Actu revendicative


François Chérèque, vigie de la lutte pour l’inclusion sociale


Au terme de sa responsabilité à la tête de la CFDT, François Chérèque a été nommé inspecteur à l’Igas (Inspection générale des affaires sociales). Il a très rapidement reçu comme mission du Premier ministre, associé à un autre inspecteur, Simon Vanackere, le suivi du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Le 23 janvier dernier, il remettait son premier rapport.

Quel était le contour de cette mission ?

Cette mission était constituée de trois éléments. En premier lieu, il s’agissait d’effectuer une évaluation annuelle du plan à partir d’indicateurs mis en place en suivant les 61 mesures qui avaient été arrêtées par le Gouvernement. Cela devait permettre de mesurer concrètement les effets du plan pour la population.

La deuxième partie consistait à organiser durant l’année 2013 des rencontres dans les régions pour expliquer la démarche aux acteurs de terrain, que ce soit les administrations, les collectivités territoriales, les associations ou les partenaires sociaux. L’objectif étant de faire travailler ensemble ces acteurs sur chaque département en fonction des priorités fixées localement.

Enfin, il était assigné un rôle d’alerte en cas de difficultés dans la mise en œuvre et d’effectuer des propositions pour sortir des blocages éventuels.

Quels constats retires-tu de tes visites en régions ?

Nous avons tenu une trentaine de rencontres et vu près de 6 000 personnes. C’est un niveau de mobilisation très élevé qui a montré des acteurs de terrain très motivés sur la question de la pauvreté et la mise en action du plan.

Il était essentiel d’effectuer un vrai diagnostic sur ce qu’était la pauvreté, à la fois au niveau national, mais aussi à partir des spécificités territoriales. Le regard sur la pauvreté est parfois déformé. Ainsi il est apparu que la pauvreté des personnes âgées est en régression malgré un niveau important (9 %), alors que celle des jeunes ne cesse d’augmenter. 19,5 % vivent dans des familles sous le seuil de pauvreté. Ce sont cependant là des moyennes nationales qui connaissent des disparités fortes. Dans certaines régions, les personnes âgées pauvres atteignent les 15 %. Dans les quartiers « politique de la ville », les familles pauvres sont près de 50 %.

Ces rencontres ont aussi été l’occasion d’une prise de conscience du non-accès au droit. Rien que pour le RSA, il y a 5 milliards d’euros de sommes dues non perçues – alors que dans le même temps, la fraude est évaluée à 60 millions –, ce qui est bien la preuve que nous ne sommes pas sur un public « assisté » dans une course effrénée aux aides.

Peux-tu nous indiquer quelques préconisations marquantes ?

Dans le cadre du recours au droit, un gros travail doit s’engager au plus vite sur la simplification de notre système. Par exemple, le Gouvernement fait sur deux départements une expérience de dossier unique pour associer plusieurs demandes (RSA-CMU-logement…).

Dans le même ordre d’idées, une proposition est faite pour que les personnes à l’Aspa puissent avoir l’automaticité à l’aide complémentaire santé, au lieu d’effectuer une demande annuellement. De son côté, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) prévoit dans sa convention d’objectifs la mise en place de diagnostics de droit, afin de s’assurer auprès des personnes repérées qu’elles bénéficient bien de ce à quoi elles peuvent prétendre.

La revalorisation du RSA et des minimas sociaux qui ont déjà reçu un premier coup de pouce est également un objectif fort.

Du côté des jeunes, il y a aussi une expérience menée sur dix départements qui devrait en concerner 100 000 d’ici deux ans. Ces jeunes sans travail ni formation suivent un parcours d’insertion sous forme d’un contrat d’engagement et perçoivent une allocation du montant du RSA.

Et puis, il y a aussi l’engagement à créer 100 000 places de crèches dont 10 % réservées aux familles les plus défavorisées.

Propos recueillis par Jean-Paul Rueff

Un projet global. Un rapport consultable.

La lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale repose sur un projet global. Les préconisations faites touchent tous les aspects de la vie. Il est difficile de les citer toutes dans Fil Bleu. Vous pouvez consulter l’intégralité du rapport : Evaluation de la 1ère année de mise en oeuvre du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale