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En France, « domestique » a une connotation négative


En France, elles seraient près de 2 millions. Parce que le terme « domestique » a dans notre pays une connotation négative, on parle d’employées de maison, d’aides à domicile, de salariées des services à la personne, d’assistantes maternelles, d’auxiliaires de vie… Quelle que soit la dénomination, elles effectuent des tâches similaires et partagent la faible considération de la société pour leur travail.

Nous leur confions ce que nous avons de plus précieux : la clé de notre domicile, nos bébés, nos parents âgés. Mais nous les payons pour le coup de balai qu’elles donnent et pas pour la confiance que nous avons en elles. Elles ? Oui, car pour l’écrasante majorité, ce sont des femmes.

Les employeurs ou usagers demandent beaucoup : discrétion. Car nul n’a envie que la personne qui entre dans notre domicile aille raconter aux autres comment nous vivons.

Honnêteté, car personne ne souhaite être volé.

Efficacité : il faut savoir faire le ménage comme nous l’avons toujours fait, et peu importe si tous les utilisateurs n’ont pas la même idée sur la façon dont les carreaux, les sanitaires ou la cuisine doivent être nettoyés, les chemises repassées ou les enfants occupés.

Elles doivent travailler rapidement, car chaque minute coûte. Savoir se servir de nos machines, même quand elles viennent de pays où elles n’en ont pas : l’aspirateur des uns, le lave-linge des autres, et ne pas rayer la plaque en vitrocéramique.

Elles doivent être autonomes, pouvoir travailler sans instructions et s’organiser pour que tout soit fait dans les temps. Elles doivent être empathiques : parler à la personne âgée avec gentillesse, savoir quoi faire si l’enfant tousse ou vomit…

Pour tout cela et le reste, elles perçoivent un salaire horaire à peine supérieur au SMIC pour seulement quelques heures. Quant à leur protection sociale et leur retraite, la multiplication des contrats et des statuts les rendent problématiques.

Précaires et à temps partiel

Ces emplois sont précaires par nature : les enfants grandissent, les personnes âgées meurent, quand une famille déménage ou qu’un couple se sépare, la première victime du changement est l’employée de maison qui perd son emploi. Et qui doit partir à la recherche d’un employeur pour remplacer celui qu’elle a perdu.

La grande majorité des utilisateurs ne peuvent payer que quelques heures par semaine. Si l’employeur est un particulier, ou si la travailleuse domestique a un statut d’autoentrepreneur, elle effectue deux ou trois heures dans un domicile, puis n’est pas payée pendant le temps de déplacement jusqu’au domicile du client suivant. Difficile dans ces conditions de travailler à plein temps. Difficile de partir en congés ou en formation quand, travaillant seule, on ne peut pas se faire remplacer au domicile de ses employeurs multiples.

Un travail invisible

Une vaisselle se voit quand elle n’est pas faite, le linge quand il est sale : une maison rangée et propre, c’est normal et personne ne voit le travail qu’il a fallu effectuer pour qu’elle le soit. Cela fait partie du non-dit, du non-vu.

Issu de l’ancienne répartition des rôles entre hommes et femmes, où l’homme gagnait l’argent et la femme donnait son temps à la famille, ce travail n’a jamais été considéré par les économistes : ce qui ne se vend pas n’a pas de prix, ne compte pas dans le produit intérieur brut, et finalement, bien que la société ne puisse fonctionner sans, n’existe pas.

Les qualifications nécessaires ne s’apprennent pas à l’école mais sont transmises dans la famille, beaucoup pensent encore qu’elles sont innées chez les filles. C’est un travail que tout le monde doit faire chez soi, du coup, on pense que chacun sait le faire… Sauf des hommes qui affirment ne pas savoir repasser !

