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Albert Détraz : « Une phase ultime »


D'abord secrétaire général de la fédération Bâtiment-Bois, Albert Détraz a été, durant la guerre d'Algérie, membre du bureau national confédéral. Il sera un acteur important du groupe « Reconstruction » qui amènera à la transformation de la CFTC en un CFDT laïque.

Questions à Albert Détraz, ancien responsable du secteur politique confédéral

Dans ces premières années de guerre d’Algérie quelle était l’ambiance à la Confédération ?

On sentait qu’on arrivait à la phase ultime. La question algérienne était plus importante que les décolonisations qui l’avaient précédée. En même temps, dans nos congrès, on parlait de l’Algérie mais aussi de l’évolution de l’organisation. Avec l’arrivée au pouvoir de De Gaulle on s’est interrogé : comment syndicalement, peser sur ce pouvoir ?

Mais quelles relations aviez-vous avec les travailleurs algériens ?

Jusqu’alors, dans l’hexagone, il y avait peu de contacts avec les travailleurs algériens. En 1958 se présente à la Confédération un militant, sympathisant du FLN, qui souhaite créer une amicale pour regrouper les travailleurs algériens. Ce sera la création de l’Association générale des travailleurs algériens (AGTA).

La confédération m’a laissé libre de continuer les contacts. Et le choix en faveur de l’AGTA a été décisif pour l’avenir. La fédération du BTP a été le point de rencontre avec des responsables de cette association. On a vu progressivement des gens passer au FLN. On les aidait matériellement sans jamais entrer dans leurs batailles internes.

Que s’est-il passé avec le putsch des colonels et le risque OAS ?

Curieusement les Algériens qu’on voyait avaient confiance en de Gaulle. À la confédération, certains poussaient pour que nous nous engagions plus avant vers des solutions d’indépendance. Avec les informations dont nous disposions, on sentait qu’on approchait de la rupture.

Et ce fut le putsch, avec derrière, le danger OAS et la crainte d’un coup d’État fasciste. Dès lors, la prise de conscience s’imposera. D’autant que nous étions un certain nombre à être visés par l’OAS. Un soir on a plastiqué mon appartement. Ma famille a échappé de peu à la mort.

Puis il y a eu les évènements du 17 octobre avec cette répression de la police envers des gens totalement désarmés. Puis Charonne (1)…

En 1963, nous reprenions le travail de réflexion pour l’évolution de ce qui allait devenir la CFDT. Le problème algérien fut indéniablement un facteur d’avancée dans cette voie.

Propos recueillis par Georges Goubier

(1) La police de Maurice Papon, alors préfet de Paris, transforma une manifestation pacifique en une tragédie sanglante. Neuf morts et des centaines de blessés graves furent déplorés au métro Charonne.