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Europe unie et Royaume désuni


« Tout État membre peut décider conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l’Union ». Tel est l’article 50 du Traité de Lisbonne signé en 2007, entré en vigueur en 2009. Le 23 juin, les Britanniques ont voté majoritairement pour le Brexit.

Les peuples du Royaume-Uni se sont donc prononcés par voie de référendum à l’initiative de leur Premier ministre David Cameron qui, sans y être constitutionnellement obligé, à jouer avec le feu. 72,2% de participation, 51,9% pour le Brexit contre 48,1% pour le maintien dans l’Union européenne.

Pour beaucoup d’observateurs pensaient que le maintien des Britanniques dans l’Union européenne serait gagné de justesse. C’est une grosse déception dont on ne mesure pas encore toutes les implications. Ainsi, 1.260.000 voix ont fait la différence. Si les 2.000.000 (environ) d’expatriés britanniques de longue durée avaient été admis à participer au référendum, les résultats auraient pu être différents. Le Premier ministre britannique s’était engagé, dans le manifeste des conservateurs en septembre 2014, à supprimer cette règle discriminatoire mais il ne l’a pas fait.

L’Union européenne est dans une situation inédite. Tout est à inventer pour organiser la sortie d’un État membre de la famille de l’Union européenne. L’article 50 n’est pas suivi de dispositions concrètes pour organiser cette séparation. Situation fragile, donc, dans laquelle tout peut arriver, le positif, comme le négatif.

Cette violente rupture du consensus politique et social au sein du Royaume… encore Uni (?) est une des graves conséquences des résultats du référendum. Des fractures apparaissent ou se confirment au plan économique, social, régional, intergénérationnelle (la jeunesse a plus facilement voté pour le maintien des Britanniques dans l’Union européenne).

Les réactions au sein de l’Union européenne

Les ministres des Affaires étrangères des six pays membres fondateurs de l’Union européenne (France, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Italie, Pays-Bas) se sont rencontrés dès le 25 juin à Berlin. Ils souhaitent que l’organisation des nouvelles relations avec la Grande Bretagne se clarifient rapidement avec la démission accélérée de David Cameron.

Déjà, deux jours après le référendum, Jonathan Hill, le commissaire européen britannique (chargé des services financiers), a démissionné. C’est un des tous premiers actes politiques respectant la nouvelle donne européenne provoquée par le référendum, qu’il faut saluer. Quid des parlementaires européens, des conseillers au Comité économique et social européen, des élus britanniques membres du Comité des régions, des fonctionnaires anglais des institutions européennes, de la représentation permanente de la Grande-Bretagne auprès des institutions européennes et autres institutions ou organismes ?

Le Conseil européen (chefs d’États ou de gouvernement) se réunit à Bruxelles le 28 juin avec les 28 représentants des États membres de l’Union européenne et le 29 juin à 27 (donc, sans David Cameron).

Dans une déclaration commune, le président du Parlement européen, Martin Schulz, celui de la présidence permanente du Conseil européen, Donald Tusk, de la présidence tournante de l’Union européenne assurée par les Pays-Bas, Mark Rutte, et Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne, précisent que jusqu’à l’aboutissement des négociations de retrait du Royaume-Uni, celui-ci reste membre de l’Union européenne avec tous ses droits et devoirs. Par contre « le nouvel arrangement » sur la place du Royaume-Uni dans l’Union « ne prendra pas effet et cesse d’exister… ».

La CFDT regrette le choix des Britanniques et soutient les TUC

Beaucoup de citoyennes et citoyens britanniques regrettent déjà le résultat de ce référendum.
Des expressions se font jour montrant qu’il n’y a pas eu, dans la plupart des cas, de vrais débats, sur de vraies questions, ne permettant pas de cibler les enjeux et les conséquences dans les vies quotidiennes de ne plus appartenir l’Union européenne.

Ce n’est pas une pétition regroupant plusieurs millions de personnes qui pourra changer la donne. Tout au plus ce sera l’occasion, peut-être, que le Parlement de Londres, se saisisse de la situation. Une pétition ne peut pas remplacer les résultats d’un référendum.

Nous aurons l’occasion de revenir prochainement, avec le recul nécessaire, permettant des analyses fines et précises dans les magazines de la CFDT Retraités, Retraité Militant et Fil Bleu.

Dans l’immédiat, et au plan syndical uniquement, la CFDT « regrette profondément le choix des électeurs britanniques, qui doit être respecté ». La CFDT « soutiendra les Trades Union Congress (TUC), le syndicat britannique, pour la préservation des droits des travailleurs britanniques… et continuera à participer activement à l’action du syndicalisme européen pour une relance économique par l’investissement, pour un nouveau modèle de développement en Europe afin d’atténuer l’impact économique négatif du Brexit ».

La CES demande des actions concrètes sur le social et le dossier des réfugiés

De son côté, la Confédération européenne des syndicats (CES) a déclaré le 23 juin : « C’est un jour sombre pour l’Europe. Ce doit être l’occasion de tirer la sonnette d’alarme auprès de l’Union européenne afin qu’elle offre de meilleures perspectives aux travailleurs. ». Et de poursuivre : « l’UE doit veiller à ce que ce jour ne marque pas le début de l’éclatement de l’Europe, et n’endommage pas les emplois et les droits des travailleurs. La CES s’allie au TUC pour dire que les travailleurs britanniques ne doivent pas payer les conséquences du Brexit ».

A l’occasion du Conseil européen des mardi 28 et mercredi 29 juin, la CES s’est adressée aux chefs d’États ou de gouvernements pour que des actions décisives soient prises et notamment :
- Pour s’assurer que le résultat du référendum ne marque pas le début de l’éclatement de l’Union européenne et ne porte atteinte aux emplois et aux droits des travailleurs,
- Pour s’attaquer au profond mécontentement des travailleurs en créant une société plus juste et plus égalitaire, investir dans des emplois de qualité, des services publics performants et de véritables opportunités pour les jeunes,
- En matière de population réfugiée : la suspension de l’accord UE-Turquie, la relocalisation effective de 60 000 réfugiés, comme décidée il y a un an, un meilleur usage du fonds destiné à l’asile, les migrations et les intégrations dont 3 milliards sont sous-utilisés…

Le mouvement syndical, en particulier, et la société civile organisée, plus largement, doivent agir, être attentifs, et veiller à ce que la nouvelle configuration de l’Union européenne maintienne ses objectifs : la paix, les progrès sociaux, économiques et financiers, les libertés, la vie démocratique, le respect des valeurs. Ce pourquoi a été inventé la construction européenne depuis la déclaration de Robert Schuman le 9 mai 1950 qu’il convient de relire et s’en inspirer dans ces moments de fortes turbulences.

Jean-Pierre Bobichon