Des salariés atypiques

C’est un travail solitaire, entre quatre murs, sans collègue avec qui échanger. Difficile de revendiquer, de se syndiquer. Dans une assemblée syndicale, une employée de maison déclarait aux employés de bureau et ouvrières : « Vous, vous êtes 400 pour demander une augmentation de salaire à un seul patron, moi je suis seule pour la demander à 15 employeurs ! » Il n’y a pas de contrôle de l’inspection du travail dans les domiciles privés.

C’est un travail effectué par des femmes, le salaire féminin est encore trop souvent considéré comme un salaire d’appoint. Par des migrantes qui connaissent mal la langue et leurs droits. Venant de pays sans protection sociale et où le salaire moyen est beaucoup plus faible qu’ici, elles se satisfont de conditions inacceptables pour les autochtones.

Des conditions de travail difficiles

Les accidents domestiques pour elles sont des accidents de travail, plus nombreux dans ce secteur que dans le bâtiment.

C’est un travail pénible et répétitif, quand on fait la même chose dans plusieurs domiciles à la suite : station debout, charges à soulever… Les produits de ménage qui, à faible dose, ne sont pas dangereux, deviennent agressifs quand on doit s’en servir toute la journée.

Enfin, en Europe, le travail domestique est le seul secteur où sont dénoncés des cas d’esclavage moderne. Des procès ont mis en lumière ces cas heureusement rares d’employées de maison enfermées, dont les papiers ont été confisqués et qui doivent travailler de longues heures sans salaire. Dans de nombreux pays du monde, des cas d’abus sexuels sont régulièrement révélés dans les médias.

Remettre en cause les stéréotypes

Confiance, discrétion, honnêteté, autonomie, capacité d’adaptation, rapidité, empathie et savoir-faire techniques sont en général mieux rémunérés dans les autres métiers où ils sont exigés.

Mais au-delà de qualifications et savoir-être, la comparaison avec d’autres professions révèle le poids des stéréotypes. Le tableau ci-contre montre que les salariés chargés de notre argent sont mieux traités que ceux qui s’occupent de nos maisons, nos parents âgés. Les qualifications ne sont pas reconnues, pas valorisées. Et l’argent sort de la poche des particuliers, qui ne sont pas prêts à payer ce service dont ils ne voient pas la valeur.

C’est ensemble qu’utilisateurs et salariées doivent faire pression pour améliorer les salaires et conditions d’emploi dans ce secteur.

Un travail comme les autres ?

La comparaison entre une employée de banque et une employée de maison, sur ce tableau, illustre des différences de traitement qui ne sont justifiées que par le poids des stéréotypes.

Employée de banqueEmployée de maison
Un seul employeur Plusieurs employeurs
En contrat à durée indéterminée, à plein temps Au noir, plusieurs contrats ou clients, temps de transport pas payé, temps forcément partiel
Salaire mensuel régulier, primes Difficile de savoir ce qu’on va gagner d’un mois sur l’autre, dépend du nombre d’heures
Congés payés, protection maladie, retraite
Comité d’entreprise, chèques restaurant…
Retraite dérisoire, congés maladie, maternité peu ou pas payés. Comment partir en congés quand les employeurs ne partent pas en même temps ?
Progression de carrière Comment se faire remplacer pour aller en formation ?
Collègues Isolée entre 4 murs
Syndicats, recours, contrôle Comment rencontrer les syndicats, l’inspection du travail ?

Internet aussi

Comme les autres, ce secteur est en pleine mutation, percuté par Internet : des plateformes se sont mises en place comme pour Uber ou Airbnb où les femmes qui cherchent du travail se proposent et ceux qui en ont besoin achètent leurs services. Cette mise en relation directe ne favorise pas la structuration du secteur. Autre évolution : le statut d’auto-entrepreneur. À côté du particulier-employeur qui verse des charges sociales, apportant une faible protection sociale, se développe le statut d’auto-entrepreneur, transformant l’employeur en client et réduisant les droits sociaux.

Confiance, discrétion, honnêteté, rapidité, empathie et savoir-faire techniques sont en général mieux rémunérés dans les autres métiers.