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Le couple hybride France-Allemagne !


Régulièrement des interrogations existent sur le couple France-Allemagne. Qu’en est-il de ses tensions, de son impact sur la construction européenne ? Faisons le point.

Faisons une rapide présentation des principales données économiques comparées

France Allemagne
Population 66,3 millions 82,2 millions
PIB 2 181,1 milliards 2 903,2 milliards (2014)
Déficit public 3,6 % 0,00
Dette publique 95,8 % 71,2%
Balance commerciale -45,67 +248 milliards

Sources utilisées pour la France : l’Insee – pour l’Allemagne DESTATIS (son équivalent) ; l’année de référence est 2015 (sauf indication différente).

Ces données appellent plusieurs commentaires. La situation économique est changeante. La crise économique mondiale de 2008 a constitué un choc plus sévère en Allemagne : -5,6 % de croissance en 2009, -2,9 % en France, mais sur une longue période, les différences de conjoncture entre les deux pays demeurent.
L’excédent commercial de l’Allemagne représente 7 % de son PIB, ce qui devait être sanctionné par la Commission européenne de la même façon qu’elle sanctionne – en principe – les déficits excessifs.
L’avantage incontestable de l’Allemagne réside dans son excédent commercial, un important tissu de PME orienté à l’export spécialisé dans le haut de gamme et le maintien d’une forte industrie manufacturière.
Par ailleurs, il faut tordre le cou à la question du différentiel coût du travail : un organisme d’études (COE – Rexecode) le reconnaît lorsqu’il indique que le coût horaire du travail dans l’industrie manufacturière est de 37,50 € en France et de 39,50 € en Allemagne.

Passons aux comparaisons sociales. Celles-ci se bornent à l’essentiel

Données socialesFranceAllemagneObservations / année de référence
Taux d’emploi 69,8 % 77,7 % année 2015
Taux de chômage 10 % 6,4 % année 2015
Taux de chômage des moins de 25 ans 24 % 6,9 % mars 2016
Travailleurs à temps partiel 18,3 % 27,6 % 2014
Taux de pauvreté 14,2 % de la population, soit en 2014 environ 8,5 millions de personnes 15 % soit 12,5 millions de personnes en 2013 Par convention ce taux est fixé à 60 % du revenu médian

Ces données appellent deux commentaires. La situation économique actuellement enviable de l’Allemagne se reflète évidemment dans la situation de l’emploi : taux d’emploi élevé, taux de chômage bas, taux de chômage des jeunes moins important qu’en France. Par ailleurs, le grand nombre de travailleurs à temps partiel reflète en Allemagne la prégnance d’une image traditionnelle de la femme au foyer et l’insuffisante de la politique familiale.

Quelles perspectives pour le couple franco-allemand ?

Les tableaux qui précèdent font apparaître des différences favorables à l’Allemagne, qu’il s’agisse de son excédent commercial, de son déficit public inexistant, de son faible taux de chômage. Concernant la France, les analystes s’accordent généralement à lui reconnaître les atouts suivants : sa démographie, la qualité de ses infrastructures, le haut niveau de ses chercheurs, son action concernant la réduction des gaz à effet de serre. Les positions entre les deux pays ne sont pas aussi figées qu’on veut bien le dire parfois. Ainsi, sur la gestion des déficits publics, la politique monétaire, l’introduction d’un Smic, les positions allemandes ont bougé.

Le couple franco-allemand a évolué de la période de l’après-guerre en passant par le Traité de l’Élysée (1963), la réunification allemande (1990). L’histoire, la géographie, et pas seulement l’économie, marquent la situation actuelle de ce couple hybride. Pour autant, ce couple demeure indispensable à la construction européenne car il repose sur une expérimentation réussie de la coopération entre deux nations. Cette coopération étendue à l’ensemble des pays de l’UE est indispensable pour répondre aux défis de la période. Les partis politiques qui vont se trouver en compétition en 2017 – pour la France (avril-mai-juin) et pour l’Allemagne (septembre) – sont appelés à faire preuve de maturité pour être à la hauteur de ces défis.

Jean-Pierre Moussy