Actu revendicative


François Soulage, président du Secours Catholique : L’exclusion est une privation de liberté !


Loin de toute idée d'assistanat, la lutte contre l'exclusion des personnes en difficultés, y compris des retraités isolés, suppose une vraie révolution des mentalités et des pratiques sociales. Quand les associations de solidarité participent à la richesse de la démocratie sociale…

Quelle analyse faites-vous de l’enquête de la CFDT Retraités sur les basses pensions ?

Plusieurs points me frappent, à commencer par le faible poids des retraites complémentaires dans les revenus des personnes interrogées. C’est aussi vrai de l’impact lourd des carrières incomplètes dans le calcul des pensions.

Je suis aussi sensible au phénomène de non-recours aux droits supposés. Là comme ailleurs on relève un vrai déficit d’information pour faire reconnaître ses droits. Ainsi, dans d’autres domaines, le RSA activité n’est sollicité que par 40 % de ses bénéficiaires potentiels. Et le fonds de solidarité logement est inconnu pour 50 % de ses ayants droit. Et combien pour l’allocation de solidarité des personnes âgées (Aspa) ? D’autres phénomènes peuvent jouer dans cette situation, mais quand même… Vous pointez un vrai sujet.

Je soulignerai peut être un biais dans votre étude. Dans l’expérience que nous avons, nous remarquons que les retraités sont aussi loin des différents services publics, comme les bureaux de Poste, loin des centres de santé. Cet éloignement provoque un phénomène d’isolement qui est une vraie cause de la dégradation des situations.

Quel regard portez-vous sur les évolutions de l’exclusion en France ?

Le Secours Catholique intervient chaque année auprès de 1 500 000 personnes. Je suis avant tout frappé, au-delà des difficultés matérielles et des conditions de vie, que tout cela est marqué du manque de liberté de choix.

On ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas le manque de transports, on ne choisit pas l’éducation que l’on reçoit, on ne choisit pas sa nationalité. On ne choisit pas son logement non plus. La vraie solution est donc plus compliquée que d’augmenter les minima sociaux.

On est en train de créer dès aujourd’hui des situations encore plus complexes pour demain. Il nous faut donc dépasser les constats, remonter aux causes de ces situations et lutter contre le sentiment d’abandon.

À cet égard, même si votre enquête est ouverte, on note quand même une surreprésentation du nombre de syndiqués retraités à la CFDT. S’il y avait 33 % de syndiqués en France, tout le monde s’en réjouirait. Le problème pour les personnes en difficulté c’est d’abord de trouver un contact. L’isolement conduit à des désastres.

Quelles solidarités mettre en œuvre selon vous ?

La première chose à faire est sûrement d’accompagner dans la proximité. Personne ne se reconnait dans l’image du pauvre. Et chacun a peur d’être déclassé. D’où des réactions de brutalité, de violence, et les votes extrêmes.

Il est ensuite nécessaire d’informer sur la réalité. Qui sont réellement ces personnes qui nous font peur, qui vivent dans des conditions ignobles et qui en tant que personnes méritent en tout cas mieux que de se voir stigmatisées ?

Que ceux qui critiquent l’assistanat supposé fassent la démonstration qu’ils sont capables de vivre avec 600 euros par mois !

On a souligné les difficultés d’accès aux droits. Et je préfère de loin la multiplication des points conseils et d’information que celle des distributions alimentaires qui ne sont qu’une rustine pour masquer les réalités. Plus encore, il faudra prendre aussi en compte que la personne âgée n’ira pas voir les services sociaux parce qu’elle ne cherche même plus à se défendre. Comment leur redonner la volonté de se battre ?

La reconnaissance de la dignité de l’autre doit s’appliquer tout au long de la vie et pas seulement à ses débuts !

Propos recueillis par Daniel Druesne

François Soulage (photo Daniel Druesne)