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Jean Boussemart, militant de toujours


Il est des parcours où les évènements domptent et enferment des personnalités. Celui de Jean Boussemart montre combien il a cherché à les écrire à sa façon. Et à laisser durablement son empreinte.

Rien ne laissait présager que ce petit-fils d’un directeur du personnel de la Banque de France fasse « carrière » à la CFDT. Issu d’une famille bourgeoise catholique par son père et d’une famille ouvrière juive par sa mère il fit ses études chez les Frères des écoles chrétiennes. BEPC en poche il entre à la Banque Journel grâce au père de Jean-Paul Murcier (ancien secrétaire confédéral) dont la famille est alliée à Jacques Tessier, ancien président de la CFTC. Jean servit la messe de mariage de ce dernier.

Comme son père, Jean se syndique à la CFTC. L’informatique n’existant pas, l’ajustage des comptes se fait à la main : la chef donne des coups de règle sur les doigts des jeunes dont les comptes sont faux. Jean la gifle. Il est licencié mais son patron, gêné, le fait entrer au Crédit Lyonnais (CL) où il obtient son CAP de Banque.

En février 1955 il part au service militaire. Durant 28 mois il est trimballé d’Allemagne au canal de Suez, jusqu’en Algérie. Dure expérience pour Jean qui n’aspire qu’à vivre dans un monde de paix mais qui va l’aider à affermir sa future trajectoire militante. À son retour en 1957 éclate une grève qui gela le secteur bancaire. Inscrit aux cours syndicaux par correspondance et aux week-ends jeunes du syndicat, il découvre avec passion l’histoire du mouvement ouvrier. Il s’engage à la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc).

Il est élu délégué du personnel en 1958. Puis suivront des mandats au CE-Paris et au CCE. Il devient secrétaire de la section syndicale, membre des conseils du syndicat, de la fédération de la banque et de l’Union régionale parisienne (URP). Durant ces années il a trois grandes préoccupations : la syndicalisation des jeunes, la paix en Algérie et l’évolution vers la CFDT qui n’était pas acquise dans le secteur bancaire : il est alors auditionné par la commission dite « des sages ».

L’atelier « actualités »

En 1966, l’URP crée huit UD (unions départementales). Jean est élu fin 1968 secrétaire général de l’UD 75. Il passe le relais au Crédit Lyonnais à son beau-frère Dominique Liehrmann qui montrera ses qualités de rassembleur et de fin négociateur lors du « joli mois de mai ». L’installation des unions locales est délicate : il faut faire travailler ensemble des secteurs professionnels différents et des adhérents isolés dans un contexte de forte contestation interne. En septembre 1973, les actions de soutien au peuple chilien et à la lutte des Lip entraînent un surcroît d’activités : Jean doit suspendre ses responsabilités. À son retour, il devient trésorier de l’URP.

Devenu secrétaire confédéral chargé de la prévoyance, il quitte ce poste de « pisse-copie » trop éloigné à son goût de l’action de terrain. Il réintègre le CL et assume, durant plus de 20 ans, des mandats dans plusieurs conseils d’administration de la Sécurité sociale. Il représente ces organismes dans certaines structures telles que l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Défendant des cas particuliers et présidant une commission de fonds de secours, il reste proche des usagers.

Jeune retraité en 1994, il participe à la vie de l’Union CFDT des retraités de Paris en militant activement au bureau et notamment au Coderpa (comité départemental des retraités et personnes âgées) et au Clic (centre local d’information et de coordination).

Ce portrait serait incomplet si on omettait le soutien moral et matériel qu’il apporta, avec sa femme, aux réfugiés chiliens fuyant la dictature de Pinochet, et aux militants de Solidarnosc durant l’état de guerre.

Ses maladies neurologiques lui imposent de cesser peu à peu les activités qui sont le moteur de sa vie. Cependant à l’Ehpad qui l’accueille, Jean continue ses combats : il s’enquiert des conditions de travail du personnel et participe aux animations collectives dont l’atelier actualités. Les revues syndicales et les visites des copains échangeant avec lui sur les actions passées et actuelles lui permettent de rester présent, à sa manière, dans la vie militante.

Jean-Pierre Bobichon

Jean Boussemart s’était donné trois priorités : la syndicalisation des jeunes, la paix en Algérie et l’évolution vers la CFDT. Challenges réussis ! (photo DR)