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Vous avez dit « tolérance » ?


Depuis Mai 1968, la société refuse la violence physique.

La police et l’armée ne tirent plus à balles réelles depuis les années 1970. La grande majorité des responsables et militants syndicaux obtiennent au quotidien, par le dialogue, des résultats dans les instances de leur entreprise ou de leur administration.

Les syndicats, les employeurs, l’État ont appris à résoudre les conflits sociaux sans violence extrême, jusqu’au jour de fin novembre 2018 où nos ronds-points se sont transformés en espaces conviviaux et en check-points contrôlés par les gilets jaunes.

Tétanisés, nous avons découvert une agressivité excessive dans la parole, dans les actes, un refus du dialogue, une impossibilité de structurer ce mouvement de non-sens giratoire… Puis, de plus en plus de violence, d’appels au meurtre, de propos racistes, d’incidents antisémites et homophobes.

Tout cela alimenté par une surenchère d’insultes et de « fake-news », sur les réseaux sociaux, soutenus par certains partis politiques : 10 morts, de nombreux blessés, des villes saccagées, un rendez-vous de manifestations destructrices hebdomadaire et un soutien de la population qui les légitime, malgré sa violence-haine. Comment est-ce possible ?

D’où viennent cette peur, cette colère, cette angoisse, ce refus des réformes ?

Avec la déstructuration des institutions, des services publics, des partis traditionnels, des corps intermédiaires, une partie des citoyens se sent exclue de la société. Depuis la crise de 2008, les inégalités se sont accrues, les salaires ont peu augmenté, l’ascenseur social est au ralenti et une peur de plus en plus palpable se répand dans le pays : peur du déclassement social, peur de l’échec pour ses enfants, peur pour sa protection sociale, peur de la solitude, de se sentir abandonné, peur de cette société numérique qui nous envahit, peur de ne pas être du bon côté, peur de ne pas faire partie de cette société en mouvement.

La multiplication des réseaux sociaux a installé une parole individuelle où le vrai et le faux n’existent plus. La vérité étant l’information qui réunit le plus de clics, la fausse info continue d’exister même si elle est reniée par son inventeur qui l’a propagée.

La vérité est au sensationnel et à l’émotionnel qui permettent de déclencher une impulsion médiatique capable de se démultiplier jusqu’au complotisme. La raison n’a plus sa place ni le temps de s’exprimer dans cet espace volatile qui se saoule de haine, d’événements en événements.

Comment contrôler cette dérive ? Sans remettre en cause la liberté d’expression, il faut trouver un moyen de combattre les abus et obliger une identification par le numéro de téléphone, quel que soit le pseudo utilisé sur le net. Ces contrôles existent pour la presse écrite, mais pas pour les réseaux sociaux.

Recréer du lien social

L’obsession de l’identité d’être tout le peuple devient le moteur de la haine homophobe, misogyne, antisémite, raciste. Dans une société individualiste, l’intérêt de soi favorise le rejet de l’autre et des « sachants » peu populaires. Il met à mal les principes démocratiques de tolérance, « liberté de conscience, égalité des sexes, rejet de l’antisémitisme ». De plus, l’arrivée de populations aux mœurs et aux religions différentes nourrit l’intolérance au quotidien, entretenue par les harangues de certains partis populistes.

La CFDT, avec d’autres partenaires et à travers un pacte du pouvoir de vivre, un pacte social et écologique, s’investit dans la reconstruction d’une démocratie représentative et participative. Elle mettra toute son énergie pour recréer du lien social, « refaire société », casser l’isolement des personnes et redonner du sens à une parole collective pour détruire cette alliance contre-nature entre haine, racisme et mouvement social.

Danielle Rived

Le non-sens giratoire - dessin de Sophie Rived