Actu revendicative


Engagés dans la société


Repli sur soi, rejet de l'étranger, sentiment d'insécurité, pertes de valeurs communes renforcées par la crise… Ces constats sont largement partagés dans notre société. Conjugués à l'accroissement des inégalités, aux discriminations multiples et à la montée de la précarité, la cohésion de notre société s'en trouve atteinte. La laïcité et la démocratie sont une nouvelle fois questionnées. Ce dossier illustre les nombreuses initiatives et réflexions qui vont à l'encontre de ces logiques. Les acteurs du vivre ensemble, dont font partie les retraités, s'attaquent aux frustrations, au défaitisme ou à la culture de la peur. Ils participent à l'émergence d'une société plus égalitaire et fraternelle.

Dans les quartiers délaissés, les inégalités, le chômage, les trafics sont sources de violence et d’incivisme, celles qui s’affichent tous les jours sur nos écrans et que l’on vit parfois personnellement. Pendant ce temps, les initiatives, les actions qui fourmillent sont le plus souvent inconnues et invisibles.

Méconnu l’engagement de dizaines de milliers de jeunes dans le service civique alors qu’ils participent à des missions au service de l’intérêt général ? Ignoré l’investissement bénévole des seniors, des retraités comme des jeunes pourtant bien réel ?

Chaque numéro de Fil Bleu met en avant la diversité des engagements des retraités (1). Mais une rubrique n’y suffit pas. Comment en effet ignorer le nombre, l’originalité et la diversité des engagements pris sur le terrain ?

L’association « Tissé Métisse », née de l’inter CE Acener, en Pays de la Loire, s’attaque aux discriminations avec toutes ses idées reçues. Quinze femmes de milieu populaire, issues d’une douzaine associations et de nationalités différentes, ont planché toute une année sur les questions de la parentalité.

La responsable, Marie-Hélène Nivelet, souligne les nombreux blocages de parents fragilisés ou culpabilisés par les discours ambiants. Leurs enfants sont stigmatisés selon leur origine. Il s’agit de combattre la peur, d’aborder certains sujets pour éviter d’être taxés, par les uns de « racistes », et par les autres de « communautaristes ».

Bien-être de tous

Le développement durable avec une autre approche du logement concourt au « vivre ensemble ». Marylène Briand, retraitée CFDT des assurances, s’est mobilisée durant cinq années avec de jeunes couples pour la construction de bâtiments bio climatiques, un « éco hameau » à Rezé en Loire-Atlantique. Sur un terrain de 3850 m2, avec l’association « Habitat et Energie nouvelle », le projet voit le jour après cinq années de concertation mensuelle.

Avec six logements en accession à la propriété, et six logements sociaux, cet habitat repose sur le vivre ensemble. Il comporte des parties communes, un chauffage à basse consommation, des bâtiments bioclimatiques. Le choix des logements et leur construction sont adaptés aux revenus de chacun. Les enfants, les jeunes adultes, adultes et seniors sont fiers et heureux de leur réalisation. Leur projet sert maintenant de modèle à tous ceux qui veulent concilier l’environnement, l’intergénérationnel et un habitat socialement accessible.

Rennes

L’ancienne caserne Mac Mahon est devenue l’espace Simone de Beauvoir avec un habitat mixte et intergénérationnel. Tout a été conçu selon tous les âges et les catégories sociales. 300 habitants, du logement social à l’accession à la propriété, la mixité a été bien pensée par la ville. 86 logements sociaux dont un tiers sont attribués aux plus de 60 ans ; 10 logements occupés par des étudiants en médico-social ; 8 logements réservés à des personnes sujettes à des troubles psychiques ; un accueil de jour pour des personnes désorientées ; un pôle de la petite enfance ; 17 appartements en locatif aidés ; un restaurant associatif… Une charte intergénérationnelle et un conseil des habitants veillent au bien-être de tous.

Même sans parole on peut aussi s’exprimer. Les initiateurs des « Cercles du silence » se réunissent régulièrement sur des places publiques, partout en France, toutes générations et origines confondues, pour dénoncer les traitements inhumains réservés aux migrants dans notre pays, particulièrement dans les centres de rétention.

Partenariats

Tous ces exemples relèvent d’approches collectives innovantes. Ils tiennent compte de la crise et sont ouverts sur l’avenir. Ils font naître du vivre ensemble. Si l’individualisme est une réalité à prendre en compte, il peut être positif ou négatif. L’isolement et le repli sur soi peuvent être surmontés. On doit alors déceler des envies individuelles et collectives, s’appuyer sur des espaces de socialisation qui facilitent les liens sociaux et la citoyenneté.

Socialisation par une initiative. Une action, menée à plusieurs, fait découvrir la force du collectif et la valorisation de l’individu. Le sport, la culture, comme la solidarité jouent dans ce sens. Socialisation par l’habitat, la vie de quartiers, l’invention de la fête des voisins qui a essaimé dans le pays. Socialisation par le travail aussi. L’insertion par l’activité économique démontre comment des individus exclus se remettent debout.

Socialisation par les solidarités familiales. Socialisation par l’existence de services publics de qualité. Socialisation par l’appartenance à un syndicat, une association, un parti politique ou toute autre organisation collective qui structure et forme les individus et construit dans la durée des transformations sociales et sociétales.

Cette recherche de cohésion sociale fait partie de l’histoire de la CFDT, comme du syndicalisme européen et international. Elle suppose de tenir compte de la façon dont les citoyens et la société appréhendent les causes et conséquences de ce qui divise et oppose les individus et les groupes, de percevoir ce qui lie les individus entre eux. Et également, de ne pas laisser le champ libre à la désespérance et aux populismes dont se nourrissent les extrêmes, de faire preuve de pédagogie sur le fonctionnement de la société.

La CFDT est dans cette logique, par son ouverture aux partenariats avec le monde associatif, par son combat contre les inégalités sociales et l’exclusion.

Le pouvoir autrement

La solidarité comme la fraternité sont indissociables de la liberté et de l’égalité. Elles fondent notre République. Pour Patrick Weil, historien, le principe d’égalité, la mémoire positive de la Révolution française, la langue française et la laïcité sont les quatre piliers de la nationalité française.

En 1995, la CFDT adoptait au congrès confédéral de Montpellier « le parti pris de solidarité ». Lors du millénaire pour « la Fraternité en 2000 », Nicole Notat précisait : « l’esprit de fraternité est inspirateur d’une émancipation individuelle et collective. » François Chérèque, avec d’autres personnalités, appelait en 2011 à un sursaut politique face au désarroi social et moral qui touchait les Français. Cet appel invitait à « se mobiliser pour un pacte civique fondé sur des impératifs de créativité, de sobriété, de justice et de fraternité ».

Ces acteurs sociaux espéraient une campagne électorale qui soit « l’occasion d’aborder en citoyens responsables les défis auxquels nous sommes confrontés. » Malheureusement, plus qu’à une progression de la qualité démocratique et éthique de la campagne nous avons assisté, de la part de certains candidats, à l’exploitation des peurs, à la recherche de boucs émissaires, à la stigmatisation d’une partie de la population...

Le 13 avril 2012, après l’engagement de la CFDT aux côtés de la société civile « Pour un pacte social », le secrétaire général de la CFDT rappelait l’importance de « refonder ensemble notre pouvoir de penser, agir, vivre autrement en démocratie ».

Jacques Rastoul

(1) Fil Bleu 219 page 27 l’expérience des « Passeurs de mémoire », l’action de jeunes d’Unicité dans des Ehpad de Sambre Escaut pour favoriser la transmission de générations en générations.