratie représentative est rejetée. On lui préfère la démocratie d’opinion, faite de sondages ou de pseudo-référendums, vite faits, vite oubliés, construits sur une réflexion binaire. Comment répondre à la désaffection démocratique ?

Dossier réalisé par Danielle Rived avec les contributions de Jean-Paul Rueff, Jacques Rastoul, Jean-Pierre Moussy, Daniel Druesne.

Le vote en berne

Le constat est dur à avaler mais la réalité est là, entêtante. Les Français boudent de plus en plus les élections politiques. Et les scrutins syndicaux ne sont guère mieux lotis. Le droit de vote, pour lequel tant de femmes et d’hommes se sont battus et combattent encore aujourd’hui, acquis bien souvent dans le sang et les larmes, s’étiole dans notre pays. Aux élections politiques, quel que soit le type de scrutin, les résultats les plus récents sont systématiquement parmi les plus faibles jamais enregistrés. Aux présidentielles de 2012, on constate une perte de plus de 3 points de participation par rapport à celle de 2007. Même perte de 3 points entre les deux derniers scrutins municipaux. Aux législatives de 2012 le constat est pire encore puisque l’on est sur une abstention record. Le taux de votants aux élections régionales de 2010 s’est effondré de 15 points par rapport aux précédentes. Et que dire des presque 60 % d’abstention frôlés lors des élections européennes ou des scores en dents de scie – marqués d’une amplitude de 40 points selon les sujets - des référendums ?

Du côté des élections professionnelles, les emblématiques élections prud’homales ont vu leur niveau d’abstention pourtant élevé dès le départ se dégrader à chaque nouveau scrutin. Les élections fonctions publiques de 2014 ont connu elles aussi leur part d’abstentions record, notamment dans la territoriale. Face à de tels résultats, constater ne suffit pas. Il est temps de se donner les moyens pour infléchir sérieusement cette tendance lourde qui se répète et parfois même s’amplifie au fil du temps.

Si l’on connaît peu ou prou les catégories sociales les plus marquées par l’abstention – jeunes, ouvriers, chômeurs – les raisons de la perte de confiance apparaissant plus complexes à appréhender. Parmi celles qui émergent le plus : élus jugés trop éloignés des populations, manque d’efficacité sur les grands problèmes sociaux, dégradation de la situation économique avec son lot de conséquences. Autant de sujets qui, à n’en pas douter, interrogent notre réflexion et le syndicalisme.

Jean-Paul Rueff