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Du vivre ensemble à la fraternité


Le sursaut du 11 janvier 2015 face à la barbarie a surpris. Au-delà de l’émotion, lutter contre le terrorisme, les extrémismes, le rejet et la peur implique de mettre en avant les valeurs et les actes de fraternité.

Si la liberté, l’égalité et la fraternité sont trois valeurs indissociables, reconnaissons que l’on met peu en avant la fraternité. Elle est pourtant l’un des fondements du « vivre ensemble » de notre République. Toutes les philosophies et religions partagent ces valeurs. Pourtant, après les juifs, les Noirs, les Roms, ce sont les musulmans comme le souligne Edwy Plenel, qui deviennent « les boucs émissaires de nos inquiétudes et de nos incertitudes ».

Réapprendre à lutter pour et avec

« Les idéalismes froids, les grands principes théoriques sont dépassés », indique le philosophe Abdennour Bidar. Nous avons besoin de la fraternité. Cela signifie pour le chercheur « réapprendre à lutter pour et pas seulement à lutter contre ». On peut ajouter lutter avec. Comment vivre la fraternité avec ceux qu’on ne voit jamais ou qu’on évite ? Il faut donc sortir de nos milieux et communautés naturels, susciter la mixité sociale et culturelle, multiplier les échanges individuels et collectifs. Le monde du travail, le syndicalisme et l’associatif peuvent faciliter la fraternité, les religions aussi.

Le dialogue interreligieux et interculturel est une réalité, pas seulement entre intellectuels. Dans les quartiers populaires ces échanges se multiplient. Loïc Richard, retraité CFDT, représente la ville de Rennes au centre culturel Avicenne. Il témoigne : « Le dialogue et les actions citoyennes menées en commun sur la durée permettent de sortir de la peur de l’autre (…). Nous cherchons à aller au-delà du respect mutuel, éviter que chacun se sente seul détenteur de la vérité. C’est des deux côtés qu’il faut avancer. » Yves Brisciano, responsable du dialogue chrétiens-musulmans sur le diocèse de Créteil confirme : « La découverte et le respect mutuel que provoquent nos rencontres vont jusqu’à valoriser la solidarité et l’engagement citoyen. »

« La fraternité est une école de la rue. Elle naît d’une proximité physique quotidienne dans une mixité sociale (…). La réconciliation de notre société se fera avec les musulmans ou ne se fera pas », affirme Abdennour Bidar. Or les obstacles existent. Le rejet, la peur de l’autre, une conception fermée de l’identité française vont à l’encontre de cette valeur. Les amalgames, le laïcisme intolérant, le déficit de culture spirituelle et la sous-culture religieuse sont à lever. Ce terreau sert la manipulation des extrémistes et des fanatiques.

Les actions citoyennes permettent de sortir de la peur de l’autre. (photo J. Rastoul)

Les « Faites de la fraternité »

« La France est une chance pour l’islam. Et l’islam est une chance pour la France » souligne Bidar. Il lance dix propositions pour une France fraternelle. Parmi celles-ci, il s’agit de « se mobiliser pour casser enfin la logique des ghettos, organiser les États généraux de la pensée de l’Islam, centrer la morale à l’école sur la culture de la fraternité. » Avec Patrick Viveret, les deux philosophes veulent instaurer des journées conviviales intitulées « Faites de la fraternité ».

La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie ne doivent pas nous empêcher d’avoir un questionnement critique des religions ou des philosophies. La recherche de fraternité et d’universalité des cultures, des convictions comme des religions sont à ce prix.

Jacques Rastoul

Pour aller plus loin

Plaidoyer pour la fraternité, Abdennour Bidar, 2015, éditions Albin Michel.
Pour les musulmans, Edwy Plenel, 2015, éditions La Découverte.
Place de la République, pour une spiritualité laïque, 2015, Abd Al Malik, Indigène Édition.
Désamorcer l’islam radical, Dounia Bouzar, 2014, Les Éditions de l’Atelier.
La sainte ignorance, Olivier Roy, 2012, coll. Points, éditions Seuil.