Actu revendicative


Donner la vie sans perdre la sienne


La Santé est un droit fondamental inscrit dans la déclaration universelle des droits de l'homme. Un sujet extrêmement sensible dans les pays en développement particulièrement pour les femmes enceintes.

Chaque minute dans le monde, faute de soins médicaux, une femme meurt durant sa grossesse, lors de son accouchement ou les jours suivants. 99 % de ces décès ont lieu dans les pays en développement. Des chiffres accablants qui renvoient aux défaillances structurelles des systèmes de santé.

Le coût des soins est évidemment le premier obstacle. Ainsi dans la région de Zaria au Nigéria, le nombre de décès maternels a doublé après l’instauration du paiement des soins. Ailleurs, confrontées à l’obligation de payer, certaines femmes meurent pendant que leur famille rassemble l’argent exigé. D’autres sont « prisonnières » de l’hôpital jusqu’à ce qu’elles puissent payer les soins prodigués. Et comment ignorer l’éloignement des centres de santé, l’absence de personnel soignant qualifié, le manque de matériel et de médicaments ?

Pourtant rien n’est inéluctable. En investissant dans les systèmes de santé, la plupart des décès pourrait être évités. On a ainsi constaté en Haïti, dans le département de la Grande Anse, que la suppression des contributions financières a permis d’augmenter de plus de 300% le nombre de consultations.

Césarienne : un an et demi de salaire

Au Burkina Faso, une césarienne représente près d’une fois et demie le revenu annuel d’une famille modeste. Partout, l’accès aux soins obstétricaux d’urgence est fondamental. Ainsi 15% des grossesses nécessitent une césarienne pour assurer la survie de la mère et de l’enfant. Or, en Afrique, le taux de césarienne varie en moyenne de 2% en ville à 0% en milieu rural.

Une carte pour réagir

Les gouvernements des pays du Sud portent leur part de responsabilité. La priorité donnée à la santé (comme à l’éducation) relève d’une volonté politique… souvent dictée par la Banque mondiale. Mais les pays du Nord, à travers les priorités données à l’aide publique au développement, ont toujours un rôle déterminant à jouer.

En septembre 2010 les chefs d’Etat se réuniront pour faire le point sur les objectifs du millénaire pour le développement fixés en 2000 (voir Fil Bleu 202). À ce jour, ceux relatifs à l’amélioration de la santé maternelle et infantile accusent le retard le plus criant.

D’après l’Organisation mondiale de la santé et la Banque mondiale, les besoins pour renforcer les systèmes de santé atteindraient entre 28 et 37 milliards de dollars par an. Pour y parvenir, les pays riches doivent s’engager à consacrer 0,1% de leur richesse nationale. La France y consacre actuellement 0,05%.

C’est pour faire pression sur les pouvoirs publics que plusieurs ONG (Oxfam France, Médecins du Monde, Secours Catholique, Croix-Rouge française…) ont décidé de lancer une campagne de sensibilisation par la signature de cartes à envoyer au président de la République, au ministre des Affaires étrangères et aux députés.

Ne rien faire c’est accepter. Agir ne serait-ce que par l’envoi d’une simple carte c’est affirmer son refus d’un monde où donner la vie revient parfois à perdre la sienne.

Guy Gouyet

En savoir plus : Toutes les infos concernant cette campagne sont disponibles sur le site www.santepourtoutes.org. On peut aussi téléphoner à Oxfam France 01 56 98 24 40.