Actu revendicative


Vive la flexibilité ?


Les employeurs ne manquent pas d’imagination lorsqu’il s’agit de réduire le coût du travail et d’accroître la flexibilité. Retour sur l’ultra-flexibilité et le dumping social.

En Grande-Bretagne, la flexibilité est reine. La chose n’est pas nouvelle mais aujourd’hui, elle prend une telle ampleur que les contrats « zéro heure » commencent à susciter une vive polémique. De quoi s’agit-il ? Ces contrats sont appelés ainsi, car ils ne mentionnent aucune durée minimale du travail ni aucune indication d’horaire. Avec ce statut, les salariés sont à la disposition de leur employeur, comme s’ils étaient d’astreinte permanente. Le nombre d’heures de travail varie d’une semaine à l’autre en fonction des besoins de l’entreprise. Parfois, le planning est fixé une ou deux semaines à l’avance. D’autres fois, le salarié n’est prévenu que quelques heures avant. Il lui arrive aussi d’être renvoyé chez lui au dernier moment et, bien sûr, sans compensation. Seules les heures effectivement travaillées sont payées, généralement au salaire minimum.

Il n’y a bien sûr ni congés payés ni arrêt maladie. Le patron n’a quant à lui aucune obligation de fournir ne serait-ce qu’une seule heure de travail, si bien qu’un salarié peut se retrouver à la fin du mois sans aucun revenu. Ce même employeur peut interdire à ses salariés de travailler en même temps pour une autre entreprise, car ils doivent rester entièrement disponibles. Comme l’a révélé The Gardian, c’est le sort réservé aux 350 saisonniers embauchés à Buckingham Palace. Ces salariés, étant incapables de savoir en fin de mois quel sera leur revenu, sont ainsi dans l’incapacité de souscrire un emprunt et d’organiser correctement leur vie de famille.

Guerre sociale

Ces contrats ne sont pas nouveaux. Mais avec la crise, ils se sont multipliés. Aujourd’hui, un million de salariés y sont contraints. Voilà de quoi nuancer fortement les résultats de nos amis d’outre-Manche en matière d’emploi. En créant des miettes d’emplois, les contrats « zéro heure » permettent de faire sortir de nombreuses personnes des statistiques du chômage.
La France ne connaît pas encore ces excès. Mais en deux ans, les CDD de moins d’un mois ont plus que doublé, passant de 1,8 à 3,7 millions. Le CDD est devenu la marge de flexibilité des employeurs, qui n’hésitent plus à faire des contrats à la chaîne, même pour quelques heures.

Il y a la flexibilité des horaires, mais aussi la flexibilité des salaires et des charges sociales. L’Europe nous a mis à l’abri de la guerre des armes, elle n’a par contre rien fait pour nous protéger de la guerre économique et sociale à laquelle se livrent les pays de l’Union.

Légal et acceptable ?

Cette guerre permet par exemple à un employeur basé en Pologne (pays pris par hasard) de détacher ses salariés en France pour y exercer temporairement leurs talents (24 mois). Il doit leur verser le Smic ou le salaire minimum de la branche et appliquer les règles françaises (durée du travail, congés, santé, sécurité). Par contre, les cotisations patronales seront celles en vigueur en Pologne, soit 20 %, contre 39 % en France, car l’entreprise reste assujettie au régime de sécurité sociale du pays d’origine. Au final en 2011, la France a accueilli 145 000 travailleurs détachés et au moins autant de non déclarés en provenance de la Pologne, du Portugal, d’Espagne, d’Allemagne et de Roumanie. 13 % des déclarés sont d’ailleurs français, embauchés dans des pays limitrophes comme le Luxembourg où les charges sont moindres, puis détachés en France.

Tout cela est parfaitement légal. Mais est-ce acceptable ? À dire vrai, ce ne sont pas les travailleurs qui en profitent le plus, mais leurs employeurs et les entreprises françaises qui font appel à leurs services pour enlever des marchés. Ajoutons à cela que les contrôles sur les obligations françaises sont plutôt rares, faute d’inspecteurs du travail. Le Gouvernement a inscrit cette question à son agenda. Mais pour que cela bouge, il faudra l’accord des autres pays de l’Union...

Guy Gouyet

Source : Alternatives Economiques