Notre activité


2 Les enjeux de la COP 21


Selon qu’on habite à Paris, dans les Alpes, en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie, la perception du changement climatique n’est pas la même. C’est la conclusion des recherches de l’anthropologue Annamaria Lammel, interviewée par Sciences et Avenir.

« Pour les Parisiens, le réchauffement climatique n’a que des effets lointains telle que la fonte des glaces, explique-t-elle. En revanche, les Kanaks en Nouvelle-Calédonie gardent en mémoire et transmettent le souvenir des événements climatiques forts comme les cyclones qu’ils ont dû affronter. »

Ainsi, il est plus difficile pour des Parisiens que pour des Kanaks ou des Amérindiens de mesurer l’importance de la COP21, la grande conférence de l’ONU qui se tiendra à Paris en décembre.

L’un des enjeux majeurs consiste à trouver un accord pour contenir le réchauffement global à 2 °C au cours de ce siècle. Or une variation de 2 °C est loin d’être ressentie partout de la même manière, selon Annamaria Lammel : « Les Parisiens vivent une différence de température sur une année de 7,1 °C. De fait, l’augmentation de températures de 2 °C paraît de peu d’importance, détaille-t-elle. En revanche, quand on interroge un Guyanais, la réponse est tout autre puisqu’il vit dans un climat où la température moyenne de 27 °C varie peu tout au long de l’année.

Comme nous l’a dit l’une de nos interviewés : « Ici, il fait très chaud. S’il va faire plus chaud, nous allons nous brûler. Nous devrons partir d’ici. » Les décisions de la COP21 sont donc importantes pour l’Homme.

De Rio à Paris

La COP21 est la 21e Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Son origine remonte au traité signé au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 qui a adopté les principes de lutte contre le réchauffement climatique, la désertification et l’érosion de la biodiversité. Entrée en vigueur le 21 mars 1994, elle a été ratifiée par 196 « parties » prenantes à la Convention (195 pays plus l’Union européenne).

Cette Convention-cadre est une convention universelle de principe, qui reconnaît l’existence d’un changement climatique d’origine humaine et donne aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène.
La COP21 rassemblera pendant deux semaines près de 40 000 participants (délégués représentants chaque pays, observateurs, membres de la société civile de tous les pays signataires du traité).

Composée de tous les États « parties », la Conférence des parties (COP) constitue l’organe suprême de la Convention. Elle se réunit chaque année lors de conférences mondiales où sont prises des décisions pour respecter les objectifs de lutte contre les changements climatiques. Les décisions sont prises à l’unanimité ou par consensus.

On parle aussi de CMP pour désigner les États de la réunion des parties au protocole de Kyoto. Paris sera la 11e session (d’où l’abréviation CMP11). La CMP veille à la mise en œuvre du protocole de Kyoto (adopté à la COP3 en 1997 et entré en vigueur en 2005) qui a avancé sur des engagements de lutte contre les gaz à effet de serre, et prend des décisions pour promouvoir l’effectivité de celle-ci.

La responsabilité de la France est importante. Occupant la présidence de la conférence, elle aura à faciliter les débats entre pays et assurer un fonctionnement transparent et inclusif du processus de négociation.

Contenir le réchauffement mondial

L’enjeu est de taille. Il s’agit d’aboutir, pour la première fois, à un accord universel et contraignant, applicable à tous les pays, dans l’objectif de contenir le réchauffement mondial en deçà de 2 °C. Cet accord devra permettre de lutter efficacement contre le dérèglement climatique et d’impulser, d’accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone. Enfin, l’accord doit entrer en vigueur à partir de 2020 et devra être durable pour permettre une transformation à long terme.

Chaque pays doit publier, dès que possible et avant la COP21, une contribution présentant ses efforts nationaux. Cet exercice constitue une grande nouveauté dans le cadre des négociations climatiques internationales. La France s’est engagée à aider les pays en difficulté dans la préparation de leur contribution, afin que chacun puisse présenter, en fonction de sa situation, une contribution nationale participant à la lutte universelle contre le dérèglement du climat. À la veille de la conférence de Paris, le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies rendra publique une synthèse de ces contributions, ce qui permettra de voir l’effet cumulé de tous ces efforts.

Réorienter les investissements

Autre objectif essentiel visé à Paris : la mobilisation de 100 milliards de dollars par an par les pays développés, de source publique et privée, à partir de 2020. Cet engagement, formulé lors de la conférence sur le climat de Copenhague en 2009, doit permettre aux pays en développement de lutter contre le dérèglement climatique tout en favorisant un développement durable et juste. Une partie de ces financements transitera par le Fonds vert pour le climat, dont la première capitalisation a atteint 10,2 milliards de dollars, dont près d’un milliard abondé par la France.

Plus largement, la conférence de Paris doit adresser aux acteurs économiques et financiers les signaux nécessaires à la réorientation de leurs investissements, afin d’engager la transition vers des économies bas carbone.

Enfin, de nombreuses initiatives sont aujourd’hui développées par une diversité d’acteurs non gouvernementaux : villes, régions, entreprises, associations… C’est ce que l’on appelle l’Agenda des solutions, aussi appelé Plan d’action Lima-Paris (PALP). Depuis le sommet de New York de septembre 2014, une dynamique positive de mise en œuvre d’actions concrètes, d’échanges de bonnes pratiques et de transferts de connaissances prend de l’ampleur. Cet ensemble viendra compléter les engagements des États, porter un message d’opportunités économiques et sociales et ainsi contribuer à renforcer l’ambition de chacun.

Les climatologues estiment que si la planète subissait un réchauffement de 4 °C, il atteindrait 6 °C dans certaines régions de l’Afrique. Ce continent serait le plus touché alors qu’il a le moins de responsabilités dans les causes du réchauffement. Cela prouve, s’il en était besoin, que la COP21 devra aboutir à des décisions volontaristes, car le climat est une question de justice sociale.

Les décisions de la COP21 sont donc importantes pour l’Homme.