Actu revendicative


Conférence de Rio pour rien ?


« La forêt précède les peuples. Le désert les suit ! » constatait déjà Chateaubriand. Qu'aurait-il dit en juin dernier au sortir de « Rio + 20 », tenu vingt ans après « le sommet de la terre » à Rio ? Un sommet à l'époque fondateur qui avait tenté de conjuguer ensemble des sujets traités jusqu'alors séparément : le changement climatique, la diversité biologique et la lutte contre la désertification.

Certes, les crises économiques, sociales et financières n’étaient pas en 1992 au point où nous les connaissons aujourd’hui. Tchernobyl avait durablement marqué les esprits de son empreinte six ans plus tôt. Rio 92 marquera en tout cas la prise de conscience internationale de la dégradation des ressources naturelles.

Alors pourquoi un tel échec vingt ans plus tard ? Pourquoi un projet de déclaration finale : « le futur que nous voulons » ratifié par les 191 pays représentés, et refusé par les représentants du sommet alternatif des peuples parqués à 50 kilomètres du lieu de la conférence officielle ? « Ce futur n’est pas dans le texte » rétorquent-ils.

Plusieurs raisons à cette réaction. Première évidence : l’absence de grands acteurs du sujet comme les États-Unis, la Chine, l’Allemagne… Faut-il rappeler que 20% des pays les plus riches émettent 50 % des gaz à effet de serre ?

Second plan

Deuxième raison : la montée en puissance des pays émergents et leur méfiance d’une économie verte. Les pays du sud y voient un frein à leur développement et soupçonnent une manœuvre des pays riches pour imposer leurs savoir-faire et leurs technologies, sous couvert de considérations environnementales.

L’avancée de sociétés privées dans des domaines universels comme l’eau, l’air (dont la gestion devrait relever du secteur public), ou le rachat de terre sur des régions entières par de grandes entreprises sud-coréennes par exemple sont une réelle menace pour les populations directement concernées.

Troisième motif d’inquiétude : la négation de l’évidence. La nature ne fait pas crédit ! Et il faut aujourd’hui à la planète plus d’un an et trois mois pour reconstituer ce qui a été consommé et détruit en un an !

Présente à Rio, la CFDT souligne quelques avancées notamment sur le travail décent mais constate « la perte d’influence d’une Europe affaiblie par les déficits de ses États membres et le choix des pays émergents de maintenir les préoccupations environnementales au second plan. »

Avec cette évidence : sur ces bases il ne pourra y avoir un Rio + 40 sans que les choses ne changent, durablement, d’ici là.

Daniel Druesne

La gestion de l’eau de la planète confiée à des sociétés privées ? La guerre de l’eau est déclarée.