Un patrimoine industriel à découvrir 2/5
Le tourisme des lieux de travail s’est développé à travers la mise en valeur d’anciennes usines, de savoir-faire artisanaux et d’entreprises en activité. Musées techniques, ateliers vivants, sites industriels emblématiques ou entreprises innovantes ouvrent leurs portes pour transmettre une histoire, présenter des métiers et révéler des technologies qui façonnent nos territoires.
Sommaire du dossier .
- Le tourisme sur les lieux de travail en plein essor 1/5
- Un patrimoine industriel à découvrir 2/5
- Quand les retraités redécouvrent les lieux de travail 3/5
- Des métiers anciens mais aussi d’avenir 4/5 à paraitre mercredi 8 juillet
- Questions à Maïté Druelle, secrétaire nationale en charge de la Culture et des Loisirs 5/5 à paraitre jeudi 10 juillet
Le tourisme des lieux de travail s’est appuyé au départ sur la préservation et la valorisation d’anciennes usines ou d’anciens sites industriels lors de leur fermeture ou démolition tels que les mines de charbon du Nord ou les usines métallurgiques de l’Est.
C’est le cas aussi d’entreprises de l’agroalimentaire pour faciliter la vente directe, promouvoir ou restaurer leur image de marque. D’autres motivations peuvent intervenir : la fierté d’un chef d’entreprise pour le produit qu’il fabrique, le besoin de recrutement pour des métiers peu attractifs. On peut le subdiviser en trois catégories : le tourisme industriel culturel axé sur le patrimoine industriel historique, le tourisme de découverte économique concernant les entreprises en activité et le tourisme scientifique axé sur les technologies industrielles.
Le tourisme industriel culturel
On a l’embarras du choix pour le tourisme industriel culturel axé sur le patrimoine historique. De nombreux musées techniques ou centres de culture scientifique et technique valorisent des collections accumulées au cours des années. On pense aux musées liés au transport comme à Mulhouse, la Cité du Train ou le musée national de l’Automobile avec la collection des frères Schlumpf ou au Bourget, le musée de l’Air et de l’Espace. On pense aussi aux musées liés à des industries : le musée de la Mine de Blanzy en Saône-et-Loire ou le Centre historique minier de Lewarde dans le Nord, l’écomusée des Mines de fer de Lorraine à Neufchef, le musée de la Mine et de la potasse à Wittelsheim, dans le Bas-Rhin, ou le musée de l’Ardoise de Trélazé en Maine-et-Loire.
On pense aussi aux musées liés à l’énergie : le musée Electropolis, implanté à Mulhouse, retrace l’histoire de l’électricité depuis les expériences menées par les pionniers au XVIIIe siècle jusqu’à la révolution industrielle.
D’autres musées sont dédiés à des savoir-faire plus artisanaux, comme le musée de la Lunette de Morez dans le Jura, capitale de la lunetterie française, le musée du Papier peint à Rixheim, dans le Bas-Rhin.
De nombreux territoires s’organisent pour promouvoir ces lieux de l’économie. À titre d’exemples : l’ensemble des musées techniques implantés autour de Mulhouse ou le lien entre le Centre historique minier de Lewarde et le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais classé au Patrimoine de l’UNESCO. Enfin, de nombreux sites industriels, lieux de patrimoine, sont ouverts à la visite, c’est le cas de la Villa Perrusson, à Écuisses en Saône-et-Loire, du nom de l’industriel Jean-Marie Perrusson qui se lança dans la production de céramique industrielle et fit de son entreprise un outil publicitaire, une demeure-catalogue présentant les produits fabriqués tels que tuiles émaillées, épis de faîtage, ou faïences murales.
Le tourisme de découverte économique
La motivation principale des entreprises a longtemps été la vente directe. Cette motivation ne pouvait concerner essentiellement que des entreprises produisant de l’agroalimentaire. Elles permettent aux visiteurs de découvrir les processus de fabrication des produits et d’explorer les coulisses. De nombreux exemples viennent à l’esprit : la fabrication et l’affinage du comté dans les galeries du Fort des Rousses (39), la récolte du sel dans les marais salants de Guérande (44), les conserveries de sardines en Bretagne, les nougats de Montélimar ou la cité du chocolat Valrhona (26), la confiserie Afchain avec ses Bêtises de Cambrai (59), la Maison du fruit confit (84), la fabrication des madeleines à Commercy (55) ou de la choucroute en Alsace.
