Action internationale


Daniel Cohn-Bendit : passion Europe


Un des leaders du mouvement étudiant de 68, expulsé de France, Daniel Cohn-Bendit siège au Parlement européen depuis 1994. Il est coprésident du groupe Verts-Alliance libre européenne. Depuis quinze ans, sa passion s'appelle l'Europe.

Fil Bleu. Pour évaluer la dernière mandature du Parlement européen, quelques textes marquants ?

Daniel Cohn-Bendit. Parmi les textes les plus marquants, la modification de la directive « Services » fera date. Le Parlement a fait son travail. Nous restons un peu sceptiques sur sa dimension sociale mais cela a été un progrès important par rapport au texte proposé par la Commission et M. Bolkestein. Avec la directive sur les produits chimiques (Reach) pour la première fois il y a une demande d’analyse des produits chimiques pour protéger les consommateurs et les citoyens. Autre exemple, le paquet climatique : face à la dégradation climatique, un véritable changement de politique vers les économies d’énergie, les énergies renouvelables, s’impose.

Vous avez été élu en Allemagne puis en France dans le même Parlement européen ?

C’est une expérience fascinante. Je ne suis ni député français, ni député allemand. Je suis député européen pour essayer de trouver l’intérêt général européen. Au Conseil, les gouvernements nationaux défendent les intérêts nationaux. En tant que député au Parlement européen, la tâche est justement de surmonter l’égoïsme national.

Quelle est la place du groupe alliant Verts et Régionalistes au Parlement européen ?

Notre influence est plus grande que notre nombre. Notre capacité à faire de la politique, à agréger des majorités d’idées et de contenu nous a souvent mis dans une position centrale qui va au-delà de la réalité de notre représentativité numérique.

En reprenant le titre de votre dernier ouvrage (1) : « Que faire » en Europe ?

La réponse intégrée et cohérente face à la crise financière, économique, écologique, et la mondialisation passe par l’Europe. Prenez la crise de l’automobile. Les uns disent « on va sauver Opel » ou « on va sauver Peugeot ». Affirmer qu’on va sauver l’industrie automobile c’est mentir. Il faut réunir le patronat européen de l’automobile, les syndicats, les organisations environnementales européennes pour élaborer une proposition de transformation de l’automobile permettant de garantir une industrie automobile nouvelle. Avec pour conséquences des plans de reconversion, de financement et de formation pour accompagner les salariés vers d’autres productions. Il n’y a que l’Europe qui puisse le faire.

Vous comparez les retraités à des bourdons…

Les retraités sont des personnes qui peuvent en politique « poléniser », avoir une activité sociale d’une extrême importance. C’est un facteur de lien social. La retraite avait été pensée avec une perspective de vie de 70 ans au plus dont cinq ans de retraite. Aujourd’hui on a vingt ans de retraite. Faire comprendre aux retraités qu’on a besoin d’eux, en dehors de la garde des petits-enfants, qu’on a besoin de leur capacité, de leur savoir-faire, c’est fondamental pour les retraités et pour la société. L’intergénérationnel permet par exemple de repenser l’habitat. Construire un habitat où des retraités, des générations vivent ensemble… c’est fondamental.

Vous représentez quelque chose pour notre génération ?

Je crois que la CFDT avec toutes les difficultés liées aux situations, est quand même une centrale qui essaye de réinventer aussi le syndicalisme. De lier le social et l’écologique. C’est extrêmement important.

L’élection paraît sans enjeu pour des électeurs. Que dire pour les convaincre d’aller voter ?

Il faut savoir que 60 à 70 % des lois françaises sont votées au Parlement européen. Quand une directive est votée, il faut la transposer mais on ne peut pas la changer. Si vous vous voulez influencer le futur de la politique environnementale, la politique du marché en France, vous devez le faire par le Parlement européen. Voter c’est influencer le cours des choses non seulement en Europe mais aussi en France.

Propos recueillis par Michel Devacht et Claude Wagner.

(1) « Que faire : Petit traité d’imagination politique à l’usage des européens », Hachette, collection Tapage, mars 2009.