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Faire le deuil de l’armoire normande


En France, la maison dite « familiale » tient une place symbolique importante pour la majorité d’entre nous. Mais quand il faut la vendre ! Enjeux symboliques, sentimentaux… et fiscaux.

Elle a été le lieu de notre histoire, des fêtes de notre enfance ou celles de nos enfants ou petits-enfants… La maison familiale, c’est les vacances en famille mais aussi des disputes, des déchirements, des naissances et des décès…

Ces quelques murs, riches ou pauvres, représentent le nœud gordien de notre affectivité, de notre ancrage dans un terroir. Ce lieu en plus ou moins bon état, garni d’objets obsolètes, se situe le plus souvent dans un coin isolé, non touristique, avec peu de transports et souvent en zone blanche pour le réseau internet. Personne ne veut y habiter, mais personne ne veut le perdre.

Un jour, par un départ en maison de retraite, pour des problèmes financiers ou à cause d’un nouveau handicap, etc., il faut prendre une décision et se résigner à vendre. C’est le moment de passer les dernières vacances, de faire des listes d’inventaires, de chercher un acheteur. C’est aussi le moment de se confronter à la réalité du marché.

Dans notre imaginaire, chaque objet lié à ses souvenirs nous paraît plus précieux que n’importe quel objet d’art. La société moderne est impitoyable, tout objet de plus de cinq ans est déclaré désuet et dans notre société on ne répare pas : on jette. On peut se disputer les petites cuillères ou les assiettes décorées, même si on ne peut pas les mettre dans la machine à laver… Mais que faire de l’armoire normande, de la maie, du saloir, de la cabane au fond du jardin remplie de vieux outils ? Tous ces objets n’ont pas lieu d’être dans nos modes de vies citadins et dans nos appartements où chaque mètre carré est compté.

Comment caser l’incasable ? Comment garder les traces de notre passé ? C’est alors le moment de grandes tensions familiales, car tout un chacun rend l’autre responsable de la nécessité de mettre un point final à cette histoire-là. La répartition des objets est la symbolique du déchirement des liens familiaux. Et chacun emporte un pan de l’histoire familiale en morceaux, tout en regrettant celui qu’il n’a pas eu ou qui a été vendu ou donné à Emmaüs. Le moment des adieux est venu, chacun va pouvoir réinventer ses souvenirs, plus beaux dans notre imaginaire. On se les racontera à la prochaine réunion familiale, pour les confronter à ceux des autres, et refonder ainsi notre histoire d’aujourd’hui et celle de demain.

Danielle Rived

Comment caser l’incasable armoire normande ? (photo D. Rived)