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Victorine Verot, une battante exceptionnelle


Vous ne pouvez pas l’oublier si vous avez vu le film « CFDT : histoire d’une naissance ». Elle fait pleurer la salle et éclater de rire à travers ses témoignages poignants qu’elle décrit sans concession. Les patrons, la guerre, les difficultés de vie, les hommes qui occupent des postes au détriment des femmes…

C’est une femme de caractère, au tempérament bien trempé. C’est d’ailleurs elle qui a le dernier mot du film. En s’adressant à un public bien plus jeune, elle leur lance un remarquable : « Ne lâchez rien ! »

À l’équipe CFDT qui était venue lui rendre visite ce jour-là, Victorine explique sa vie de jeunesse, de militante travailleuse dans le textile notamment. Quant à son âge, elle nous dit, « Je ne sais plus l’âge que j’ai, je suis née en 1921, faites le calcul vous-mêmes. » Elle accuse donc ses 94 printemps !

Victorine est la sixième d’une fratrie de sept enfants. Son père, menuisier, décédera alors qu’elle n’avait que six ans. On comprendra dès lors que les études pour les enfants se limiteront au minimum et que chacun devra trouver un travail. Car à cette époque, à part la charité des dames patronnesses, les revenus ne dépendaient que du travail fourni.

Sortie de l’école à douze ans et demi avec son certificat d’étude en poche, mais en continuant le dimanche avec une jeune prof ses cours de français, matière où elle excellait. Victorine trouvera un emploi en fabriquant des couronnes mortuaires. Cela consistait à assembler des perles de verre sur des fils de fer. Les soirs, à la maison, toute la famille tressait des couronnes. Sa mère faisait aussi tourner deux métiers à tisser pour fabriquer des rubans. C’était une spécialité sur la région ! Victorine apprit donc très vite aussi ce métier de passementière.

Prendre le temps de se marier

À 16 ans, elle entre dans une usine de tissage à Monistrol-sur-Loire et apporte sa première paie. Dès lors, en relation avec le Père Garde, aumônier de la JOC, elle s’y engage résolument. Mais c’est Paul Dombroski, permanent de l’UD Haute-Loire qui la soutiendra pour créer le syndicat dans ces usines de textile dirigées par un patronat très chrétien conservateur, paternaliste. Elle explique : « Il fallait dire la prière et baisser la tête à l’arrivée du patron en signe de respect, voire de soumission. Mais je n’ai jamais mis genou en terre devant quiconque sauf devant Dieu et ma mère !
Très vite, des sections syndicales se créèrent sous son influence. Nous sommes à la sortie de guerre, Victorine devient rapidement permanente syndicale à l’âge de 26 ans. Elle obtient un bureau à Saint-Étienne dans les locaux CFTC.

Elle sera soutenue par Jean Pralong, créateur de la CFTC dans la Loire et de la Sécurité sociale. Il lui enseignera l’arme juridique. Elle sut habillement s’en servir et s’entourer de militants et militantes compétents pour les négociations avec le patronat.
Féministe avant l’heure, elle était entourée de beaucoup d’hommes dans les réunions. Elle raconte : « Il fallait s’imposer car les hommes avaient beaucoup de commisération pour nous… ». Marcel Gonin qu’elle croisera un temps la confortera dans ce combat.
Elle quittera ses responsabilités en 1960 pour entrer dans une caisse de retraite à Lyon et prendre le temps de se marier pour devenir Mme Mogier et faire un enfant. « Avant, dit-elle, les militantes ne pouvaient envisager cela… ».

Georges Goubier

Victorine pose pour la photo en compagnie de Georges Goubier (photo DR)