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Venezuela, le chaos du XXIe siècle


La situation politique, économique, sociale, syndicale et les atteintes aux libertés au Venezuela perdurent et s’aggravent dangereusement. Un éclairage syndical par Mariano Fandos, secrétaire confédéral CFDT au service International et Europe en charge du suivi des Amériques.

Sur fond de crise économique, humanitaire et politique, deux présidents se disputent la présidence. Comment en est-on arrivé là ?

La rente pétrolière du Venezuela a été en partie utilisée par Hugo Chavez pour distribuer des aides sociales, mais une grande part a atterri dans les poches des proches du pouvoir, notamment les militaires afin de s’assurer le soutien de l’armée. Nombre d’entreprises ont fait faillite, les militaires ayant détourné la richesse produite. L’investissement a chuté, y compris dans des secteurs vitaux comme le pétrole ou la production d’électricité. La plupart des produits étaient importés et payés par la rente pétrolière.

Avec la baisse des cours du pétrole à partir de 2013, ce fut la catastrophe. Le manque d’entretien des installations les a rendues de plus en plus inutilisables : la production est tombée au niveau du début des années 1950 ! Les pénuries de produits de base (alimentation, produits d’hygiène, médicaments, pièces détachées…) se sont multipliées. L’inflation et le marché noir ont explosé. L’inflation atteint 1 350 000 % en 2018, le PIB a été divisé par deux en quatre ans.

Nicolas Maduro, incapable de résoudre le problème, ne répond que par la répression de toute forme de contestation. Niant la gravité de la crise, il refuse l’entrée de l’aide humanitaire alors que des Vénézuéliens meurent tous les jours de malnutrition ou par manque de médicaments. L’aide humanitaire est ainsi devenue une arme politique, dont les victimes sont les Vénézuéliens. Plus de trois millions d’entre eux ont quitté le pays, pour fuir la misère ou la répression.

En 2015, les élections législatives ont donné une large victoire à l’opposition. Mais le gouvernement a multiplié les coups de force pour priver de pouvoir les députés. Pour se faire réélire en 2018, Maduro a manipulé les élections. Considérant qu’il n’avait pas de légitimité pour exercer un nouveau mandat, l’Assemblée nationale a chargé son Président, Juan Guaido, d’assurer l’intérim en attente de nouvelles élections. Guaido ne s’est donc pas autoproclamé, comme on l’entend souvent.

Quelles sont les relations de la CFDT avec le syndicalisme vénézuélien ?

En 2015 a eu lieu le congrès fondateur de l’ASI (Alliance Syndicale Indépendante). Nous avons engagé une coopération avec eux, car cette organisation a des valeurs et des pratiques proches de la CFDT : indépendance, solidarité, proximité avec les travailleurs… Les militants de l’ASI réalisent un énorme travail pour organiser la solidarité avec les moyens du bord.

Ils sont souvent harcelés, menacés, ainsi que leurs familles et leurs proches, parfois emprisonnés arbitrairement. Leur président Carlos Navarro, qui est intervenu à la tribune de notre congrès à Rennes, a été obligé de s’exiler. L’organisation est très peu soutenue par le syndicalisme international, ébloui par le mythe de Hugo Chavez. Le soutien de la CFDT est vital, tant du point de vue matériel que moral.

Quelle issue peut-on envisager ?

Le blocage est total. Guaido n’a pas réussi à faire entrer l’aide humanitaire, et sa tentative de faire basculer les militaires en leur proposant une amnistie s’ils collaborent en faveur de la transition démocratique ne perce pas. Les pressions internationales ne semblent pas non plus décider le pouvoir à négocier.
Une solution pacifique serait souhaitable, mais le pouvoir semble prêt à tout pour rester en place. Il va même jusqu’à libérer des délinquants et leur fournir des armes pour organiser la répression. Entre-temps, les Vénézuéliens souffrent… mais beaucoup ont encore la force et le courage de résister. SOLIDARITÉ !!!

Propos recueillis par Jean-Pierre Bobichon

Laurent Berger, Carlos Navarro (Venezuela) avec l’interprète en juin 2017.