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Il faut enrichir la démocratie


Depuis la Seconde Guerre mondiale, notre système s’est construit autour de deux piliers : l’étatisme et le corporatisme. Or ces deux systèmes sont malmenés par le changement de la société, la décentralisation, la globalisation financière, l’Europe. Dans notre société, les citadins sont majoritaires. Mais hors du centre-ville, les populations se sentent mal aimées : quartiers, banlieues, proches ou lointaines périphéries, campagnes.

L’arrivée des nouvelles technologies bouscule nos métiers. Certains disparaissent. D’autres se créent. Comment dans une réglementation rigide, inadaptée, ces nouveaux entrants peuvent-ils prendre leurs places ? Les carcans éclatent alors que le pays doit faire face à des jacqueries (voir les Bonnets rouges, les taxis parisiens, les médecins qui appellent à la désobéissance civile).

Chaque corporation défend ses intérêts immédiats dans un système fermé. La société française a du mal à créer de l’universel, car le corporatisme consiste à octroyer des droits sociaux associés au statut. D’où un enchevêtrement de dispositifs particuliers attachés à chaque corps qui empêche toutes évolutions (voir les différents systèmes de retraites).

La réussite et la compétition individuelles tout au long de la vie priment, l’intérêt général perd son sens Et quand les distorsions sont trop fortes, les égoïsmes s’exaspèrent, le poujadisme est plébiscité par les petites élites qui vont grossir les rangs de l’extrême droite.

Démocratie d’opinion

Au niveau national, notre démocratie représentative est à la peine. L’étatisme réglemente l’ensemble de la société. Il empêche l’universalisme, crée des inégalités en essayant de colmater les brèches du système et il vide le dialogue social de son contenu. Les citoyens ne se sentent plus responsables. La notion de respect diminue. L’insécurité et les incivilités augmentent.

Comment prendre en compte les évolutions de la société ? Le changement n’est pas synonyme de crise, ni de baisse de notre qualité de vie. Les réformes ont besoin du temps long. Dans notre société qui prône l’immédiateté, on demande au politique de gérer l’ici et maintenant. Peu importe le futur, il est trop incertain. Beaucoup de jeunes pensent que demain, la retraite par répartition n’existera plus.

Même si certaines élections voient leur taux d’abstention augmenter, les élections en France restent le moyen le plus efficace pour peser sur les décisions politiques. Certains citoyens ne sont pas enregistrés sur les listes électorales. D’autres ne se sentent pas concernés. Ce sont toujours les mêmes catégories, les jeunes, les plus fragiles économiquement, les chômeurs qui font défaut. Les électeurs veulent être consultés. Ils veulent participer et avoir des réponses claires, simples, rapides. Aussi se tournent-ils vers la démocratie d’opinion. Le succès des sondages et les demandes de référendums n’ont jamais été aussi grands. Savoir combien de fois on donne à boire aux résidents des maisons de retraite est-il plus important que de s’investir dans la gestion des maisons de retraite via les conseils de la vie sociale ?

Les oubliés de la représentation

Les corps intermédiaires ne sont plus légitimes. Mais en l’absence de représentants, qui est légitime pour prendre la décision finale ? Pourquoi avoir des syndicats pour négocier puisqu’il suffit de répondre à un référendum pour avoir la solution ! Le référendum pour l’allongement du temps de travail de l’entreprise Smart en Moselle, à l’initiative de l’employeur, a été voté majoritairement par les cadres et assimilés à 74 % et minoritairement par les ouvriers à 39 %. La réalité du travail « ouvrier » et « cadre » n’est pas la même.

Sans la médiation des syndicats, on tombe vite dans des dérives. Un vote ne suffit pas à construire une démocratie. Un corpus de règles doit garantir le vivre ensemble. Le président de la République et son ministre du travail ont dû dénoncer ces pratiques : « Je ne crois pas aux référendums d’entreprise, je crois aux syndicats. Ils ont été élus par les salariés. »

La démocratie représentative n’est pas un objet fini. Elle est une construction permanente, en perpétuel mouvement par la gestion des conflits et des intérêts divers au nom de l’intérêt général : « Il faut enrichir la démocratie, la développer de deux façons, affirme Pierre Rosanvallon. D’abord, il faut améliorer les procédures électorales et représentatives, ensuite trouver des façons d’inclure dans le système représentatif les oubliés de la représentation. Il faut trouver des formes de prise de parole sociale qui rendent présents dans la société les problèmes des populations, qui donnent une voix à ceux qui n’en ont pas. La représentation, ce n’est pas seulement la délégation, le mandat. »

Danielle Rived