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Variations territoriales de la prise en charge de la perte d’autonomie des personnes âgées


Il existe des modèles de prise en charge de la perte d’autonomie très différents d’un territoire à l’autre. En Europe, les pays du Sud ont une solidarité familiale plus forte que les pays du Nord. En France, le recours à l’institution est plus important en Bretagne et Pays de la Loire.

Les moyens financiers, humains et matériels que possèdent les départements pour répondre aux besoins, de même que les priorités en termes de politique sociale, ne sont pas identiques d’un département à l’autre. Les coûts des services d’aide à domicile et de l’hébergement en établissement sont différents d’un endroit à l’autre.
L’offre à domicile est plus élevée dans le Nord et le Pas-de-Calais, la Seine-Maritime et l’Eure, les départements du pourtour méditerranéen et la plupart des départements du Sud-Ouest ainsi que La Réunion et la Guadeloupe. Dans les départements du Centre-Val de Loire ou des Pays de la Loire, l’offre en établissements est dense. Au contraire, ceux de l’Est, d’Île-de-France, la Haute-Corse, la Martinique et la Guyane présentent une offre relativement réduite que ce soit à domicile ou en établissement.

En parallèle, on constate que le reste-à-charge (RAC) est plus élevé dans les régions alpines et en Île-de-France. À l’inverse, dans le Nord et le Pas-de-Calais ainsi que sur le pourtour méditerranéen et dans le Centre, le RAC à domicile serait en moyenne plus faible. En établissement, il est plus élevé dans les départements ou régions d’outre-mer (DROM), sur le pourtour méditerranéen et en Île-de-France et est plus faible en Bretagne, Centre-Val de Loire ou Pays de la Loire.

Ces disparités d’offre peuvent se justifier par des besoins, des ressources, voire des préférences des individus ou des acteurs publics différentes entre les territoires. Il existe de fortes inégalités de besoins de prise en charge entre les départements français : la proportion de personnes en perte d’autonomie est plus faible dans les régions Île-de-France et Bretagne. À l’inverse, le Nord, le centre de la France et les DROM sont plus marqués par la dépendance.

Grâce à une modélisation multiniveau sont mis en commun les besoins, les ressources et l’offre de prise en charge pour expliquer les différences de recours à une prise en charge en établissement ou à domicile. L’analyse montre de larges inégalités territoriales de la probabilité de vivre en établissement (voir carte, modèle 2). Elles s’amoindrissent lorsqu’on tient compte de l’accessibilité géographique à l’offre formelle (modèle 5). À l’inverse, elles augmentent lorsqu’on tient compte de l’accessibilité financière : le RAC (modèle 6). L’offre formelle que ce soit en coût ou en quantité semble donc contraindre les choix des personnes âgées.

Jean-Pierre Druelle et François Jabœuf