Au-delà de l’agroalimentaire, les entreprises valorisent leurs produits et leur métier via notamment l’association Entreprise et découverte qui référence les entreprises ouvertes au public. C’est le cas de petites entreprises ou d’artisans qui promeuvent des savoir-faire parfois très anciens : fabrication de savon (Marius Fabre à Salon-de-Provence), de parfum (Fragonard à Grasse), d’aiguilles (Bohin dans l’Orne), de clous (Clouterie Rivière à Creil dans l’Oise), de couteaux à Laguiole, de cristal (cristallerie Saint-Louis en Moselle), de papier (Moulin Richard dans le Puy-de-Dôme), de cloches (Fonderie Paccard en Haute-Savoie).
Le tourisme scientifique axé sur les technologies industrielles Certaines entreprises ont, en ouvrant leurs portes, pour objectif de promouvoir leur image de marque et de valoriser les technologies qu’elles ont mises en œuvre. C’est le cas des entreprises productrices d’énergie, telles que les centrales nucléaires de Gravelines, de Cruas ou de Chinon, l’usine marémotrice de la Rance, les centrales hydrauliques. Il en est de même pour les entreprises pharmaceutiques (Boiron), des Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, ou d’Airbus à Toulouse qu’ont visité récemment les retraités CFDT de Haute-Garonne (voir Sur le terrain). Ces visites d’entreprises portant des nouvelles technologies sont aussi l’occasion de découvrir des métiers captivants qui peuvent attirer des jeunes et constituer un facteur de recrutement, et donc un élan pour l’avenir.
Les Soieries Bonnet à Jujurieux
Fondée à Lyon en 1810, la société Bonnet implante, en 1835, à Jujurieux (Ain), une usine-pensionnat. Les Soieries Bonnet ont longtemps été plus qu’une usine, mais bien une ville dans la ville. En effet, le site concentre sur place des ateliers de préparation des soies, de tissage, un internat pour jeunes filles, une chapelle, des magasins d’alimentation, une école ménagère, etc.
Le site a accueilli plus de 13 000 ouvrières sur cent ans, et a même exporté son organisation paternaliste au Japon. Lorsqu’on pénètre dans les anciens ateliers, on retrouve l’odeur caractéristique de l’atelier de tissage. On perçoit également une organisation du travail sans faille et la grandeur des savoir-faire. L’usine abrite l’ensemble des bureaux et ateliers de production tels qu’ils se présentaient au moment de la cessation d’activité de l’entreprise. Outils, machines, matières, produits à différents stades de leur fabrication ont été conservés et les espaces de travail préservés.
Les collections, qu’ils s’agissent de tissus, d’accessoires de mode ou de robes somptueuses, témoignent des liens que l’entreprise avait avec les plus illustres noms de la haute couture, les Maisons Dior, Chanel, Yves Saint-Laurent, Lanvin ou encore Lacroix et Valentino. C’est donc un patrimoine industriel exceptionnel qui s’offre à nous.
La fabrique de pains d’épices Mullot & Petitjean à Dijon
Fondée en 1796, la Maison est l’héritière d’une longue et prestigieuse histoire. Les portraits des propriétaires successifs sont conservés dans le bureau reconstitué. On y découvre l’histoire de l’entreprise et ses différents sites de fabrication. Depuis 1912, le site de la fabrication du pain d’épices se trouve toujours boulevard de l’Ouest Sur ce site rénové a été créé un espace muséographique dédié à l’histoire du pain d’épices, de l’entreprise et à la découverte des secrets de fabrication.
On y apprend que le pain d’épices de Dijon a la particularité d’être à base de farine de froment et de contenir 3 ingrédients principaux : de l’anis étoilé, du citron et de l’orange. Des vidéos de membres du personnel expliquent les différentes étapes de fabrication : de la réalisation de la pâte mère conservée plusieurs semaines jusqu’au transfert dans des moules de taille et de formes différentes. Ce savoir-faire traditionnel a valu à cette Maison le label Entreprise du Patrimoine vivant en 2012.